Passion du livre - tout sur le livre : Lunar Park

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Lunar Park

Couverture du livre Lunar Park

Auteur : Bret Easton Ellis

Traducteur : Pierre Guglielmina

Date de saisie : 18/10/2005

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : R. Laffont, Paris, France

Collection : Pavillons

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-221-10411-8

GENCOD : 9782221104118

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  • La présentation de l'éditeur

Dans Lunar Park, Bret Esaton Ellis, enfant terrible des lettres américaines, pense que les madeleines de Proust sont des mandarines, que sa maison d'Elsinore Lane est hantée, que le spectre est son père mort et peut-être aussi que Patrick Bateman, le tueur d'American Psycho, que la moquette "pousse" dans la salle de séjour, qu'un coeur bat sous la "peau" d'un oiseau en peluche appelée Terby, que les femmes autour de lui ne verront jamais ces apparitions surnaturelles, que sont fils sait où sont allés les garçons qui disparaissent mystérieusement, qu'il doit retrouver la simplicité des phrases qu'il écrivait dans son premier livre, qu'un massacre des innocents d'un genre nouveau est en cours, qu'une seconde chance lui est donnée, que Lunar Park sera son dernier roman. Avec son humour détaché et sa virtuosité, Bret Easton Ellis se joue du mythe de l'écrivain et nous plonge dans un rêve halluciné et jubilatoire, tout à la fois une sorte d'autobiographie fictive, un récit fantasmagorique de la vie de banlieue aux Etats-Unis, un hommage aux films et à la littérature d'épouvante, un témoignage de la douleur d'un fils, un exorcisme et une réévaluation de sa vie et de son oeuvre.

Bret Easton Ellis est né à Los Angeles en 1964. Dès la publication de son premier livre Moins que zéro, en 1985, il a connu un succès foudroyant et s'est imposé comme l'un des écrivains majeurs de sa génération. Suivront Les Lois de l'attraction, American Psycho, Zombies, Glamorama. Traduite dans le monde entier, adaptée au cinéma, son oeuvre est l'une des plus significatives de la littérature contemporaine.





  • La revue de presse François Busnel - Lire, novembre 2005

A quels signes reconnaît-on un chef-d'oeuvre ? Lorsque votre corps se met à trembler, lorsque la fièvre empourpre votre front, lorsque vos poils se hérissent, lorsque les pages se tournent toutes seules, lorsque la fébrilité le dispute à la précipitation, lorsque la gorge se noue, lorsqu'on éclate de rire, lorsqu'on veut revenir en arrière pour lire trois ou quatre fois encore une phrase dont l'évidente beauté vous frappe au coeur, lorsque vous découvrez que vous avez raté la station de métro où vous deviez descendre, lorsque vous laissez échapper un cri, lorsque vous avez loupé le rendez-vous que vous croyiez le plus important de votre vie... Voici tous les symptômes qui attendent le lecteur de Lunar Park, oeuvre déjantée et géniale, défi littéraire majeur et, accessoirement, meilleur roman d'un jeune homme arrogant et provocateur nommé Bret Easton Ellis.

Mais qui est Bret Easton Ellis ? L'auteur d'American Psycho, le roman qui scandalisa le monde entier en 1992 parce qu'il décrivait la lente métamorphose d'un yuppie de Wall Street en serial killer, dans un style vernaculaire où les marques de fringues et les noms de personnalités du show-biz tenaient lieu d'adjectifs. Riche et célèbre, adulé par les uns, méprisé par les autres, Ellis incarne depuis l'idéal américain de la réussite fulgurante: une intrigue provocatrice, un style aussi branché que bâclé et voilà qui suffit à trousser un de ces romans d'époque qui vous propulsent, en un rien de temps, à la tête d'une fortune estimée à plusieurs centaines de millions de dollars. Le tout à trente ans et des poussières. Beau début pour une légende.
Lunar Park est une mise en accusation du mode de vie dans lequel Ellis s'est complu pendant des années. «Et une hypothèse de vie», ajoute le vrai Bret Easton Ellis : «Peut-être aurais-je pu devenir ce type si je m'étais marié, si j'avais tenté d'être un père de famille. C'est aussi ce qui aurait pu se passer si American Psycho avait été le livre infect que certains tentèrent de diaboliser sous prétexte qu'il ferait l'apologie de la violence gratuite : ce n'est absolument pas le cas, évidemment. C'est, au contraire, un roman contre l'hyperviolence. Mais si vous voulez détourner un avion, il faut monter dedans... Pour dégoûter les gens de la violence, il faut leur montrer ce qui arrive si l'on va jusqu'au bout de la violence. Kubrick l'avait fait au cinéma avec Orange mécanique. Certaines scènes d'American Psycho étaient tellement insoutenables que je les ai écrites d'un jet, les unes après les autres, enfermé dans une chambre d'hôtel, avant de les replacer dans telle ou telle partie du roman.» Lunar Park règle donc la querelle d'American Psycho. «Un type se met à commettre les meurtres décrits dans American Psycho et plus on avance dans l'histoire, plus l'étau se resserre autour de celui qui a écrit ce livre, le pauvre Bret Easton Ellis.» Une façon d'exorciser un mauvais souvenir ? «En un sens, peut-être, répond Ellis. J'ai très mal vécu le scandale qui a suivi la parution du livre, puis la sortie du film, à cause des innombrables menaces de mort qui m'ont été adressées, mais aussi parce que l'on tentait de réduire ce roman à un livre branché.»...


