Show room / Passion du livre

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Couverture du livre Show room

Auteur : Suzanne Joubert

Date de saisie : 29/11/2016

Genre : Théâtre

Editeur : les Solitaires intempestifs, Besançon, France

Collection : Bleue

Prix : 13.00 €

ISBN : 9782846814997

GENCOD : 9782846814997

Sorti le : 14/11/2016

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

De as-tu peur mon amour ?
C'est un rêve
et aucune arme dans un rêve
n'a jamais blessé
ni tué personne
Et cette tenue qui ne ressemble à rien
et que je porte
par la force des choses
Ce pull
cette jupe atroce
un rêve
Ce canapé
et toi
à longueur de journée en toréador dedans
un rêve...





  • Les premières lignes

Un salon dans un appartement. La fenêtre est ouverte. Canapé, plante, etc. Elle est en tenue de maison. Lui, assis dans le canapé, porte un costume de torero. Près de lui un lecteur de CD. Bruits de ville, style périphérique qui passerait tout près. Elle ferme la fenêtre et éteint le lecteur de CD.

ELLE. - Heureusement que nous sommes seuls. Je dis : heureusement que nous sommes seuls. Je dis encore : les moules ont ouvert leurs coquilles, c'est un signe. Je dis ça, comme ça comme ça vraiment. Comme on dit, par exemple : je crois qu'il va pleuvoir, en voyant un nuage. On voit un nuage et on dit : tiens je crois qu'il va pleuvoir. Je nous vois et je ne dis rien de plus, rien d'autre. J'aurais pu dire par exemple : et si nous faisions ce que d'autres font tous les soirs à cette heure éternellement de leur vivant. Et si nous faisions, in fine, ce que tous font, ce que tous sont amenés à faire, in fine, de leur vivant. Attendu que, si nous n'étions pas seuls, tous ceux qui seraient là, pour le coup, ne manqueraient pas de se le dire ça : et s'ils faisaient ce qu'ils sont amenés à faire ces deux-là devant. Ce qu'ils sont amenés à faire d'ordinaire et qu'ils ne font pas et qui du coup devient extraordinaire. Ces deux-là devant s'ils le faisaient ce que tous nous faisons tous les soirs à cette heure, cette heure où il n'y a rien d'autre à faire que ça : PASSER À TABLE ! Voilà ce qu'ils se diraient les autres si nous n'étions pas seuls. Attendu que les autres se disent toujours ce qu'il y a à dire, qu'on peut compter sur eux pour ça, qu'on peut compter sur eux pour se dire, là par exemple dans ce moment présent, que rien n'est mieux à faire à cette heure que de passer à table, que de quitter ici pour aller là-bas, que de, comment dire, S'ÉVACUER enfin de ce siège où nous avons pris l'habitude de nous avachir au point d'en épouser tous les contours.
Ce qui revient à dire qu'au cours du temps et vu qu'on s'est vautrés méchamment dedans, on a fini par prendre la forme du canapé, meuble, au demeurant caractérisé à ses débuts par un charme imbattable, dû à un épatant mélange de style anglais pur jus Joliment marié à un revêtement kaki ponctué de lignes géométriques orangées inspirées tout droit d'un Vasarely version années soixante-dix. Lignes aujourd'hui tragiquement et irrémédiablement brisées. Canapé, il faut le dire, acquis par héritage d'un père dentiste au départ et vacher des alpages à l'arrivée.
Rien donc n'est mieux à faire que d'en sortir de ce canapé défoncé, de s'en extraire, de faire les trois pas qui nous séparent de la salle à manger, attendu que, d'une part, c'est l'heure d'y aller à la salle à manger, de l'autre que la paella dite de Valencia est un plat qui attrape, qui gagne à être réchauffé mais qui, de l'être trop, attrape. La paella attrape. La paella supporte le réchauffement mais jusqu'à un certain point. La paella, en un sens, est l'égale de la planète qui supporte, de même, docilement le réchauffement mais jusqu'à un certain point. Point impossible à fixer mais point tout de même. La paella supporte le réchauffement et atteint un point à ne pas dépasser et difficile à fixer, attendu que rien avant l'explosion ne viendra signaler que son point est atteint, tout comme le point à ne pas dépasser du réchauffement certain de la planète sera atteint trop tardivement, quand nous verrons un touareg, par exemple, emprunter notre cage d'escalier, car, soyons-en certains, quand le désert gagnera du terrain, Brétigny-sur-Onde, petit bourg pépère du Pas-de-Calais, verra diminuer le sien.


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