Passion du livre - tout sur le livre : Fuir

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Fuir

Couverture du livre Fuir

Auteur : Jean-Philippe Toussaint

Date de saisie : 19/09/2005

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Minuit, Paris, France

Prix : 13.00 € / 85.27 F

ISBN : 978-2-7073-1927-2

GENCOD : 9782707319272

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  • La présentation de l'éditeur

Pourquoi m'a-t-on offert un téléphone portable le jour même de mon arrivée en Chine ? Pour me localiser en permanence, surveiller mes déplacements et me garder à l'oeil ? J'avais toujours su inconsciemment que ma peur du téléphone était liée à la mort - peut-être au sexe et à la mort - mais, jamais avant cette nuit de train entre Shanghai et Pékin, je n'allais en avoir l'aussi implacable confirmation.





  • La revue de presse Daniel Martin - L'Express du 3 novembre 2005

Jean-Philippe Toussaint a débuté avec La Salle de bain. L'histoire d'un homme qui cesse toute activité,... Vingt ans plus tard, il donne Fuir, un roman aussi mouvant que le premier était immobile. Son personnage bouge sans cesse. Il commence par quitter Paris et se rend en Chine, où il doit régler quelques affaires pour le compte de son amie Marie. Un business pas très net, qui n'est qu'un prétexte... Si Fuir surprend parce que tout en mouvement, rien ne change au fond. Toussaint travaille le même personnage au fil du temps... partout il se heurte à la même question : comment être soi et indépendant ? Question d'autant plus délicate dans une société où l'on se doit d'être désormais joignable à tout moment, autrement dit plus jamais soumis au hasard ni disponible à l'aventure qui peut soudain modifier le cours d'une vie. Problématique que Toussaint traite avec bonheur, alacrité, jusqu'à réussir ce double tour de force : en même temps qu'il donne un premier grand roman au téléphone mobile, il invente un genre nouveau, celui du thriller intime où le suspense naît de l'ordinaire des émotions contrariées.


  • La revue de presse Baptiste Liger, Marc Riglet - Lire, d'octobre 2005

Pour :
Après Faire l'amour, voici Fuir: Toussaint aime les verbes à l'infinitif pour les titres de ses romans. Si son précédent livre se situait au Japon, le romancier belge a choisi cette fois-ci la Chine comme point de départ. Son héros en vadrouille prend le train Shanghai-Pékin; durant le trajet, il fait l'amour avec une jolie jeune femme. Soudain, son téléphone portable sonne... A la manière d'un Modiano, Jean-Philippe Toussaint concocte une mécanique douce-amère. Pour transcrire le désarroi du narrateur, il s'attarde sur des détails anodins et n'a pas peur des répétitions. Si sa virtuosité brille dans d'irrésistibles anecdotes chinoises (la balade en moto, la partie de bowling), c'est surtout dans la troisième partie de Fuir, située en France, qu'elle est la plus éclatante... Baptiste Liger.

Contre :
Il s'agit moins d'être contre que d'être triste. Triste d'être, une fois encore, déçu par un auteur que l'on avait installé au plus haut. Qu'aime-t-on chez Jean-Philippe Toussaint, quand on l'aime ? Des histoires insolites, ancrées dans notre réalité contemporaine et rapportées avec une économie de moyens que rehausse un de ces humours que l'on dit froids... De ses pérégrinations exotiques, il croit pouvoir faire la matière de ces récits. Que ses personnages ou lui-même (Autoportrait, 2000) en sortent désolés et poisseux et qu'ils vivent invariablement une histoire d'amour en phase terminale ne suffit plus à créer des types romanesques, ni à nous surprendre... Marc Riglet.


  • La revue de presse Pierre Assouline - Le Figaro du 22 septembre 2005

... Fuir est tout sauf à fuir. C'est un des textes les plus doux de la rentrée ; cette qualité des plus rares par gros temps de violence autofictionnelle, il la doit à sa fluidité. Cette prose coule en nous sans que jamais nous ne songions à interroger les mécanismes secrets de cette écriture hydraulique. On ne saurait trop louer l'esprit de finesse de l'auteur car il y a pénurie en librairie. Ne vous fiez pas à la quatrième de couverture, de facture très «Minuit», puisqu'elle donne à lire un extrait du roman laissant à croire qu'il est question de Chine et de portable. Malgré «l'alchimie secrète entre le téléphone et la mort» ! Bien sûr, il y a de cela dans cette histoire qui commence à Shanghaï, se poursuit à Pékin et s'achève à l'île d'Elbe. Tant qu'à faire, tant qu'à éviter de réduire le roman à son résumé, j'aurais plutôt reproduit son incipit au dos du livre : «Serait-ce jamais fini avec Marie ?» De toute façon, avec ce genre de livre, d'écrivain et d'éditeur, le but n'est pas d'attirer le chaland, mais de rendre l'écho d'un son... La fin, que nous nous garderons bien de raconter, est scintillante...


  • La revue de presse Christine Ferniot - Télérama du 14 septembre 2005

... L'histoire commence façon polar. A l'aéroport de Shanghai, un certain Zhang attend le narrateur et lui offre en cadeau de bienvenue un téléphone portable, mouchard idéal pour le surveiller.

A partir de cet instant, la vie du héros ne sera plus qu'une fuite délirante... le rythme - tantôt fluide, tantôt décomposé - glisse du romantisme amoureux à la course contre la montre. En dépit de toutes ces cabrioles, le romancier ne lâche jamais son lecteur grâce à une maîtrise parfaite de son scénario, une écriture qui ne se laisse jamais dissiper, de l'autodérision en pointillé, un sens de la description qui, tout à coup, concède une respiration, telle une ligne de fuite bienvenue.


