Passion du livre - tout sur le livre : Neige

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Neige

Couverture du livre Neige

Auteur : Orhan Pamuk

Traducteur : Jean-François Pérouse

Date de saisie : 03/10/2005

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Du monde entier

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-07-077124-0

GENCOD : 9782070771240

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  • La présentation de l'éditeur

Le jeune poète turc Ka - de son vrai nom Kerim Alakusoglu - quitte son exil allemand pour se rendre à Kars, une petite ville provinciale endormie d'Anatolie. Pour le compte d'un journal d'Istanbul, il part enquêter sur plusieurs cas de suicide de jeunes femmes portant le foulard. Mais Ka désire aussi retrouver la belle Ipek, ancienne camarade de faculté fraîchement divorcée de Muhtar, un islamiste candidat à la mairie de Kars. A peine arrivé dans la ville de Kars, en pleine effervescence en raison de l'approche d'élections à haut risque, il est l'objet de diverses sollicitudes et se trouve piégé par son envie de plaire à tout le monde : le chef de la police locale, la sueur d'Ipek, adepte du foulard, l'islamiste radical Lazuli vivant dans la clandestinité, ou l'acteur républicain Sunay, tous essaient de gagner la sympathie du poète et de le rallier à leur cause. Mais Ka avance, comme dans un rêve, voyant tout à travers le filtre de son inspiration poétique retrouvée, stimulée par sa passion grandissante pour Ipek, et le voile de neige qui couvre la ville. Jusqu'au soir où la représentation d'une pièce de théâtre kémaliste dirigée contre les extrémistes islamistes se transforme en putsch militaire et tourne au carnage. Neige est un extraordinaire roman à suspense qui, tout en jouant habilement avec des sujets d'ordre politique très contemporains -comme l'identité de la société turque et la nature du fanatisme religieux -, surprend par ce ton poétique et nostalgique qui, telle la neige, nimbe chaque page.

Orhan Pamuk, né à Istanbul en 1952, est l'auteur notamment du Livre noir (1995), qui fut un grand succès international. Mon nom est Rouge (2001) lui a valu le prix du Meilleur Livre étranger en France, en plus des nombreuses distinctions reçues dans d'autres pays, comme l'Independent Foreign Fiction Award ou le prix Impac. Orhan Pamuk intervient régulièrement dans la presse internationale sur des questions touchant la Turquie.





  • La revue de presse François-Guillaume Lorrain - Le Point du 3 novembre 2005

Certains écrivains embarrassent leur pays. En ces temps d'intégration européenne, la Turquie ne sait plus quoi faire avec son grand romancier Orhan Pamuk. Traduit dans 40 pays, récipiendaire ces jours-ci du très prestigieux prix de la Paix à la Foire de Francfort, Pamuk pourrait faire office de belle vitrine. Il n'en est rien. Esprit libre, Pamuk appuie là où ça fait mal. En 1999, il avait refusé le titre d'«artiste d'Etat». Le 6 février 2005, dans une déclaration à un journal suisse, il a franchi une étape : «On a tué chez nous 30 000 Kurdes et 1 million d'Arméniens, mais personne sinon moi n'ose en parler.» Reprise par Hürriyet, le grand quotidien turc, cette phrase lui vaut un procès qui doit s'ouvrir le 16 décembre. Chef d'accusation : «dénigrement public de l'identité turque». OrhanPamuk risque jusqu'à trois ans de prison. Qualifié de «créature abjecte» par Hürriyet, traité de «juif» par la presse populaire de droite, l'écrivain a vu ses livres brûlés en place publique... Dans «Neige», des jeunes femmes se suicident à Kars : on leur interdit l'accès aux écoles car elles portent le foulard. Pamuk donne la parole à l'une d'entre elles, mais aussi à Muhtar, religieux candidat à la mairie, Lazuli, islamiste radical, ou Sunay, acteur nationaliste. Le thriller polyphonique de Pamuk est un excellent sésame pour accéder à la mosaïque turque et une formidable incitation au dialogue... Rongée, minée de l'intérieur, la Turquie actuelle empêche d'être heureux : tel semble être le message crypté de ce foisonnant roman, où espoir et lucidité se disputent une partie scandée par la neige qui tombe. Une neige qui adoucit toute chose mais qui isole Kars, autrement dit la Turquie, du reste du monde...