  • La revue de presse André Clavel - L'Express du 3 novembre 2005

Bret Easton Ellis, ou l'histoire d'un enfant gâté. Né dans une famille aisée de Los Angeles, il s'est brûlé les ailes sur le bûcher de la gloire: à 21 ans, en 1985, il est brutalement devenu une star avec Moins que zéro - un Polaroid accablant sur la jeunesse dorée de son pays - et la célébrité lui a fait perdre la tête... Il a connu les nuits à la cocaïne, les frasques de nabab, l'esbroufe, les plaisirs en overdose, le fric qui coule à flots, et il a vu le rêve américain se faire torpiller dans la tourmente des années 1980.

C'est cette époque déjantée qu'il évoque dans ses romans, en posant son zoom sur une génération suicidaire qui soigne ses idées noires à grand renfort de poudre blanche... Avec Lunar Park, son nouveau roman, l'ex-camé s'est donc passablement calmé. Il surprend en bien, comme si la maturité l'avait rendu moins provocateur, et même parfois assez profond. Autre surprise: Ellis se met ici en scène - le narrateur se nomme Bret - et sort de sa vitrine pour ébaucher une confession qui sonne juste. «J'étais accablé par la vie», lance-t-il, en racontant comment il s'est détruit après l'imprévisible succès de Moins que zéro. Avec pas mal d'humour, il évoque ensuite les frasques du «Brat Pack», ce petit cénacle de noctambules new-yorkais... dont il fut le prince : «Pure poudre aux yeux», ironise-t-il, avant de revenir à l'époque où il se prenait pour Gatsby et où, totalement défoncé, il fonçait vers le néant au volant de ses Mercedes. Puis il y eut son mariage avec l'actrice Jayne Dennis, la naissance de leur fils Robby, la mort d'un père trop encombrant - figure centrale du livre - et une inexorable descente dans l'enfer de la cocaïne.

Voilà pour l'autoportrait. Et puis soudain, sans crier gare, Lunar Park bascule dans la fiction, et même dans la science-fiction... Elle est sans doute l'allégorie d'un écrivain lui-même hanté par son enfance détraquée, par son imagination satanique, par ses créatures romanesques, par son incapacité à vivre normalement. Et surtout par ce père castrateur avec lequel il n'a jamais pu régler ses comptes: ce n'est qu'à la fin du récit, quand il dispersera ses cendres, qu'il parviendra à s'apaiser... On comprend alors que Lunar Park, sous des allures de thriller fantastique, ressemble à un exorcisme... Avec Lunar Park, Ellis est enfin devenu un écrivain.


