Auteur : François Weyergans
Date de saisie : 23/09/2005
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-246-54591-0
GENCOD : 9782246545910
Dans le train, il colla sa tête contre la vitre et aperçut en surimpression, flottant au milieu d'un décor de broussailles, un visage blême et crispé, le sien, avec son front reconnaissable, haut et dégarni, ses paupières gonflées et sa bouche aux lèvres minces. Il eut envie de se dire à lui-même : "Qu'est-ce que je peux faire pour toi ?" Ce visage si près du sien lui inspirait une profonde sympathie. " Nuit après nuit, un homme très perturbé se protège en évoquant son passé - tant de voyages, tant de rencontres amoureuses qui restent obsédantes. Sa mémoire lui donne le vertige. Ses souvenirs l'aideront-ils à aller mieux ? Il s'invente une série de doubles qui mènent une vie sentimentale tout aussi agitée que la sienne. Il voudrait aller rendre visite à sa mère. Elle vit seule en Provence et aura bientôt quatre-vingt-dix ans. Il a d'abord un travail à finir. Sa mère lui déclare : "Au lieu d'envoyer des fax à ta dizaine d'amoureuses, tu devrais publier un livre, sinon les gens vont croire que tu es mort." Mieux que personne, François Weyergans mêle la profondeur et l'humour, l'émotion et le rire, dans ce roman qui affirme avec force les pouvoirs de la littérature.
François Weyergans est l'auteur de douze romans, dont Franz et François, Grand Prix de la langue française en 1997.
Cet ouvrage a obtenu le Prix Goncourt 2005.
«Weyergans crée une sorte de bulle de velléités diverses qui se dilate au fur et à mesure et se comble à partir de l'impuissance d'écrire. Et tout le processus de création y est dénudé, ses articulations étayant le rythme du texte, surtout dans la dernière partie où, au lieu de se développer en se réalisant, l'écriture semble se mettre sans cesse en abîme, multipliant des couches internes alors qu'elle s'enferme dans son impossibilité. Weyergraf livre alors les premiers chapitres de Trois jours chez ma mère, son roman, mettant en scène dans une redondance tout juste altérée l'écrivain François Graffenberg, lui-même incapable de rédiger l'histoire de l'écrivain François Weyerstein. Ebauches, notes, plans, paragraphes, déroulement continu de la pensée, tout ce matériau textuel constitue l'esthétique à densité variable qui remplit les couches de cette poupée russe. Et Weyergans, entre son double et son triple, ses souvenirs et ses fantasmes, ses errements temporels hors chronologie, nous perd totalement pour ne nous guider qu'à un seul fil : celui de cette écriture se cherchant sans discontinuer...»
«Sa vie n'est pas un roman, mais se déroule dans un roman. Nuance ! Loufoque sans être clown, brillant sans être poseur, stylé sans en faire étalage. Weyergans était déjà à son meilleur dans «Salomé», son premier roman inédit que je vous conseille autant que le nouveau. Les deux font l'affaire !...»
Le prix Goncourt à François Weyergans ? A Télérama, nous nous crêpons le chignon. Pour les uns, son prétendu roman Trois Jours chez ma mère illustre le nombrilisme fourbu d'une littérature française usée jusqu'à la corde, qui ne s'en remettrait plus qu'aux lancements efficaces de quelques maisons d'édition... Pour les autres, Trois Jours chez ma mère, sous couvert de tenir le journal d'un moi pantelant, atteint à l'universel. Votre serviteur, qui ne fume point, abhorre le tabagisme, a lu avec effroi le récit que trousse Weyergans d'une visite médicale prévue pour confirmer chez son narrateur la crainte d'un cancer du poumon. Son condensé de désespoir acidulé conduit d'une digression mélancolique à une notation hilarante. Il convoque le fantôme d'un antique professeur pour remonter le cours d'une étymologie, il tournoie de souvenirs en impressions avec une maestria tortueuse, il inocule ses obsessions familiales, ses émois adultérins, ses dépatouillages pécuniaires. Il plonge surtout dans les affres de la création, offrant à lire un roman dans le roman, qui s'avère un hommage en forme de travaux pratiques à l'alchimie du verbe, aux transfigurations de l'écriture...
A 64 ans, huit ans après Franz et François, François Weyergans publie deux romans d'un coup, son dernier et son premier, enfin, c'est ce qu'il semble, avec lui tout ce qui est annoncé vit d'être ambigu. Le premier, Salomé, a été écrit, nous apprend la dernière page, entre août 1968 et juin 1969 soit quatre ans avant la publication de ce qui jusque-là demeurait officiellement son premier roman, le Pitre.
