Auteur : Marie Nimier
Date de saisie : 19/08/2006
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-07-077154-7
GENCOD : 9782070771547
«Mon père a trouvé la mort un vendredi soir. Son Aston Martin s'est écrasée contre le parapet d'un pont. Je n'étais pas dans la voiture. J'avais 5 ans.
De lui, il me reste peu de souvenirs, et quelques trésors : une montre qui sonne les heures, un stylo dont la plume penche à droite et cette carte postale, où il me demandait en lettres capitales : QUE DIT LA REINE DU SILENCE ?
Cette phrase posait une énigme impossible à résoudre pour la petite fille que j'étais, énigme cruelle et envoûtante qui résume toute la difficulté du métier d'enfant. Énigme qui, à l'époque, se formulait ainsi :
Que pourrait bien dire la Reine du silence sans y perdre son titre, et l'affection de son papa ?
Ou encore : comment, à la fois, parler, et ne pas parler ? J'étais coincée. Prise au piège de l'intelligence paternelle.»
Marie Nimier ose avec ce nouveau livre s'attacher à la figure de son père, Roger Nimier. Elle explore l'amas de tôles froissées, interrogeant avec gravité le destin de cet écrivain que ses amis décrivent tour à tour, et parfois simultanément, comme un être désinvolte, sérieux, menteur, loyal, tendre, indifférent et malhabile de ses sentiments comme on est maladroit de ses mains.
Marie Nimier a obtenu le prix Médicis 2004 pour ce livre.
Marie vient d'avoir cinq ans lorsque son père, Roger Nimier, trouve la mort dans un accident d'automobile. La presse publie les photos de la voiture, une Aston Martin DB4, écrasée contre le parapet d'un pont, et de la jeune femme qui l'accompagnait - une certaine Sunsiaré de Larcône. Ses amis, sa famille le pleurent, mais à la maison, la fillette ne comprend pas... Curieusement, la trame de La reine du silence est fondée sur des rêves récurrents. «Je rêvais d'un père monstre et, parallèlement, je me voyais en train de sauver des petits garçons», décrypte-t-elle. Mais il lui faut du temps pour relier les deux. «Un jour, j'ai compris : la seule photo que je possédais de mon père était un portrait d'enfant. C'était lui que je voulais sauver.» Elle commence alors une première version où une narratrice mène l'enquête sur Roger Nimier, à la troisième personne. Puis, sur les conseils de son directeur littéraire, Michel Braudeau, elle reprend tout à son compte. «J'ai travaillé sur le double sens des mots, sur cette poignée de phrases que j'avais lues ou entendues dans mon enfance. Vous savez, le corps n'oublie rien.» Le titre du livre vient d'un des rares trésors qui lui restent de son père : «Une carte postale où il me demande, en lettres capitales QUE DIT LA REINE DU SILENCE ?» Elle dit maintenant : «Je sais beaucoup de choses que je ne croyais pas savoir.» Et achève son récit par ces mots : «Et, pour la première fois depuis longtemps, je me suis sentie apaisée, comme si le monde enfin marquait une pause.»...
A peu près tous les jurys ont repéré cette rentrée la Reine du silence, de Marie Nimier, qui remporte en définitive le Médicis, un prix où Gallimard n'a pas spécialement ses habitudes. Il ne s'agit pas d'un roman ? Qu'importe, le livre est beau. C'est peut-être même le meilleur livre de Marie Nimier, comme si sa fantaisie imaginative excellait à se confronter à la réalité, fût-elle celle, incertaine, des souvenirs... Les héros sont aimés, et Roger Nimier, qui a engendré des «enfants tristes» dans la vie comme dans la littérature, a des amis pour entretenir la mémoire d'un être lumineux... La Reine du silence, ainsi joliment baptisée par son père, s'inscrit dans le courant actuel des autobiographies filiales. Mais tout le monde n'est pas la fille de Roger Nimier, celui qui brusquement décida d'arrêter d'écrire : «Je pleure son silence comme jamais je n'ai pleuré sa disparition.»
Marie Nimier a obtenu le prix Médicis 2004 pour ce livre.