  • La revue de presse Jean-Louis Ezine - Le Nouvel Observateur du 15 septembre 2005

Le genre romanesque, qu'on dit saturé, a encore ses terres inconnues, ses steppes à peine émergées de l'état gazeux, ses explorateurs. Voyez Jean-Philippe Toussaint. En vingt ans et sept romans, il a gagné une sorte d'élégante célébrité, acquis une aura d'aventurier de l'écriture, séduit un public et, cependant, chacun de ses étranges récits, depuis «la Salle de bain», semble accroître le mystère que développaient les précédents, si bien que son oeuvre dessine aujourd'hui les contours d'un paysage lointain, comme hors du monde. Toussaint l'insolite intrigue le cercle de famille au point qu'aucun prix littéraire n'a encore planté son petit drapeau sur ses pâtures, anomalie remarquable pour un écrivain «en vue», et depuis si longtemps... dans «Fuir», son huitième et nouvel opus, Toussaint invente un drame inédit dans toute l'histoire de la littérature : la disparition du narrateur, en pleine messe d'enterrement. Quelques dommages que les grands novateurs du roman aient causés dans le passé à nos belles-lettres, cette tragédie n'était jamais arrivée dans les formes que lui donne ici Toussaint : le narrateur se cache mais poursuit sa narration, recherché pendant des pages et des pages par sa compagne désarçonnée... Non content de jouer au docteur Livingstone et de disparaître sans préavis d'un texte dont la vérité et l'orientation semblent aussi énigmatiques que les sources du Zambèze, Toussaint abandonne même brusquement son intrigue aux trois quarts du récit... «Fuir», c'est entendu, le titre le dit bien, mais fuir quoi ou qui ? Le roman ? Le lecteur ? Le fameux «pathos» ? Dommage. Toussaint est pourtant si agréable à lire, avec son phrasé végétal où poussent les mots rares, au milieu des «massifs d'hélianthèmes à feuilles d'obione»...


  • La revue de presse Jean-Baptiste Harang - Libération du 15 septembre 2005

... Jean-Philippe Toussaint écrit cette histoire comme on raconte un rêve : on ne comprend pas tout, tout n'est pas à comprendre. On prend des trains comme dans Tintin avec des wagons-restaurants en vrac, on traverse des décors comme dans Bilal avec des immeubles en travaux éternels, on cache des paquets étranges dans sa chemise, dans le double plafond d'un café, on n'y est pour rien, mais on y est. Sauf que, pendant qu'on caresse enfin les seins de Qi Li dans le cabinet de toilette du train, le téléphone sonne.

Le narrateur déteste les téléphones, il en a peur, il l'avait dit, et même écrit sur la quatrième page de la couverture, et répété page 44 : «J'avais toujours plus ou moins su inconsciemment que cette peur du téléphone était liée à la mort ­ peut-être au sexe et à la mort ­ mais, jamais avant cette nuit, je n'allais avoir l'aussi implacable confirmation qu'il y a bien une alchimie secrète qui unit le téléphone et la mort.» Donc, deux pages plus loin, il caresse enfin les seins de Qi Li quand le téléphone sonne : «C'était Marie qui appelait de Paris, son père était mort, elle venait de l'apprendre quelques instants plus tôt.» Et puisque tout s'écrit comme dans un rêve, nous voici à Paris près du Louvre à écouter Marie qui ne dit pas grand-chose et respire son chagrin, à Paris et à Pékin, dans cette ubiquité que Toussaint sait écrire comme si nous en étions. Fin du premier chapitre. Le deuxième dit ce Pékin de gravats et de poussière, interlope et banlieusard... Le troisième chapitre est presque un autre livre, sauf qu'il ne serait pas sans ce qu'on vient de lire. Le narrateur est à l'île d'Elbe, à l'enterrement du père de Marie. Un autre livre, plus lent, la continuation du rêve et de l'incompréhension des choses sur un autre rythme, un autre ton, où le don d'ubiquité du narrateur se manifeste plus discrètement et lui permet de dire ce qu'il ne voit pas...


  • La revue de presse Jacques-Pierre Amette - Le Point du 15 septembre 2005

Les battements du coeur amoureux, voilà le sujet du récit de Jean-Philippe Toussaint. Sans cesse, dans son dernier livre qui se présente comme un carnet de voyage, le coeur bat, chavire, panique, s'arrête, repart. Comme dans Musset... avec lequel il partage un mélange de désespoir, de virginité, de nostalgie, de vaillance fêlée, d'affolement, de brusquerie narquoise... Il y a un «style» Toussaint : frémissant, glacé, distingué, écorché, décalé, au charme d'autant plus douloureux qu'il s'infiltre au milieu de pages d'une beauté aux nuances subtiles. Il y a un chatoiement Toussaint, avec des vues de rues, de chambres, de couloirs, de vitrines, de carrelage, de silhouettes, d'eau ; beaucoup d'eau, calme, ridée, salée, sucrée, tout un ondoiement de sensations ; l'auteur donne à voir un monde d'illusion flottant qui forme piège. Ce monde cache, sous ses nappes lumineuses, douleurs, coups de foudre, panique, attentes, fébrilité... Peu savent suggérer comme lui la réverbération sur des dalles, fraîcheur des églises, odeurs de cierges brûlés.

Livre étroit, austère, habité, serti dans une simplicité qui étonne face à la lourde quincaillerie des «romans» de la rentrée. On se dit que tous les grands romans possèdent leur lumière, et celui-là chatoie, intelligent et fraternel, désabusé et aristocratique.

Forme, style, rigueur, ponctuation, psychologie : c'est parfait


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