  • La revue de presse Daniel Rondeau - L'Express du 27 octobre 2005

Le romancier turc Orhan Pamuk s'est emparé d'un fait divers tragique (des filles qui se suicident parce qu'on leur interdit de porter le foulard) en s'abandonnant aux mythes récents de son pays (le héros Atatürk, le rebelle de la montagne, l'exilé en Allemagne, le terroriste, etc.) et aux paysages hivernaux d'une petite ville d'Anatolie où bien peu d'étrangers (et même de Stambouliotes) n'iront jamais. Il est réjouissant de voir apparaître une grande oeuvre. Neige est un roman confondant à plusieurs titres : par la science des êtres qui l'habitent, par l'acuité généreuse du narrateur, par ce qu'il nous enseigne de la vérité d'un pays.

L'art du romancier crée sa forme et donne un mouvement incomparable à ce qui n'était qu'une enquête journalistique sur un phénomène de société. Le fait divers devient une épopée cosmique et poétique où le destin d'une poignée d'hommes, souvent tristes et désespérés, pris dans un chaos improbable, concerne l'espèce humaine tout entière, pendant qu'une neige épaisse tombe sur la ville. La neige est pour Pamuk le chiffre de la nostalgie et le blason de son personnage principal, Ka, dont la haute figure traverse cette histoire à la fois lente et riche en rebondissements...


  • La revue de presse Manuel Carcassonne - Le Figaro du 27 octobre 2005

Orhan Pamuk est un homme prudent mais il a ses raisons que l'on peut aisément comprendre : pour avoir évoqué la responsabilité des Turcs dans le malheur des Kurdes et des Arméniens - «trente mille Kurdes et un million d'Arméniens ont été massacrés sur ces terres et personne sauf moi n'ose en parler», a-t-il déclaré à un journal suisse en février 2005 - le gouvernement d'Ankara le traîne en justice... ce roman mille-feuilles, ambitieux, gris comme la vérité humaine, rouge sang, picaresque à la Don Quichotte égaré en Anatolie, labyrinthe d'islamistes volages, de kémalistes musclés, d'agents secrets, de flics sous-payés, de jeunes beautés voilées qui ne veulent pas se dénuder dans la maison du père et finissent par s'offrir, dans la nuit froide, la neige qui tourbillonne jusqu'au vertige. Neige le bien-nommé est un tour de force, un conte tragi-comique, un opéra-bouffe qui joue de toutes les voix, une boîte de Pandore. Orhan Pamuk le sait, qui en rirait presque, maître de ses effets. Le roman à la fois oriental et postmoderne, présente tous les pièges que la conversation de son auteur élimine...


  • La revue de presse Martine Laval - Télérama du 19 octobre 2005

A 53 ans, Orhan Pamuk est en passe de devenir un héros. On le dit même bon pour le prix Nobel. L'écrivain turc de renommée internationale est inculpé par une cour d'Istanbul d'«insulte délibérée à l'identité turque», non pas pour le contenu de son sixième roman, Neige - et là, pourtant, il y aurait de quoi ! -, mais pour des propos qu'il a accordés à un journal suisse de langue allemande, Tages-Anzeiger : «30 000 Kurdes et près d'un million d'Arméniens ont été tués sur ces terres et personne d'autre que moi n'ose le dire». Le sujet reste totalement tabou en Turquie. C'est un trou béant dans l'histoire du pays, dans la mémoire de ses habitants. Une amnésie, un obscurantisme insupportables pour l'homme de lettres qui parle d'oppression du peuple turc. Son procès aura lieu le 16 décembre. Il risque de six mois à trois ans de prison... Ka, héros de Neige, s'est exilé en Allemagne. Il revient sur sa terre natale. Il est inquiet, comme endolori. Il s'installe à Kars, petite ville de l'Anatolie, à l'extrême est de la Turquie, jadis territoire arménien. Pamuk, plus habitué aux histoires stambouliotes, a fait le choix d'investir cette partie reculée - oubliée - de son pays. Et ce n'est pas anodin. Dans les environs de Kars se trouvent les ruines d'Ani, la «cité aux mille églises», riche capitale de l'Arménie au Moyen Age, ainsi que, majestueux et surplombant la frontière arméno-turque, le mont Ararat - symbole pour les Arméniens de leur pays perdu. A la demande d'un journal d'Istanbul, Ka, poète maudit, torturé par sa double identité, un peu allemand, un peu turc, un peu «moderne», un peu «traditionaliste», enquête sur une série de suicides. A Kars, alors que se jouent des élections municipales, des jeunes filles voilées bravent le Coran (qui interdit le suicide) et mettent fin à leurs jours : «Une femme se suicide non pas parce que son amour-propre a été blessé, mais pour montrer combien elle a de l'amour-propre», affirme l'un des personnages. La ville entière ploie sous la consternation, l'affolement, la honte.