Marie aura attendu une moitié de vie avant d'affronter Roger, son père - ce fantôme qui hante son imaginaire depuis ce jour de 1962 où il trouva la mort, à 36 ans, au volant de son Aston Martin. Marie avait alors 5 ans, une mère merveilleuse et deux frères aînés... à 47 ans, «la Reine du silence» - ainsi l'avait surnommée Roger - décide de lever le voile. Elle tâtonne, enquête, s'autoanalyse, puise dans sa mémoire recomposée. «Difficile de trouver le ton, la juste distance», s'inquiète-t-elle, au détour d'une page. Qu'elle se rassure ! Le résultat est impressionnant. De vérité, de sincérité, de sensibilité... «Au fait, Nadine a eu une fille hier. J'ai été immédiatement la noyer dans la Seine pour ne plus en entendre parler», notait-il dans une lettre dénichée, il y a peu, par Marie. Une découverte rédhibitoire ? Non, comme toutes les petites filles du monde, Marie pardonne, justifie les errements du père. Fascinant tableau d'une réconciliation posthume...
Marie Nimier a obtenu le prix Médicis 2004 pour ce livre.
Pas facile, en vérité, d'avoir été engendrée par une comète. Ni d'être la progéniture négligée d'une légende à base de champagne, de talent, de voitures rapides, de maîtresses d'envergure. Et pas facile, surtout, de devenir écrivain quand on porte le nom d'un hussard, charmeur de mots, statufié en pleine impatience, qu'on avait le droit d'appeler papa pendant les quelques secondes où il passait au galop dans votre chambre d'enfant. A première vue, la petite Marie, qui avait 5 ans (en 1962) quand son père flamboyant s'est tué en Aston Martin, s'en est pourtant bien sortie. Elle est gracieuse et douée ; a déjà publié huit livres de qualité... Sous l'enseigne de la boutique Nimier et fille, il y a donc un gros paquet de douleur dont cette «reine du silence» propose la chronique. C'est pudique et intense. C'est l'histoire d'une femme d'aujourd'hui aux prises avec un séducteur d'hier. Car dans le legs des écrivains, il y a souvent cette incapacité à aimer leur propre chair - qui, à son tour, fabrique des écrivains... Roger Nimier (dont le père inventa «l'horloge parlante») fut, dans l'ordre romanesque, cet ennemi du temps qui, devançant sa mort précoce (à 36 ans), mit les bouchées doubles sur tous les plans. Plusieurs existences en une ; des fêlures d'adulte dès l'enfance ; des cicatrices puériles à l'âge mûr ; sept livres et deux cents chroniques en quelques années ; puis un silence d'athlète lassé et ne sachant s'il devait mûrir ou mourir... Pour finir, il s'écrasa sur l'autoroute, un vendredi soir, au côté de la belle Sunsiaré de Larcôme... On retrouvera, bien sûr, les échos de cette tornade dans le livre de Marie. Mais tamisés par le désarroi. Et refiltrés par la prose d'une romancière qui, malgré sa généalogie, ne mise ni sur l'épate, ni sur l'invective, ni sur l'obsession de plaire. Certes, elle joua dans le bac à sable des Editions Gallimard et sauta, à Meudon, sur les genoux de Céline, mais ce n'est pas par cet aspect que son livre émeut. On sera plus sensible au récit (délicatement retenu) de ce suicide raté, quand la petite Marie se jeta du pont Mirabeau, avant de découvrir, longtemps après, dans une lettre autographe de son père, ces phrases à un ami : «Hier, j'ai eu une fille. J'ai été la noyer dans la Seine pour ne plus en entendre parler.»...
Marie Nimier a obtenu le prix Médicis 2004 pour ce livre.