En général, les premiers textes ignorés des écrivains sont publiés après leur mort : ce sont les hoquets rétrospectifs du fantôme. Weyergans préfère devancer l'appel. Se publier de son vivant comme si l'on était mort, il fallait y penser. Il fallait surtout le penser : il est possible que Weyergans l'aîné ait retouché le texte du cadet. Si c'est le cas, il l'a bien fait. Sa maîtrise, ses nerfs, sa musicalité, ne font pas de Salomé une oeuvre de jeunesse, un brouillon du Pitre, mais une variation aboutie sur les mêmes thèmes, à partir du Salomé de Richard Strauss : désir, musique et création... Salomé chante les femmes ; Trois jours chez ma mère, également : il le fait en virevoltant autour de la mère du narrateur, François Weyergraf. Weyergraf est un double de Weyergans, un Zuckerman moins m'as-tu-lu et plus vieille Europe. Il était déjà le narrateur de Franz et François, où il évoquait son père. Cette fois, il envisage sa mère de façon moins directe, mais elle est présente d'un bout à l'autre. Il donne au texte sa lumière, sa tendresse, son humour peut-être... Dans Trois jours chez ma mère, la digression fabrique le récit phrase à phrase, mais aussi dans sa structure en forme de poupée russe. François Weyergans a inventé François Weyergraf, qui doit écrire Trois jours chez ma mère. Mais Weyergraf n'y parvient pas. Il écrit des phrases, des scènes, des notes, comme pour mieux ne pas écrire le texte qu'on attend de lui... Au sens propre, Weyergans s'est mis en quatre pour ne pas écrire le livre qu'on attendait de lui. Il est le badaud inspiré de sa propre conscience : un badaud minutieux, d'une grande délicatesse, qui semble presque fatigué du talent qui l'oblige à travailler. Presque : tous les chemins qu'il suit finissent par le mener là où il prétend ne jamais arriver... A la fin, l'auteur Weyergans ? Weyergraf ? Graffenberg ? Weyerstein ? Allez-y voir ! finit quand même par passer trois jours chez sa mère mais en quelques lignes, et sans elle. Elle est tombée dans le jardin, s'est évanouie, se trouve à l'hôpital. Lorsqu'elle reprend conscience, elle dit à son fils avec un grand sourire : «Je ne t'ai pas donné une fin pour ton livre, mais je t'ai donné une chute.» Et il ajoute : «A peine rétablie, elle se préoccupait de moi !»
Lira-t-on jamais le prochain livre de François Weyergans ? Depuis des années, ses fidèles se posaient la question. Régulièrement annoncé, sans cesse différé, "le" Weyergans était devenu l'Arlésienne du monde des lettres. Une chimère textuelle, un roman-mirage. Et puis, coup de théâtre, le voici - un petit objet bien réel de 270 pages sous la couverture jaune paille des éditions Grasset... Trois jours chez ma mère est l'histoire de François Weyergans n'arrivant pas à écrire Trois jours chez ma mère. Un roman en creux en somme, où les thèmes de l'empêchement et de l'inhibition sont élevés au rang d'objet littéraire. Le livre de la genèse d'un livre impossible, la mise en abyme de l'inaccessible : en ce sens, Trois jours chez ma mère reste une oeuvre virtuelle. Et François Weyergans nous a bien eus.
Mais reprenons. Et d'abord, ne commettons pas cette "faute de débutant" qui consisterait à confondre l'auteur et le narrateur. Ce qu'écrit François Weyergans, c'est l'histoire de François Weyergraf qui écrira bientôt celle de François Weyerstein, qui écrira celle de François Graffenberg. Au cinéma, un domaine que l'auteur connaît bien, il paraît qu'on appelle cela le "video flash-back" - lorsque la caméra filme une personne qui filme, etc. Ce portrait de l'artiste aux miroirs, disposés de manière à perdre le lecteur dans un jeu de reflets vertigineux, est un roman, lit-on sur la couverture. Autofiction si l'on veut, mais fiction quand même. Soit. Pourtant, tous ces personnages emboîtés comme des poupées russes ressemblent à s'y méprendre à l'auteur lui-même. Les clones sont décidément les véritables héros de cette rentrée littéraire... Les femmes, les rêves érotiques, le spleen, les soucis d'argent, la littérature, le cinéma, l'écriture, le narcissisme, la mort : Weyergans passe d'un thème à un autre avec une fluidité et une désinvolture étonnantes. Il n'approfondit pas, il surfe. Il enchaîne les digressions érudites, les souvenirs et les fragments, les associations d'idées à foison. Il perd le fil et puis le retrouve à la faveur d'un aphorisme ou d'un trait d'esprit. Son gai savoir (un peu complaisant quelquefois) contrebalance son côté chroniquement "subdépressif". Ou supposé tel. Car, encore une fois, ce que Weyergans aime surtout, c'est mener son lecteur en bateau : "Vais-je aussi mal que je le prétends ? Rien n'est moins sûr. Je suis heureux d'être qui je suis et j'aime la vie que je mène. Personne ne mesure la chance qu'il a d'être qui il est. Etre soudainement changé en quelqu'un d'autre serait horrible. Je préfère l'enfer à la réincarnation."... On lui pardonne de tout mélanger, la gravité et la nonchalance, le désespoir et la tendresse - un mot qu'il trouve d'ailleurs "déplaisant". Rire et pleurer : c'est le titre d'un de ses livres. A cela, il excelle. "Commediante, tragediante."
