Auteur : Tim Winton
Traducteur : Nadine Gassie
Date de saisie : 09/10/2005
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Rivages, Paris, France
Collection : Rivages-Littérature étrangère
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-7436-1447-8
GENCOD : 9782743614478
Cloudstreet : tel est le nom donné à la maison dans laquelle deux familles modestes jetées par-dessus bord suite à divers revers se retrouvent un beau jour. Les Lamb, menés à la baguette par Oriel, véritable commandant en chef, s'adonnent avec ferveur à la prière et au labeur, seule façon pour eux de sortir de la misère et du drame qui fit perdre la raison à Fish l'enfant rieur. Les Pickles, rêveurs impénitents, vivent dans un total désordre et maugréent lorsque le père, Sam, joue aux courses la paye de la semaine et le plus souvent la perd. Bon an mal an, au milieu des rires et des drames, les enfants vont grandir et s'émanciper sans vouloir pour autant s'éloigner du nid. Car Cloudstreet est une maison comme on les aime passionnément : immense, de guingois, remplie de vacarme et de sentiments. Et pour les treize membres des familles Pickles et Lamb, l'endroit du monde où ils ont enfin trouvé leur place. Tendre et exubérante, cette saga tragi-comique aux personnages inoubliables a remporté le très prestigieux Miles Franklin Award en 1992.
Tim Winton est né en 1960 à Perth en Australie Occidentale.
Longue natte tressée, visage d'Iroquois, Tim Winton est le dernier cavaleur des antipodes. A 46 ans, il piaffe à la proue d'une oeuvre déjà impressionnante, secouée par les tumultes du grand dehors : sans la magie des paysages australiens, sans leur violence et leur fureur, son oeuvre n'existerait pas... Nous sommes au coin d'une ruelle de Perth - la ville natale de Winton -, derrière les murailles d'une bicoque passablement délabrée. Cette bâtisse tient à la fois de l'arche de Noé et de la cour des Miracles : une sorte de vaisseau fantôme que le vent fait grincer sur ses amarres... C'est là que deux familles vont rassembler leur misère et tâcher de ravauder les lambeaux de leurs rêves... De cette terre-là, Winton réveille les sortilèges avec un lyrisme éblouissant : rendez-vous à Cloudstreet, la rue joliment brindezingue où les nuages sont autant de mirages...
C'est une saga du bout du monde, un gros roman des antipodes, idéal pour un week-end hivernal au coin du feu. Mais qu'on n'attende pas de Tim Winton, lorsqu'il parle de son pays, l'Australie, de l'exotisme, du folklore de pacotille. Les kangourous n'y sont pas de gentils animaux promenant leur progéniture dans une poche ventrale, mais des destructeurs qu'il faut régulièrement exterminer pour protéger les cultures. Et surtout, cet écrivain prolifique de 45 ans - plus de vingt livres ont suivi son premier roman, publié à 19 ans -, aime entraîner son lecteur du côté de l'étrange, de l'inexpliqué, aux frontières floues du réel et du rêve.
Les héros de Cloudstreet, dernier titre paru en français (1), vivent à Perth, en Australie occidentale, là où Winton lui-même est né. Dès le mystérieux prologue, à garder en mémoire au long de la lecture, on comprend que cette histoire - elle va du début des années 1940 aux années 1960 - sera sous le signe de l'eau. C'est l'eau, plus ou moins directement, qui a fait le malheur des Pickles et des Lamb. Sam Pickles, en pêchant, a laissé presque tous les doigts d'une main dans un filet. Fish Lamb, enfant, est resté sous l'eau plusieurs minutes, coincé sous un filet. Il asurvécu mais n'est "pas revenu tout entier". Il est l'une des étrangetés qui hantent ce roman... Comme dans toutes les sagas, il y a des péripéties, du tragique et du comique, des brouilles, des mariages, des grossesses, des fausses couches, des accidents, des deuils, des moments où la vie ressemble "à une bataille perdue d'avance". S'il n'y avait que cela, et le talent de Tim Winton pour recréer, minutieusement, le destin de chacun de ses nombreux personnages, Cloudstreet serait un bon roman populaire, agréable à lire, vite oublié.
Mais, derrière cette apparence d'histoires de famille sur plusieurs générations, la vérité de Cloudstreet est l'étrangeté, un sentiment de constante menace...
On aime chez Tim Winton l'instinct de la nature, la survie à assurer, les déserts à traverser, le corps à corps lyrique des personnages avec la grandeur décourageante de leur environnement, peau écorchée, brûlée, la page d'après caressée par le vent et les vagues. Dans Cloudstreet (traduit aujourd'hui mais qui date de 1991), les fermiers ruinés d'avant la guerre s'éloignent de «la gueule grise du bush» pour gagner Perth, la ville que tout le monde a envie de quitter, mais dont le fleuve est comme une présence passionnante, «vaste créature vivante et grommelante» qui vous attrape, vous porte, vous recrache et vous attire toujours. On aime aussi que la nature, dans les romans de Winton, féconde les rêves et les fantasmagories, même chez les imbéciles. Chacun de ses livres contient des créatures surnaturelles qui surgissent en toute simplicité quand ce n'est pas le moment pour les personnages, chevaliers d'apocalypse dans la Femme égarée, hommes noirs dans Cloudstreet. Ce sont peut-être des reproches vivants. Ce sont parfois des doubles. Le chasseur de kangourous voit dans son viseur un humain qui lui ressemble, de quoi dégoûter de tirer.
Un narrateur étrange intervient de temps en temps dans Cloudstreet pour survoler l'ensemble, une voix d'autre côté du miroir, à l'abri dans le ciel. A sa manière de tutoyer un des héros, on finit par comprendre qu'il s'agit de lui-même... Cloudstreet tient son nom d'une rue, rue du nuage, Cloud Street. Dans la grande maison au numéro 1, les Pickles s'installent, et sous-louent un côté de couloir aux Lamb qui ouvrent boutique. Crèmes glacées, gâteaux, jambon, boissons, une adresse, un seul mot, «Cloudstreet». Dans la famille Pickles, ne demandez pas la mère (alcoolique), ni le père (il joue aux courses), encore moins les fils (simples figurants), quant à la fille, elle est d'acier... Prenez n'importe quel individu torpillé par ses défauts : Tim Winton lui donne sa chance.
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