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Dans le décor

Couverture du livre Dans le décor

Auteur : Jérôme Beaujour

Date de saisie : 17/10/2005

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : POL, Paris, France

Collection : Blanche

Prix : 13.00 € / 85.27 F

ISBN : 978-2-84682-089-9

GENCOD : 9782846820899


  • La présentation de l'éditeur

A un moment, je perds la fiction comme on perd la vue. C'est le moment où Benoît me demande d'écrire un film. Alors je monte dans l'écran, rentre dedans, je deviens un PDG qui sort de prison et qui retrouve sa femme et ses enfants et tout le monde monte avec moi mais je dois en redescendre pour dire à Benoît ce qui se passe dans l'écran. Et je suis découragé car j'ai envie de lui parler de ce qui se passe dans la vraie vie où nous sommes des vrais personnages de fiction.



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  • La revue de presse Eric Loret - Libération du 13 octobre 2005

A la deuxième page, le narrateur dit : «C'est un roman que j'ai commencé il y a dix ans. Et là je crois que je vais l'abandonner. Je suis dans une impasse.» On regarde dans la liste «du même auteur», on voit que son dernier roman Tout dire date de 1995. On revient au texte, il continue comme ça : «J'ai voulu tout y mettre, mais tout, et pour cela j'ai pris comme personnage principal quelqu'un qui est trop loin de moi.» Le narrateur parle à un certain Benoît, avec qui il a projet de faire un film, et comme on est un lecteur simple, on croit qu'il s'agit de Benoît Jacquot, avec qui Beaujour a scénarisé la Fille seule, le Septième Ciel et Pas de scandale, on croit que Jacquot a filmé Lacan en train de prononcer cette phrase célèbre : «La vérité, on ne peut pas la dire toute», et on croit aussi que le roman dans l'impasse est celui que nous sommes en train de lire parce qu'il est, comme le titre l'indique, en train de foncer dans le décor.

Mais Dans le décor est aussi l'histoire d'un scénariste qui «monte dans l'écran, rentre dedans», en ressort tel Orphée pour nous raconter Eurydice, mais avec une finesse toute fine, imperceptible, un voile de gaze entre la vie et les morts, la fiction et le récit de la fiction. Beaujour ne tire aucun effet pédagogique à rentrer et sortir de son scénario (ce n'est pas Tristram Shandy), il accouche plutôt de fantômes, on passe d'une voix à l'autre sans s'en rendre compte, on change de sexe au détour du «je», on ne peut finalement se saisir que comme creux. Le plus fascinant, sans doute, très rapidement, dès quelques pages, c'est que ce va-et-vient entre l'imagination, les personnages absents et le café où se raconte l'histoire entre Jérôme et Benoît apparaît comme un réalisme idoine pour ces états que l'on éprouve régulièrement, quand on a du mal à se concentrer sur la réalité, comme si grésillait entre le monde et nous la musique échappée d'un casque de baladeur, la légère mais persistante interférence d'une mouche électronique, qui enneige l'écran du quotidien... Dans le décor est entre autres une réflexion sur les «conditions historiques» de l'émotion, se demandant si le cinéma n'a pas la charge de simuler les émotions désormais mortes dans la vie, à laquelle pourtant il les avait empruntées jadis, les faisant se survivre mensongèrement à elles-mêmes...


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