Auteur : Mona Ozouf
Date de saisie : 09/10/2005
Genre : Histoire
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Les journées qui ont fait la France
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 978-2-07-077169-1
GENCOD : 9782070771691
L'équipée de Varennes ne figure pas dans le canon des "journées révolutionnaires" : ni foules anonymes en fureur, ni sang versé, ni exploits individuels, ni vainqueurs, ni vaincus. A Varennes, un roi s'en est venu, un roi s'en est allé, avant de retrouver une capitale sans voix et une Assemblée nationale appliquée à gommer la portée de l'événement. Autant dire une journée blanche. Et pourtant, ce voyage apparemment sans conséquence fait basculer l'histoire révolutionnaire : il éteint dans les esprits et les coeurs l'image paternelle longtemps incarnée par Louis XVI ; met en scène le divorce entre la royauté et la nation ; ouvre inopinément un espace inédit à l'idée républicaine ; et, pour finir, projette la Révolution française dans l'inconnu. Le livre de Mona Ozouf reconstitue cette histoire à la fois énigmatique et rebattue. Il en éclaire les zones obscures, pénètre les intentions des acteurs et observe le démenti que leur inflige la fatalité ; avant d'interroger les lendemains politiques d'une crise qui contraint les révolutionnaires à "réviser" la Révolution. Réapparaissent ainsi des questions aujourd'hui encore irrésolues : y a-t-il une politique distincte du roi et de la reine ? Peut-on faire de Varennes l'origine de la Terreur ? Quelle figure de république voit-on se dessiner dans le chaos des passions du jour ? Ce moment tourmenté, écrit l'auteur, ouvre une vraie fracture dans l'histoire de France. Il allonge déjà sur le théâtre national l'ombre tragique de l'échafaud. Dix-huit mois avant la mort de Louis XVI, Varennes consomme l'extinction de la royauté.
Mona Ozouf, directeur de recherche au CNRS, est l'auteur de nombreux ouvrages sur la Révolution française, la République et la littérature, notamment La Fête révolutionnaire (1976), Les Mots des femmes (1993) et Les Aveux du roman (2001).
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La fuite des «royaux» à Varennes a toujours été une énigme dans cette énigme plus grande encore que fut la Révolution française. Varennes. La mort de la royauté, de Mona Ozouf, reconstitue le chemin, les tourments et les conséquences de cette équipée désastreuse, qui mit en lumière les contradictions du souverain et changea la couleur du ciel de notre pays, puisque le roi n'était pas encore à Paris, prisonnier de sa berline dans l'étouffant été champenois, que déjà des cris et des menaces annonçaient l'ombre froide de la guillotine. Le Varennes de Mona Ozouf est bienvenu pour refonder une collection prestigieuse, Les Journées qui ont fait la France, dans une version new-look imaginée par Ran Halévi. Mona Ozouf inscrit son nom sous ceux d'historiens (Duby) et d'écrivains (Berl, Giono) ayant toujours sacrifié au double plaisir d'écrire une Histoire qui nous raconte des histoires... Le 25 juin, l'entrée dans la capitale du «convoi de la monarchie», comme disait Michelet, se fait devant un peuple considérable mais dans un «silence de puits»... A l'approche des Tuileries, des hommes veulent escalader la voiture. Un peu de sang coule. La Fayette fait dégager le perron et protéger la sortie du roi et de la reine, qui restent impassibles. L'opinion a détrôné le roi.
Mona Ozouf revient sur les causes de ce naufrage. A qui, à quoi attribuer le dénouement calamiteux de cette aventure ? Responsabilités partagées, répond-elle... Plus que la vision d'un aller et retour, c'est celle du «désenchantement du royaume» que nous raconte Mona Ozouf, avec ce double talent qui est le sien, nourri d'exactitudes d'histoire et de tentations romanesques.
Pouvait-on mieux choisir que Varennes et Mona Ozouf pour relancer l'exploration de ces Journées qui ont fait la France ? Deux des principales intentions qui président à cette entreprise sont, en tout cas, d'emblée satisfaites. L'historienne qui sait écrire et la journée qui en est une. Certes, celle-ci compte trente-six heures et voit la pauvre équipée de la famille royale qui, après avoir quitté subrepticement les Tuileries au soir du 20 juin 1791 et échoué à Varennes la nuit suivante, a à peu près tout raté de l'«exfiltration» prévue. Mais, comme il se doit, ces moments, cette séquence, doivent cristalliser un ensemble de telles significations qu'on puisse, sans artifice, les désigner comme une «journée» qui a fait la France.
Ce que montre alors Mona Ozouf, en surplombant avec une incomparable élégance l'énorme massif historiographique qui sédimente le sujet, c'est moins ce qui ce jour-là fait une nouvelle France que ce qui défait, irréversiblement, la royauté...
... Avec la finesse qu'on lui connaît, Mona Ozouf passe au crible ce qui fait une "journée" dans la tourmente révolutionnaire. Le théâtre en est urbain, le peuple l'un des acteurs majeurs, la transgression sensible, qu'il s'agisse d'investir la Bastille, les Tuileries, voire l'enceinte où siège la représentation nationale... Avec finesse, Mona Ozouf parvient à tenir tous les fils. Impeccable dans la narration - elle ne craint pas de saluer en note la relation de la fuite par André Castelot -, magistrale dans l'art du portrait, suggestive et toujours subtile dans sa réflexion politique, jamais contrainte par une vision préétablie de l'histoire, révolutionnaire ou non, elle nous donne un grand livre. Un de ceux qui font l'historiographie nationale.
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