Pamuk, qui s'est inspiré d'un fait divers, ajoute - et c'est là son talent - un élément récurrent dans sa narration : la neige. Kars est coupé du reste du monde, par une neige qui, inlassablement, tombe, cache des amours interdites, étouffe les coups de revolver, anesthésie les douleurs, mais ravive les rumeurs, attise les rivalités sanglantes entre fractions de tous bords, de tous les extrêmes : islamistes, militaires, nationalistes. Pamuk, malin ou provocateur, les met tous en scène sans prendre parti. Il n'épargne personne, pas même son héros, ironise sur l'art, se moque de Ka délirant sous de soudaines inspirations poétiques, montre l'imposture de la presse... Neige est un jeu de piste affolant, blanc et rouge, dans un pays où tout se brouille, où l'histoire niée occulte l'avenir, où aucune trace ne montre un chemin vers l'apaisement...


  • La revue de presse Jean-Baptiste Harang - Libération du 29 septembre 2005

«La politique dans une oeuvre littéraire, c'est un coup de pistolet au milieu d'un concert, quelque chose de grossier et auquel pourtant il n'est pas possible de refuser son attention. Nous allons parler de fort vilaines choses», l'avertissement est de Stendhal et concerne la Chartreuse de Parme, Orhan Pamuk l'a placé en exergue de son dernier roman traduit en français, Neige, un roman plein de neige et de coups de pistolet, sans la moindre grossièreté mais rempli de ces deux univers peu miscibles : la politique et la poésie. La liberté de penser librement la politique est mal portée en Turquie, et peut tomber sous le coup de la loi. Dans les livres d'Orhan Pamuk, la liberté est totale, les censeurs trouveraient de quoi l'envoyer en prison pour dix mille ans, à condition de savoir lire, mais les censeurs ne lisent guère les livres.

Malheureusement pour lui, ils lisent les journaux et Pamuk est convoqué devant un tribunal le 16 décembre prochain, il risque trois ans de prison pour avoir publiquement dénigré l'identité turque... Au-dessus de l'épigraphe empruntée à Stendhal, Pamuk en a noté une autre de Robert Browning que l'on pourrait traduire ainsi : «Notre intérêt se porte sur le côté dangereux des choses : le voleur honnête, le tendre assassin, l'athée superstitieux.» Ce sont là les personnages empêtrés de contradiction d'Orhan Pamuk. Le héros s'appelle Ka, le livre Kar et la ville Kars, en français kar se dit neige. L'histoire se déroule sur trois jours, avec beaucoup d'avant et beaucoup d'après, mais trois jours seulement, trois jours sans que jamais la neige ne cesse de tomber, on la voit glisser lentement dans le travers de chaque page et ses flocons parfois sont entachés de sang.... Insurrection, double jeu, torture, assassinats, amours consommées, avec ou sans voile, promesses sincères non tenues, malentendus, contretemps, et puisqu'on a dit qu'on ne dirait pas tout, arrêtons là, page 197, lorsque le narrateur revient nous dire : «Pour ne pas affliger davantage mes lecteurs je m'efforcerai de ne pas parler davantage de ces événements.» Page 287 on apprend qu'il se prénomme Orhan, deux pages avant la fin qu'il est l'auteur du Livre noir, comme si nous n'avions pas reconnu Pamuk à son écriture labyrinthe, à sa force de dire l'irréel avec l'évidence de la vérité, de décrire l'âme des gens sans dessiner leur visage, au souffle romanesque qui traverse ses livres sans faiblir...


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