Voici donc le roman dont François Weyergans a mis des années à devenir l'auteur. Voici, sorti d'une nuit sans fin et publié sous la couverture solaire des Editions Grasset, le livre que l'on attendait toujours mais qu'on n'espérait plus. Certains prétendaient que Weyergans peinait à le finir ; d'autres juraient qu'il ne l'avait jamais commencé. C'était devenu le roman fantôme d'un écrivain invisible. Maintenant qu'on l'a lu, on continue pourtant à se demander s'il existe vraiment.
Car «Trois Jours chez ma mère» est le récit d'un auteur qui n'arrive pas à écrire «Trois Jours chez ma mère». Ou plutôt, qui s'ingénie à faire en sorte que tout, dans sa vie quotidienne, ses méditations d'insomniaque, ses affres mélancoliques, ses scrupules de lexicographe et ses ambitions démesurées, le détourne de son projet littéraire. Lequel est de saluer sa mère, dans la double acception du verbe : l'honorer et lui rendre visite. Après «Franz et François», où il portraiturait son père, écrivain belge, catholique, apôtre de la famille nombreuse, champion de l'effort sur soi, mort d'un arrêt cardiaque au milieu des années 1970, Weyergans déclare sa flamme à sa mère, dont la pétulance, la gourmandise, la vivacité d'esprit, l'insolent amour de la vie n'en finissent pas de l'épater, lui l'inconsolable désemparé... De digression en dépression, on arrive à la page 160 où commence pour de bon, promis par Weyergans et signé par Weyergraf, «Trois Jours chez ma mère». C'est un nouveau leurre, bien sûr. Pas de mère à l'horizon. Mais une jeune femme grenobloise avec laquelle il a une brève et torride aventure. Par quel miracle arrive-t-il in fine à retomber sur ses pieds, je ne vous le dirai pas mais c'est un joli salto arrière. «Je ne t'ai pas donné une fin pour ton livre, lui murmure sa mère, mais je t'ai donné une chute.»... Tous les romans de François Weyergans ont été arrachés à l'angoisse de perfection et à la souffrance de devoir, en mettant un point final, se séparer d'eux. Somme toute, il n'arrive pas à couper le cordon. Ce fils aimant a, pour ce qu'il écrit, des yeux de mère abusive, exclusive. «Trois Jours chez ma mère», c'est une vie entière en salle de travail à griffonner, raturer, déchirer, recommencer, douter, espérer, retoucher, abandonner, accoucher - et c'est, dans l'atelier de la littérature contemporaine, une des aventures les plus troublantes et passionnantes qui soient.
... Le héros en est un certain François Graffenberg à la vie aventureuse qui doit écrire un livre et s'invente un double, etc. On ne racontera pas la suite de cette mise en abyme, ce serait gâcher les tendres pièges tendus et les plaisirs promis au lecteur. Sachez simplement qu'un indicible charme s'en dégage. Et une vérité de François Weyergans, écrivain...
Dans le train, il colla sa tête contre la vitre et aperçut en surimpression, flottant au milieu d'un décor de broussailles, un visage blême et crispé, le sien, avec son front reconnaissable, haut et dégarni, ses paupières gonflées et sa bouche aux lèvres minces. Il eut envie de se dire à lui-même : "Qu'est-ce que je peux faire pour toi ?" Ce visage si près du sien lui inspirait une profonde sympathie. " Nuit après nuit, un homme très perturbé se protège en évoquant son passé - tant de voyages, tant de rencontres amoureuses qui restent obsédantes. Sa mémoire lui donne le vertige. Ses souvenirs l'aideront-ils à aller mieux ? Il s'invente une série de doubles qui mènent une vie sentimentale tout aussi agitée que la sienne. Il voudrait aller rendre visite à sa mère. Elle vit seule en Provence et aura bientôt quatre-vingt-dix ans. Il a d'abord un travail à finir. Sa mère lui déclare : "Au lieu d'envoyer des fax à ta dizaine d'amoureuses, tu devrais publier un livre, sinon les gens vont croire que tu es mort." Mieux que personne, François Weyergans mêle la profondeur et l'humour, l'émotion et le rire, dans ce roman qui affirme avec force les pouvoirs de la littérature.
François Weyergans est l'auteur de douze romans, dont Franz et François, Grand Prix de la langue française en 1997.
Cet ouvrage a obtenu le Prix Goncourt 2005.
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