  • La revue de presse Michel Abescat - Télérama du 26 octobre 2005

... Lunar Park, le nouvel opus de Mr Ellis, ouvre sur une quarantaine de pages d'autofiction pur jus - l'auteur, son papa, son succès, ses costumes Armani, son actrice de femme, son fiston, sa déchéance, son installation en banlieue. Puis le roman bascule doucement dans le fantastique, tendance maison hantée : grattements suspects au fond des couloirs, souffles mystérieux dans les rideaux, meubles baladeurs, lumières clignotantes et tutti quanti. Cette partie-là du roman, longue et pas très originale, plombe malheureusement ce texte au demeurant ambitieux, parfaitement cohérent et finalement passionnant. Lunar Park est, dans tous les sens du terme, une histoire de fantômes, beaucoup moins simple qu'il n'y paraît, métaphore des démons qui agitent son auteur... Et l'on demeure frappé, le livre refermé, par la lucidité du regard que l'auteur porte sur lui-même, avec un sens féroce de l'autodérision. Dans ce dépouillement-là réside sans doute le meilleur de ce texte outrageusement sincère.


  • La revue de presse Eric Loret - Libération du 27 octobre 2005

Ceux qui vous ont raconté que le dernier livre de Bret Easton Ellis était une autofiction, un roman d'horreur ou un brillant essai sur le vide vous ont menti. Lunar Park est en réalité une satire sur l'éducation américaine et la façon dont les enfants y sont des poupées chimiques gavées de médicaments. Car Bret Easton Ellis a un fils, Robby Dennis, qu'il n'a jamais reconnu, du nom de son ex-épouse Jayne Dennis, actrice et personnage essentiel de Lunar Park. Il a donc pu observer le politiquement et le biologiquement correct à l'oeuvre...

Lunar Park apparaît ainsi assez vite comme une gigantesque mise en abyme du faux, un peu à la façon du F for Fake de Welles. Avec ses peluches endiablées qui attaquent les humains (voire leur pissent dessus, car il faut bien rigoler), son retour du père mort, ses hallucinations et ses nombres magiques obsédants, c'est un pastiche avoué de Stephen King... Mais ses hallucinations sont dénoncées comme telles et Lunar Park n'est pas un roman fantastique. Une autobiographie encore moins, surtout lorsque surgissent à la page 300 des flics nommés O'Nan, Boyle et Clarke (cherchez le gag). Un essai critique sur B. E. Ellis, peut-être, puisque l'auteur de Moins que zéro s'est amusé à faire intervenir ici Clay, Paul Denton, Patrick Bateman et l'inspecteur Kimball, issus de ses autres romans. L'hypothèse la plus favorable, vers laquelle le narrateur nous conduit lui-même en évoquant la façon dont il truque ses récits de rêve pour gruger sa psy, est que Lunar Park est un cauchemar thérapeutique sur les rapports père-fils. Le tout sur fond d'homosexualité assumée, puisque Ellis a officiellement déclaré dans un entretien au New York Times avoir eu un amant durant six ans, Michael Wade Kaplan. Pourtant, la leçon globale du livre est qu'il n'y a ni vrai ni faux, et que plus «Bret Easton Ellis» se dévoile, moins on le connaît. Son double fictif confesse franchement ne débiter que des conneries aux journalistes. S'il y a donc une réussite dans Lunar Park et l'appareil interprétatif qui l'accompagne (des dizaines d'entretiens dans le monde entier, le site officiel d'Ellis), c'est d'avoir atteint un délicieux point de non-retour dans l'indémêlable et, développant le célèbre paradoxe du menteur sur presque quatre cents pages, d'avoir parfaitement su protéger la vie privée de Bret Easton Ellis, de sa femme Jayne Dennis et de leur fils Robby, en faisant croire qu'ils étaient des inventions romanesques.


  • La revue de presse Christophe Ono-dit-Biot - Le Point du 20 octobre 2005

Un jour, dans les histoires littéraires du futur, on écrira qu'au milieu des années 80 un gamin de 20 ans installa au royaume des jeunes écrivains la dictature la plus terrible qui soit. Celle de l'envie. On écrira aussi qu'avant lui on notait en littérature un certain nombre de courants, sinon de tendances, et que ce gamin, devenu peu à peu adulte, les balaya tous en seulement quatre romans et un recueil de nouvelles. Durant cette dictature, les jeunes écrivains ne furent plus naturalistes, satiristes, réalistes, magiques ou intimistes, mais seulement «ellisiens». Ou plutôt voulurent l'être, multipliant dans leurs textes les allusions aux drogues synthétiques, à la violence sexe et chic, et au name-dropping catastrophique. En vain. Ellis était inimitable, et ils plongèrent pour la plupart dans la plus noire dépression, les pieds lestés par leurs romans. La nouvelle, donc, risque d'être terrible pour eux : Ellis est revenu, et mieux armé que jamais.

