Auteur : Peter Ackroyd
Traducteur : Bernard Turle
Date de saisie : 26/10/2005
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : P. Rey, Paris, France
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-84876-042-1
GENCOD : 9782848760421
Il paraît que, dans certains colloques où l'on parle de Peter Ackroyd en France, il est accusé de tous les maux. D'après ses détracteurs, Peter Ackroyd serait scandaleux parce que : «ce qu'il fait est indigne». J'ignore ce que ses pourfendeurs entendent par là et, quant à moi, son traducteur officiel, je n'entends plus ces gens depuis des lustres, depuis, très précisément, le jour ancien où un président de jury d'agrégation s'est emporté contre moi, est sorti de ses gonds d'une façon fort peu professorale parce que j'avais évoqué l'homosexualité dans le cadre d'un exposé sur «poésie pure et impure» - ou, plus exactement, le jour, quelques années plus tard, où j'ai appris que ce digne personnage était un homosexuel refoulé. Cela pourrait n'avoir aucun rapport avec le dernier ouvrage de Peter Ackroyd paru en France, une «vie brève» de Chaucer, l'auteur des Contes de Canterbury, le «père de la littérature anglaise», si, justement, la représentation de la littérature anglaise en France ne passait par des réseaux universitaires qui peuvent être des diffuseurs comme des écrans à la propagation d'une oeuvre. Ce qui gêne peut-être certains chez Peter Ackroyd, c'est qu'il appelle un chat un chat et un Chaucer un Chaucer : à savoir une figure historique dont on dispose de certains indices pour le reconstituer mais qui est en partie effacée, comme une fresque, par le temps. Or ce qui ressort des morceaux de plâtre coloré qui nous restent, ce n'est pas un pur poète mais aussi un diplomate au service de la Couronne dont on suppose qu'il a mené des opérations secrètes qui demeurent du domaine de l'hypothèse en raison de leur discrétion même, un «valet» du régime qui participait, comme Pétrarque ou Boccace en Italie, à l'élévation de sa classe sociale comme du statut de l'homme de lettres, un bourgeois, quasiment un parvenu, qui parfois avait de l'argent et parfois pas, nommé à un poste à responsabilité ou rétrogradé, et ainsi de suite. Peut-être est-ce ceci qui heurte certains : le fait que Peter Ackroyd transforme méthodiquement toutes les grandes plumes de la littérature d'Outre-Manche en ce qu'ils sont : des boutiquiers. Des boutiquiers de génie, qui savent extraire de leurs étals des oeuvres grandioses. Le Chaucer de Peter Ackroyd, lui-même colporteur de l'illusion littéraire, est un petit bijou biographique, il a toute la pâte médiévale qu'il faut pour que l'étudiant et l'amateur d'anglicité saisissent intimement, si longtemps après, un personnage et une époque qui nous échappent.
Bernard Turle, traducteur de l'ouvrage
Universellement connu grâce à ses Contes de Canterbury, Geoffrey Chaucer demeure pourtant un personnage mystérieux. De cet auteur du XIVe siècle londonien, dont l'image est brouillée par le temps, et qui le fascine, Peter Ackroyd reconstruit la silhouette et le parcours sans tenter de combler les lacunes imposées par la distance et l'oubli. Comme d'une fresque en partie estompée, il fait ressortir les traits saillants et laisse dormir les ombres. L'homme n'en reprend pas moins vie : celui qu'on savait poète, sans se demander comment il avait vécu, se révèle tout à la fois administrateur, diplomate bien rémunéré, membre des meilleurs cercles londoniens, mais pourtant impécunieux ; bibliophile amateur d'auteurs italiens ; époux sans épouse et accusé de viol, et ainsi de suite. De ce brillant adaptateur de Pétrarque et Boccace - ce qui ne l'empêchait pas de dénigrer son propre talent -, on peut néanmoins dire aussi qu'il est, par son emploi de la langue vulgaire, l'initiateur de la langue anglaise. Une vie bien remplie, qui donne envie d'aller découvrir ou redécouvrir le "père de la littérature anglaise moderne".
Né à Londres en 1949, Peter Ackroyd est l'une des plumes les plus brillantes de la littérature anglo-saxonne. Alternant les genres littéraires, il a reçu de nombreux prix pour des biographies telles celles de Dickens, William Blake ou Londres, aussi bien que pour son abondante oeuvre romanesque.
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