Le 27 août 1957, au lendemain de la naissance de sa fille Marie, Roger Nimier écrivait à un ami: «Au fait, Nadine a eu une fille hier. J'ai été immédiatement la noyer dans la Seine pour ne plus en entendre parler.» Vingt-cinq ans plus tard, Marie Nimier fit une tentative de suicide en se jetant dans la Seine. Déprime passagère ? Non, évidemment: les forces qui la gouvernaient à son insu l'obligeaient à mettre à exécution les mots de son père. Roger Nimier mourut en 1962 dans un accident de voiture, l'Aston Martin qu'il pilotait s'étant écrasée contre un mur. La fillette avait 5 ans... Roger Nimier, royaliste, amateur d'armes, d'uniformes, de voitures de course, ont toujours déplu à sa fille. Il y a eu surtout ce terrible verdict prononcé au lendemain de la naissance de Marie. Et qui ne semblera une plaisanterie sans conséquences qu'à ceux qui ignorent tout de l'action souterraine menée par une phrase, un geste, dans les profondeurs de l'inconscient. La beauté, la force du livre de Marie Nimier tient justement à ce travail d'enquête sur l'influence posthume et occulte du père... Son père au moins a fait, même si c'était malgré lui, une grande grâce à sa fille en lui envoyant un jour une carte postale où il avait écrit: «Que dit la reine du silence ?» En apparence, c'était un piège horrible, une autre façon de la condamner à mort, puisque, si la fillette se mettait à parler, elle perdait son titre et donc l'affection de son père. «Comment, à la fois, parler et ne pas parler ?» Une seule issue : écrire... Rarement on a montré avec autant d'intelligence, d'humour, de courage aussi comment le jugement lointain prononcé par un père, qui ne se rendait même pas compte de la portée de ses mots, a déterminé la vie, la carrière de son enfant. Le miracle, c'est que la question ironique de Roger Nimier, cette torture qu'il infligeait à sa fille en lui posant une énigme impossible à résoudre, lui a fourni en même temps le moyen de vaincre le sphinx, en devenant avec ce livre une reine de l'écriture.
Marie Nimier a obtenu le prix Médicis 2004 pour ce livre.
... Elle avait 5 ans lorsque son père, Roger Nimier, écrivain célèbre et hussard tapageur, a succombé dans un accident de voiture, un vendredi de novembre 1962. Lui en avait alors 36, la jeune femme qui l'accompagnait, 27... Du haut de sa maturité de femme et d'écrivain, la voici qui plonge dans son histoire, dont elle veut explorer le moindre recoin. Son but : privilégier les faits et lever peu à peu le voile doré de la légende. Atteindre à travers les mots le corps du père.
Qui, jusque-là, a parlé de Nimier ? Ses amis, Antoine Blondin, Michel Déon ou Jacques Laurent, qu'il fascinait par sa verve, son talent, son panache et ses vacheries célèbres. Qui allait-elle trouver derrière cette façade ? Le mari de sa mère d'abord. Un homme passionné, tourmenté, violent, qui partait souvent, piquait des colères, doutait dans la solitude de son bureau. Du père, elle a peu de souvenirs. Il l'appelait «la reine du silence», n'aimait pas qu'elle vienne jouer près de lui... Cette enquête, Marie Nimier l'a commencée depuis longtemps. Pour elle. Parce qu'il lui fallait comprendre pour vivre. Parce que parfois la vie ne lui semblait plus possible. Par amour pour Nadine aussi, sa mère, dont elle trace ici, avec tendresse, un magnifique portrait de femme digne et lumineuse... Sans complaisance, avec cette justesse et cette franchise qui sont une de ses qualités majeures, la romancière va jusqu'au bout de sa quête. Non, son père n'aurait pas pu être un copain, trop de divergences politiques ou éthiques entre eux. Non, ses choix de vie ne s'accorderaient pas aux siens. Mais est-ce le principal entre un père et sa fille ? Et si pouvoir enfin le sentir près de soi, sans masque, mettait un terme à toute cette attente ? Le reconnaître dans sa vie d'homme pour s'accepter, elle, dans celle de femme et d'écrivain. Marie Nimier trouve le langage qui apprivoise les fantômes...
Marie Nimier a obtenu le prix Médicis 2004 pour ce livre.
Mon père a trouvé la mort un vendredi soir. Son Aston Martin s'est écrasée contre le parapet d'un pont. La jeune femme assise à ses côtés était d'une beauté peu commune.
Il n'y a rien à raconter, n'est-ce pas, rien à dire de cette relation. Je n'étais pas dans la voiture. J'avais 5 ans. De mon père, il me reste peu de souvenirs, et quelques trésors : une montre qui sonne les heures, un stylo dont la plume penche à droite et cette carte postale, où il me demandait en lettres capitales : QUE DIT LA REINE DU SILENCE ? Cette phrase posait une énigme impossible à résoudre pour la petite fille que j'étais, énigme cruelle et envoûtante qui résume toute la difficulté du métier d'enfant. Enigme qui, à l'époque, se formulait ainsi : Que pourrait bien dire la Reine du silence sans y perdre son titre, et l'affection de papa ? Ou encore : comment, à la fois, parler, et ne pas parler ? J'étais coincée. Prise au piège de l'intelligence paternelle.
Marie Nimier a obtenu le prix Médicis 2004 pour ce livre.
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