C'est la vie : une fiction documentaire / Passion du livre

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.. C'est la vie : une fiction documentaire

Couverture du livre C'est la vie : une fiction documentaire

Auteur : Mohamed El Khatib

Date de saisie : 24/03/2017

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : les Solitaires intempestifs, Besançon, France

Collection : Fiction

Prix : 12.00 €

ISBN : 9782846814782

GENCOD : 9782846814782

Sorti le : 09/03/2017

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

Alors voilà, j'aimerais vous inviter à participer à un travail, qui n'a rien de psychanalytique, qui n'aura aucune vertu apaisante - j'en ai conscience -, à nous revoir pour réfléchir à la notion suspecte de «deuil». Je ne connaissais pas vos enfants, je ne crois pas les avoir croisés, en tout cas je ne m'en souviens pas. J'aimerais que vous puissiez me parler d'eux, de leur disparition de votre vie.

Mohamed El Khatib, auteur et metteur en scène, s'astreint à confronter le théâtre à d'autres médiums (cinéma, installations, journaux) et à observer le produit de ces frictions. Après des études de Lettres (Khâgne), un passage à Sciences Po, puis au CADAC (Centre d'art dramatique de Mexico) et une thèse de sociologie sur «la critique dans la presse française» (dir. Nicolas Pélissier), il cofonde à Orléans en 2006 le collectif Zirlib autour d'un postulat simple : l'esthétique n'est pas dépourvue de sens politique.
Zirlib est le fruit d'une rencontre entre auteurs, acteurs, chercheurs, danseurs, vidéastes et musiciens de formations et d'horizons divers. Ce collectif envisage la création contemporaine comme une expérience, un geste sensible/social dont la dimension esthétique la plus exigeante doit se confronter au quotidien le plus banal.





  • Les premières lignes

Première partie

GENÈSE

Objet : c'est la vie
LE DIMANCHE 14 septembre 2014 à 23 h 56,
Mohamed a écrit :

Chère Fanny, cher Daniel,
Je vous avais parlé, voilà quelques mois, d'un projet de création à venir provisoirement intitulée La Vie d'Ahmed le magnifique. Il était question de réunir un conseil d'administration avec les meilleurs gestionnaires du pays, et de réaliser un spectacle parfaitement efficace sur la question des migrants. Mais ce protocole ne tient plus.
Et aujourd'hui je n'ai plus envie de travailler avec des acteurs.
Ça n'a plus de sens pour moi ; sauf comme un recours ponctuel, une coquetterie amicale, ou le détournement d'une pratique qui m'est devenue étrangère - ou éventuellement, travailler avec Gérard Depardieu, et là c'est encore autre chose. Mais faire du théâtre, avec des acteurs qui disent un texte, ce n'est plus mon truc, si tant est que cela l'ait vraiment été. Des gens le font très bien, et parfois c'est beau quand une langue émerge, quand un corps apparaît... Tout ça pour dire que ce spectacle n'existera jamais.
Pourtant j'aimerais vous revoir. Cela fait un moment que je voulais vous écrire, mais j'ai toujours pensé que le temps est notre allié le plus précieux dans cette affaire.
Avec Finir en beauté, ma perception du monde en général et du théâtre en particulier s'est sévèrement modifiée. Quand l'ordre des choses est bouleversé -ma mère était trop jeune pour mourir-, on est confronté à une expérience peu enviable. Paradoxalement je sens parfois qu'on m'envie de détenir cette expérience supplémentaire, d'être en somme plus vieux que tous ceux qui ont encore leur mère. Et finalement, vous deux qui avez perdu un enfant, je crois que je vous envie un peu d'avoir vécu un événement que je ne connais pas. Dans À l'abri de rien, je me demandais ce qu'il y avait de pire que la mort d'une mère. Naturellement, je répondais «La mort d'un enfant». Mais sans y croire réellement. C'était tout à fait théorique. Et classer les douleurs, mettre en équation les deuils n'a pas grand intérêt. J'imagine que la tristesse est proportionnelle à chaque rapport singulier et intime. Ça me fait penser à cette autre question de l'amour proportionnel : si j'ai trois enfants, alors je les aime autant chacun. Je n'arrive pas à y croire. Bref, j'ai tout un tas de «questions-cons» que je me pose parfois.
Alors voilà, j'aimerais vous inviter à participer à un travail, qui n'a rien de psychanalytique, qui n'aura aucune vertu apaisante - j'en ai conscience -, à nous revoir pour réfléchir à la notion suspecte de «deuil». Je ne connaissais pas vos enfants, je ne crois pas les avoir croisés, en tout cas je ne m'en souviens pas. J'aimerais que vous puissiez me parler d'eux, de leur disparition de votre vie.

À ce jour, de cela je ne sais pas ce qu'il peut advenir, ni même si cela doit devenir quelque chose.
Peut-être qu'on s'arrêtera là.
En tout cas, soyez tout à fait tranquilles si vous souhaitez renoncer à cette tentative pour quelque raison que ce soit.
Car le chemin risque d'être difficile.
Et laborieux. Et pas très heureux.
Du moins dans un premier temps. Voire dans un second temps.
Bien amicalement,
Mohamed

(...)


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