Auteur : Etgar Keret
Traducteur : Rosie Pinhas-Delpuech
Date de saisie : 23/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Lettres hébraïques
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-7427-5647-6
GENCOD : 9782742756476
Tout enfant, dès lors qu'il devient adulte, est-il condamné à se transformer en "un homme sans tête", à l'instar des personnages qui peuplent ce recueil et habitent un monde où dire "je", mener une modeste vie de sujet libre, est apparemment de plus en plus difficile, voire impossible ? Jeunes hommes ou jeunes femmes, les uns comme les autres semblent ici saisis d'un étrange vertige quand ils se découvrent eux-mêmes voués à prendre leur place parmi les vivants, sur l'inconstante scène du monde. Fidèle à son esthétique minimaliste et résolument contemporaine, Etgar Keret, au fil de ces nouvelles parfois très brèves mais d'autant plus percutantes, fait surgir les multiples visages que peut revêtir l'angoisse existentielle chez des individus en quête de leur langage, et de leur jugement, et ne découvrant, de l'autre côté du miroir, que la menace d'une absurdité aussi effrayante qu'essentielle.
Romancier, auteur de bandes dessinées et réalisateur, Etgar Keret, né à Tel-Aviv en 1967, est, en Israël, l'un des auteurs les plus populaires de sa génération. Son oeuvre est aujourd'hui traduite en de nombreuses langues. Actes Sud a publié La Colo de Kneller (2001) et Crise d'asthme (2002).
... Trois ans après Crise d'asthme, le poil à gratter de la jeune littérature israélienne nous offre un nouveau festival de textes courts où l'humour noir et la veine poétique le disputent à l'étrange, au baroque, au fantastique, à l'absurde. Une fois encore, Keret rend hommage à ses maîtres : Kafka, Babel, Carver, Vonnegut.
Voici par exemple l'histoire du garçon qui fait la fierté de ses parents tant il excelle à l'école. Seul hic : à mesure qu'il grandit, ses parents rapetissent, jusqu'à tenir dans sa poche. Dans ce registre, on rencontre aussi un ivrogne capable, en échange de quelques pièces, de mettre les gens en bouteille, et qui oublie parfois de les en sortir. Dans le registre horrifique, façon Stephen King, voici l'histoire du chien Touvia. Il n'aime qu'une personne au monde : son jeune maître. Les autres, à commencer par les parents du garçon, il les mord sans vergogne. Très vite, le père, excédé par ses manières, tente de l'éliminer. Il essaie tout, y compris la violence extrême, mais chaque fois le petit chien s'en sort et retrouve le chemin de la maison... Ce nouveau recueil, formidable, s'achève par une longue nouvelle sur l'histoire d'un trentenaire désabusé qui part avec son père pour l'Inde et revient seul. C'est du Keret version lente, on pense un instant qu'on pourrait même s'ennuyer. Et puis non, le drame surgit et tout bascule. On passe du rire aux larmes. Comme dans la vie. Keret nous a piégés, une fois encore. On lui pardonne. Et on en redemande.
... Etgar Keret, 38 ans, est petit, brun, chaleureux, enthousiaste... auteur de BD, réalisateur, et écrivain bien sûr. Depuis 1992, il a publié 200 nouvelles et un roman. Ecrivain adulé par les jeunes Israéliens, il est enseigné à l'université alors même que certains universitaires et écrivains supportent mal sa langue qui intègre l'argot de l'armée et de la rue.
Il est traduit en seize langues, dont le coréen et le chinois... Un homme sans tête est le troisième livre de Keret (sans compter trois BD) publié en français. Il est fait de 34 nouvelles, si courtes qu'on croit parfois les lire sans reprendre son souffle. Elles sont généralement percutantes et absurdes, souvent drôles, avec parfois une touche ironique de réalisme magique. On a l'impression que Keret part d'une de ces idées bizarres qui vous traversent la tête et que vous oubliez en trente secondes. Keret les attrape, les suit jusqu'au bout de leur logique délirante, accélère et coupe le plan, comme au cinéma, juste avant d'être trop explicite. Leur force est sans doute aussi dans la coexistence explosive de cynisme, de brutalité de la langue et des événements avec le désir de rester ouvert à ce que l'autre a d'humain et de vulnérable... Dans Un homme sans tête, on retrouve cette énergie d'avancer quoi qu'il arrive, et en même temps le sentiment que le monde est absurde et imprévisible, que la mort est possible dans la seconde, le coup de foudre aussi. Les femmes apparaissent comme des énigmes désirables et indéchiffrables, leurs paroles et leurs actes laissent les narrateurs perplexes ou abasourdis, ils ne comprennent rien mais ne leur en veulent pas...
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