L'effort d'être spectateur / Passion du livre

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.. L'effort d'être spectateur

Couverture du livre L'effort d'être spectateur

Auteur : Pierre Notte

Date de saisie : 29/11/2016

Genre : Théâtre

Editeur : les Solitaires intempestifs, Besançon, France

Collection : Du désavantage du vent

Prix : 15.00 €

ISBN : 9782846814980

GENCOD : 9782846814980

Sorti le : 14/11/2016

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  • La présentation de l'éditeur

Premier texte théorique d'un homme de théâtre, auteur, metteur en scène, compositeur, comédien et pédagogue, L'Effort d'être spectateur, de Pierre Notte, rassemble ses prises de positions, points de vue, observations et exigences : thèses sur l'art difficile de la relation à établir entre la scène et la salle. Il s'agit d'aborder le travail de l'acteur, de l'auteur, du metteur en scène et des artistes de la scène par le prisme de la rencontre organisée avec plus ou moins de bonheur avec le public. Il s'agit aussi d'une étude possible de la sociologie des spectateurs et de leurs comportements. Ce texte associe le parcours professionnel et la trajectoire personnelle, intime, de l'auteur. Il y raconte son expérience, ses ratages, ses aspirations, ses considérations autour des métiers du spectacle vivant, autour de l'état, du travail et de l'effort d'être spectateur. Le texte est issu de plusieurs prises de paroles publiques, que Pierre Notte a été invité à donner, à Tokyo, à Rome ou à Paris, à travers des rencontres ou des conférences.





  • Les premières lignes

LE SPECTATEUR

Ce que je voudrais dire, c'est que l'oeuvre du spectateur et celle à laquelle il assiste sont deux choses complémentaires, différentes et insolubles. Impossible d'aller prétendre que cela n'a pas d'importance, ce qui se passe sur le plateau. On ne peut pas dire ça, on ne va pas commencer par ça, on ne veut pas aller par là, parce que cela a son importance, de toute évidence. Quoique. Parce que ce qui compte, quand même, au bout du compte, est de l'autre côté, et peut-être avant tout, conséquemment, et tout compte fait. L'autre côté : le côté des autres, le côté de ceux qui regardent, ceux qui attendent que le miracle arrive, advienne, ceux qui écoutent, qui se renseignent sur eux-mêmes, jouent avec ceux qui jouent, s'emmerdent à crever parfois, ou vivent, revivent, font leur chemin, plus ou moins de croix, seuls, à deux, ensemble, mais isolément toujours, chacun dans son intelligence des êtres, des autres et des choses, dans cette forêt de la proposition, où chacun fait son chemin. Chacun seul et ensemble, c'est l'idée rêvée d'une collectivité qu'on voudrait plus métissée encore, où chaque individu trouverait sa place. Ce qui compte, c'est ce qui se passe là, qui arrive ou n'arrive pas, dans ma tête et mon corps de spectateur face à l'oeuvre qui fait travailler mon corps et ma tête, ainsi assis, inactifs, impassibles en apparence. L'oeuvre fait travailler ma mémoire, mon imagination anéantie par l'usure et la consommation molle. Elle excite ma liberté d'éprouver un monde offert - poème, épopée, discours, paysage, portraits, rêve ou voyage. Face à l'oeuvre, comment je travaille. Comment j'oeuvre, spectateur, comment les outils me sont remis pour refaire, comprendre, transcender le monde, y vivre mieux après qu'avant. Comment le langage d'une paix sociale, d'une possible entente entre les êtres, entre soi et les autres, d'une réconciliation entre les membres de clans semblables ou de tribus opposées, comment ces outils-là sont donnés, comment les armes sont forgées derrière nos yeux, devant tout ce qui se passe là, d'un apaisement, ou d'un nouveau combat à mener pour une amélioration du monde, quitte à n'avoir affaire qu'à son embellissement, même un instant de rien, le temps même d'une rêverie s'il le faut. Face aux ratages permanents ou aux splendeurs touchant au sublime, ce qui compte, au fond, c'est le chemin parcouru là-dedans par celles et ceux qui sont de l'autre côté, seuls et rassemblés dans ce qui reste au moins comme un refuge, qui devient parfois un lieu d'accomplissements miraculeux. Le chemin parcouru, c'est celui pendant lequel les armes sont forgées d'un langage qui se substitue à la violence, à l'impulsion sanguine, bovine, à la réaction primitive, binaire, primaire ; un chemin au cours duquel sont forgés les outils qui éclipsent la bêtise et l'ignorance. L'éducation et la culture, leur lot d'actions culturelles, de sensibilisations, doivent être pour ça, une priorité dans la bataille contre la résurgence de la bestiole barbare.


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