Le héros et narrateur, c'est Bret Easton Ellis lui-même. Le roman s'intitule «Lunar Park». Comme «Glamorama» paru il y a cinq ans, comme «American Psycho» publié il y a quinze ans, c'est un titre programme, et même un livre programme. Epais et argenté comme une brique design (Ellis aime le chic), frappé d'un titre découpé dans la jaquette façon pochoir militaire (Ellis aime les armes), il révèle par transparence un portrait de l'auteur (Ellis est narcissique). Sauf que, pour la première fois, ce portrait est déformé, comme shooté à travers une fenêtre embuée.

C'est un signe, une façon d'annoncer subtilement que le héros et narrateur de «Lunar Park», cette fois-ci, c'est Bret Easton Ellis lui-même. Qui a décidé de prendre du recul et de raconter, dans un premier chapitre époustouflant, comment sa vie a changé en 1983... Une autofiction ? Certes, sauf que presque rien n'est vrai... l'habileté d'Ellis étant de sublimer cette vraie/fausse autofiction dédiée à la paternité en un thriller haletant qui commente, parodie et prolonge l'oeuvre d'Ellis lui-même. Chapeau l'artiste ! On peut donc à raison s'inquiéter pour les jeunes romanciers fragiles qui, à la lecture de «Lunar Park», vont retomber dans la déprime. On peut aussi se réjouir pour les autres, à qui il va redonner sacrément envie d'écrire. Heureux qui, comme Ellis, a fait un beau roman.


  • La revue de presse Bruno Corty - Le Figaro du 20 octobre 2005

Le cinquième roman de Bret Easton Ellis contient 379 pages. Les trois dernières sont magnifiques. Le reste du temps, l'ancien enfant terrible de la littérature américaine, révélé en 1985 par Moins que zéro, s'amuse avec son lecteur. Il s'étend sur son sujet favori, lui-même, ses maîtresses, ses amants, ses problèmes d'alcool, de drogue, son statut d'écrivain, sa célébrité, son amitié barbelée avec Jay McInerney. Il confesse avoir été marié avec l'actrice Jayne Dennis, avoir eu un enfant avec elle, Robby, qu'il n'a pas reconnu. Il revient sur le succès et le scandale fracassants d'American Psycho (1991), son troisième roman, et sur la campagne, très virulente à ses yeux, menée contre lui par les associations féministes. Et puis arrive l'essentiel : la mort de son père, en 1992. Les deux Ellis ne se parlaient plus depuis des années. L'aîné est mort ruiné après avoir gagné des dizaines de millions de dollars. L'aîné vivait avec une maîtresse bien plus jeune que lui. L'aîné avait subi une «extension de pénis» qui avait raté. Aucun détail ne nous est épargné... Lunar Park est donc le roman d'un homme que la jeunesse abandonne, mal dans sa peau, et qui s'interroge... Voici donc un narrateur romancier, Bret Easton Ellis, qui n'accepte la mort de son père. Pour se mettre à l'abri des tentations, des paparazzi, il s'installe, côte Est, dans une banlieue cossue, avec sa femme Jayne, actrice en vogue, leur fils Robby, sa demi-soeur Sarah et le chien Victor. Et là, tout se gâte. La peluche de la petite Sarah entreprend de ramper au plafond et de dépiauter les meubles. Le chien hurle à la mort. Les meubles bougent. La façade de la maison change de couleur. L'écrivain reçoit, chaque nuit, à 2 h 40, heure de la mort du père, des courriels de sa banque. Il voit une pierre tombale dans le jardin... L'écrivain est donc rattrapé par ses démons. C'est le début du cauchemar. Lors d'une soirée pour Halloween, Ellis croise le sosie de Patrick Bateman, le tueur en série sorti de son imagination. Sa raison vacille. Et s'il ne s'agissait pas d'un plaisantin mais du personnage passé de l'univers fictionnel à la réalité ? A l'autofiction, façon Roth, Ellis ajoute donc l'hommage, appuyé, au roman fantastique, tendance horreur, incarné par Stephen King et s'inspire de La Part des ténèbres et de Shining. Comme si cela ne suffisait pas, il en rajoute sur le thème rebattu de la maison hantée dans des pages dignes du Grand Guignol. Quitte à laisser le lecteur en route. Ellis s'en moque bien...


