Auteur : Raymond Guérin
Préface : Jean-Paul Kauffmann
Date de saisie : 27/08/2006
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Finitude, Bordeaux, France
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-912667-29-8
GENCOD : 9782912667298
En décembre 1943, Raymond Guérin sort du stalag où il vient de passer trois ans et demi. Il arrive à Paris et découvre la France de l'Occupation, bien différente de celle qu'il avait laissée en 1940. Il constate qu'ici aussi «la sottise bat son plein».
Il reprend contact avec le petit monde littéraire parisien. Piloté par Marcel Arland, Jean Paulhan ou Gaston Gallimard, il rend visite à Camus, Sartre, Queneau, Chardonne, à son compagnon de détention Henri Cartier Bresson, et à bien d'autres encore. Il sort, va au restaurant - fait connaissance avec le marché noir -, va au théâtre et comprend combien la détention l'a marqué, combien il est aujourd'hui «différent».
Retour de Barbarie est le journal de cette période, celle qui lui fera écrire dans une lettre à Henri Calet : «Je me fais l'effet d'un revenant, d'un fantôme. Je n'ai plus ma place dans ce monde étouffant et fascisé».
Préface de Jean-Paul Kauffmann.
Raymond Guérin à nu. Fin 1943, l'écrivain rentre de trois années et demie de stalag. Retour de barbarie rassemble des textes inédits, confessions pudiques et espoirs ténus d'un homme au bord du vide. Il ne reconnaît plus Paris sous l'Occupation, ose égratigner la Résistance, des types courageux certes, mais «désinvoltes», et surtout s'insurge contre l'ennemi diffus : «Je croyais qu'une fois sorti des barbelés c'en serait fini pour moi de l'horreur [...]. Je suis arrivé dans une France au moment où elle se trouvait plus que jamais traquée, où les Barbares ont trouvé, pour les aider dans leurs oeuvres de basse police, certains de nos compatriotes.»
Guérin traîne un spleen, comme une honte d'être revenu...
En décembre 1943, un grand garçon osseux de 38 ans se promène dans Paris occupé, on dirait un fantôme. Il porte le manteau élimé des prisonniers de guerre. Le matricule 51 873 vient de passer trois ans et demi dans plusieurs stalags, où il a rédigé, dans la lumière des miradors, ce qui deviendra, dix ans plus tard, son maître livre, «les Poulpes»... Avant de retrouver son Bordelais natal, l'écrivain fait une brève escale dans la capitale. A la seule idée de se mélanger «à ceux qui vivent», il dit éprouver «une sorte de trac». Car il espère renouer avec la NRF, sa maison d'édition, veut remercier ceux qui l'ont aidé pendant sa détention et clouer le bec à ceux qui l'ont oublié. Il a faim de pain frais, de livres neufs, de cinéma et de théâtre. Mais très vite, il déchante. Il découvre non seulement que la barbarie d'où il vient sévit toujours mais aussi que beaucoup, à Paris, s'en accommodent fort bien. Il a quitté l'enfer, il assiste avec dégoût au spectacle d'un paradis artificiel : des jeunes gens parfumés côtoient les uniformes vert-de-gris aux représentations du «Soulier de satin» et l'on se goinfre de viande rouge dans des restaurants fournis par le marché noir. Lui, dans sa «tenue pisseuse», est partagé entre l'extralucidité, l'hébétude et la colère - «les salauds !», ne cesse-t-il de répéter... «Retour de barbarie» est un concentré de Guérin. Sa souffrance inapaisable, sa révolte inextinguible, son orgueil de romancier, son talent d'entomologiste, ce mélange de masochisme et de vanité, sa haine des lâches, se bousculent dans ce grand petit livre qui fait, soixante ans après, un bruit d'enfer.
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