Auteur : Oscar Wilde
Préface : Merlin Holland
Traducteur : Bernard Cohen
Date de saisie : 21/08/2006
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : La cosmopolite
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-234-05822-4
GENCOD : 9782234058224
1895. Après avoir été publiquement traité de "sodomite", Oscar Wilde intente un procès en diffamation au marquis de Queensberry, le père de son jeune amant. Mais son action échoue et la Couronne le poursuit devant les tribunaux pour outrage aux bonnes moeurs. Reconnu coupable d'homosexualité, il est condamné à une peine de deux ans de travaux forcés qu'il purgera dans la tristement célèbre geôle de Reading. Pour la première fois en France, cet ouvrage présente l'intégralité du procès en diffamation qui fit basculer le destin de Wilde. Au-delà du drame qui s'y joue, ce précieux document, tout en offrant un instantané de l'époque victorienne, révèle l'esprit brillant et impertinent de Wilde. Car d'une vulgaire affaire de moeurs, l'auteur de génie fait, grâce à l'une de ces pirouettes dont lui seul a le secret, un débat à la fois drôle et bouleversant sur l'amour, l'art, la moralité et bien d'autres choses encore. Une préface de Merlin Holland, petit-fils d'Oscar Wilde, ouvre le texte, lui apportant un éclairage personnel et érudit.
Né à Dublin en 1854, Oscar Wilde est l'auteur notamment du Portrait de Dorian Gray et de De l'importance d'être Constant. Il est mort à Paris le 30 novembre 1900.
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Quoi de neuf sur Oscar Wilde ? L'intégrale des sténographies du procès, retrouvées par Merlin Holland, le petit-fils du poète, et publiées pour la première fois en français. C'est passionnant. Parce que, sous la forme haletante de questions et réponses entre avocats et accusé, on assiste au combat désespéré d'un homme seul contre une société qui le traque.
Chacun sait qu'Oscar Wilde s'était jeté lui-même dans la gueule du loup, en assignant pour diffamation le marquis de Queensberry, père de son jeune amant Alfred Douglas, le beau et diaphane «Bosie». Le marquis avait déposé au club fréquenté par Wilde une carte de visite ouverte, avec cette inscription : «Pour Oscar Wilde, pédale et sodomite» (sic). Ce Queensberry était une brute, dont un autre fils venait de se suicider, victime d'un chantage consécutif à sa liaison avec Rosebery, ministre des Affaires étrangères puis Premier ministre. L'acharnement du marquis contre Wilde, le retournement du procès et la condamnation du poète s'expliqueraient en partie par cet épisode peu connu. Queensberry, qui accusait l'homosexualité de lui avoir pris un fils, voulait à tout prix se venger. Il aurait menacé Rosebery de dévoiler ses moeurs si le Premier ministre n'obtenait pas la condamnation de Wilde. Une hypothèse vraisemblable dans le climat sordide de l'Angleterre victorienne... On referme le livre à la fois émerveillé du brio de l'accusé et stupéfié de sa candeur. Il savait qu'on n'aurait aucun mal à le confondre. Alors pourquoi avoir attaqué le marquis qui n'avait fait qu'écrire ce qui se murmurait dans tout Londres ? Soif inconsciente du martyre ou, plus probablement, pressentiment que la prison donnerait seule à son oeuvre, entachée d'une certaine frivolité mondaine, le poids de douleur qui lui manquait.
Oscar Wilde fit preuve à son procès d'un courage (ou d'une inconscience) inouï. Mais il est passionnant de constater, en lisant ces comptes rendus d'audience réunis par Merlin Holland, son petit-fils, que ce n'est pas en tant que militant de la cause homosexuelle que l'écrivain se battit, mais comme, si on peut dire, militant de la littérature.
Si procès il y a, c'est parce que Wilde l'a voulu. En 1895, c'est lui qui attaque en diffamation le marquis de Queensberry, le père de son ami Alfred Douglas, pour avoir prétendu qu'il «pose au sodomite», et l'échec de cette mise en accusation débouchera illico sur celle de l'écrivain, puis sa condamnation à deux ans de travaux forcés qui nous vaudront deux chefs-d'oeuvre, De Profundis (que Stock réédite la semaine prochaine) et la Ballade de la geôle de Reading, et sa mort précoce en 1900, à 46 ans. Un des avocats de Wilde déclare immédiatement «qu'il ne peut imaginer diffamation plus effroyable, préoccupante ou abominable que l'on puisse faire supporter à quiconque» et l'écrivain niera sans bonne foi tout acte de sodomie, s'exposant à de multiples témoignages contraires (des domestiques devront dire «l'état répugnant dans lequel ils retrouvèrent la literie en plus d'une occasion»). Les perpétuelles relations affectueuses et généreuses que Wilde a avec des garçons immanquablement jeunes et de basse extraction sociale (ce dernier point est souligné) joueront aussi contre lui. La condamnation de l'écrivain fut certainement aussi motivée par des motifs d'ordre public, pour en finir avec ces affaires de moeurs où étaient compromis de puissants politiques... Mais Wilde ne veut pas d'un procès de rupture, il ne défend pas l'homosexualité, il défend la littérature en croyant qu'elle le défendra à son tour. Ces comptes rendus sont d'une extrême modernité, en s'intéressant au lien entre art et moralité, art et réalité et à la responsabilité de l'écrivain dans la lecture qu'on fera de son oeuvre...
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