  • La revue de presse Raphaëlle Rérolle - Le Monde du 21 octobre 2005

On peut avoir détesté Glamorama, l'avant-dernier livre de Bret Easton Ellis, conçu comme une interminable et convulsive plongée dans le vide. Trouver que ce quadragénaire talentueux, abonné au scandale et à une médiatisation forcenée depuis la parution de Moins que zéro, en 1985... et surtout d'American Psycho... Et savoir, pourtant, que ce garçon-là, tout auréolé de son prestige ambigu de lanceur de modes (il fut, un temps, le leader d'un "groupe littéraire" appelé Brat Pack, qui comprenait aussi Jay McInerney), est un véritable écrivain. Se laisser absorber, presque à son corps défendant, par cet étonnant Lunar Park, son dernier roman (à tous les sens du terme, puisqu'il prétend ne plus en écrire d'autres), où se mêlent avec une virtuosité vertigineuse le réel et la fiction. Et basculer, finalement, dans ce paysage trouble où se dessine avec une violence glaçante la critique d'une société agonisante ­la sienne. Ce rapport paranoïaque avec le monde réel, sans cesse menacé de disparition, Ellis l'entretient depuis ses débuts...

Dans Lunar Park, le vide n'a pas disparu, mais il change de nature. Car derrière les tentures fatiguées de l'American way of life, derrière les ivresses plus ou moins bien contrôlées de la célébrité, c'est sa propre mort qu'entrevoit le héros, vieillissant bien sûr, de ce récit souvent drôle et toujours angoissant. Un héros rempli à ras bord de cocaïne et de somnifères, pathétiquement indifférent aux autres, ravagé par la haine qu'il pense éprouver pour son père ­ et qui s'appelle Bret Easton Ellis... l'écrivain emmène ensuite son lecteur dans une sorte de film d'horreur où des fantômes font irruption dans la vie tranquille d'un quartier résidentiel. Des enfants disparaissent, les meubles changent de place, des animaux en peluche se mettent à attaquer les humains, la moquette du salon "pousse"... Sous le signe du noir et de l'orangé, le récit devient une sorte d'Halloween géant, mélange d'angoisse réelle et de terreur de pacotille... Le véritable cauchemar, en fait, vient de l'intérieur. C'est la main du passé qui s'abat sur le narrateur, comme un fantôme...


  • La revue de presse Fabrice Pliskin - Le Nouvel Observateur du 13 octobre 2005

Le héros du nouveau roman de Bret Easton Ellis s'appelle Bret Easton Ellis. On se souvient que son précédent ouvrage, «Glamorama», taxidermisait les célébrités avec la chic monotonie des sérigraphies de Warhol. Cette fois, la célébrité, c'est lui-même. «Lunar Park» se présente comme l'autobiographie du romancier hanté par la mort de son père. Inutile de vouloir démêler le vrai du faux dans les caquets de ce narrateur à Ferrari : son degré de fiabilité est égal à celui de «Voici», des gouvernantes de Henry James ou de George W. Bush. Ellis a-t-il été déclaré «cliniquement mort pendant trois minutes» après une overdose dans une baignoire à Seattle ? Son éditeur Knopf a-t-il engagé un garde du corps jamaïcain pour l'empêcher de «se défoncer au smack» ? A-t-il un fils ? A-t-il été l'amant de George Michael ? Ou de Jean-Pierre Pernaut ?
L'ouverture de «Lunar Park» revisite les années tapis rouge de l'écrivain 100% VIP, histrion de lui-même, sur le mode de l'autopastiche... «American Psycho» transcendait la métaphore du serial killer, ce morne emploi des romans policiers, pour en faire la figure de l'individu contemporain, ce Grand Consom-mateur hébété par la culture de masse. «Lunar Park» ne décolle jamais du poncif de la maison hantée. La claque vous dira que, selon l'expression recuite, l'auteur détourne les codes du genre, mais rien de plus faux, hélas. Somme toute, l'atmosphère n'est pas fondamentalement différente de celle du «Manoir hanté», le film des Studios Disney avec Eddy Murphy. L'auteur a beau donner dans la «méta-littérature» (ses fantômes sont les personnages de ses anciens romans...)


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