Auteur : Akira Yoshimura
Traducteur : Rose-Marie Makino-Fayolle
Date de saisie : 11/09/2004
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Lettres japonaises
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-7427-5162-4
GENCOD : 9782742751624
Seconde guerre mondiale, au sud-ouest du japon, l'officier Takuya Kiyohara est affecté au quartier général des forces armées. Jour et nuit, il coordonne les informations concernant les intrusions d'avions américains, note la violence incessante des bombardements, puis l'ampleur sans précédent de la déflagration de la bombe atomique larguée sur Hiroshima. Vient l'annonce de la défaite, le 15 août 1945, avec la déclaration solennelle de l'empereur exhortant la population exténuée, hébétée, à "supporter l'insupportable."
Ce jour-là, l'état-major donne l'ordre d'abattre dans les plus brefs délais les aviateurs récemment faits prisonniers. Quelques semaines plus tard, le jeune officier Kiyohara apprend qu'il est recherché par les autorités pour crime de guerre.
Une longue fuite commence, une errance infinie, au cours de laquelle Takuya tente d'échapper au jugement d'un pays dévasté par l'horreur de la guerre, de se fondre dans l'anonymat de la population civile de son pays occupé, appauvri, anéanti par les destructions massives.
Mais ce cheminement vers la rédemption ne sera pas suffisant pour effacer en lui la lumière de l'été dans la clairière où furent décapités ces grands hommes blonds.
Après Naufrages (Actes Sud, 1999) et Liberté conditionnelle (Actes Sud, 2001) ce remarquable écrivain japonais nous offre à nouveau la pleine mesure de son talent. Personne ne sait mieux que lui faire partager le drame intime vécu par ses personnages, ici magistralement conjugué à l'ampleur et la rigueur du roman historique.
Commander ce livre sur Fnac.com
«L'honneur, écrivait Alfred de Vigny, est la poésie du devoir.» Mais parfois elle devient indéchiffrable, comme écrite dans une autre langue inconnue. Parce que les codes de l'honneur se voient soudain pervertis par un renversement de l'histoire. Courageusement, sans que son héros, qui n'en est plus un, n'élève jamais la voix, Akira Yoshimura écrit l'histoire d'un soldat perdu. D'un officier irréprochable, qui, au lendemain de bombardements américains au phosphore de Fukuoka, et des attaques nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki, entend l'empereur annoncer la défaite du Japon. Ordre est donné par l'état-major de l'Armée de l'ouest de tuer les prisonniers. Le lieutenant Takuya Kiyohara se porte volontaire pour décapiter les aviateurs alliés emprisonnés... L'auteur, Akira Yoshimura, né en 1927, achève de ruiner un tabou de la conscience japonaise, alors que les «révisionnistes» reprennent courage et tentent de falsifier l'histoire. De nouveaux manuels à l'usage de quelques collèges ne proposent-ils pas une version du siècle passé qui soulève actuellement des protestations tant au Japon qu'en Chine et en Corée du Sud. Curieusement le personnage créé par Yoshimura semble ignorer, lorsqu'il accuse les Alliés d'avoir enfreint les conventions internationales, que les troupes nippones furent les premières à les avoir délibérément violées, comme le monde entier l'a constaté avec le sac de Nankin, par exemple. L'oubli, ou l'omission pose problème. Les jours de la guerre sont-ils si lointains ?
Peut-être est-ce la seule zone d'ombre de ce livre clair, écrit d'une manière presque impersonnelle, épuré de tout effet malvenu, froid et calme comme un procès-verbal. Yoshimura n'en rend que plus attachant l'officier désarmé, poignant, un homme qui ignore pourquoi il a perdu son honneur, aux yeux mêmes de son peuple. Un fil analogue n'en finit pas de séparer les Allemands de leurs crimes. Pour tranchante qu'elle puisse parfois paraître, la justice n'est jamais qu'une imperfection, la lame ébréchée de l'histoire.
... Le lieutenant Takuya accusé, à juste titre, d'avoir décapité des prisonniers américains et contraint, pour échapper à la pendaison, de fuir dans son propre pays... est un homme seul perdu dans la multitude. Sa frayeur à l'idée d'être retrouvé, jugé et châtié le jette sur les routes et dans les ruines des villes japonaises dévastées. Rongé par la crainte d'être pris mais étouffant dans ce destin qui lui interdit tout lien avec ceux qui l'entourent, le lieutenant Takuya en arrive à désirer la vraie prison plutôt que celle d'une solitude dans laquelle il ne peut que se noyer. Une réflexion sur la culpabilité en temps de guerre qui dépasse largement le cadre historique de ce superbe roman.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli