Auteur : Emmanuelle Pagano
Date de saisie : 13/09/2005
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : POL, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-84682-084-4
GENCOD : 9782846820844
Il ne fallait pas parler de ma voisine, même dans son dos. Il ne fallait pas lui parler non plus. Elle n'avait pas demandé la permission d'être enceinte. D'ailleurs, elle faisait plein de choses sans autorisation. Je crois qu'elle sautait par-dessus le portail, quand elle n'avait pas encore le droit d'avoir une clé. Moi non, mais je me cachais pour écrire, parce que je n'étais pas bien sûre que ce soit permis. Je regardais le fils de ma voisine, tout de travers dans sa poussette, les orbites pleines de soleil, en me demandant quel interdit l'empêchait de bouger, de voir, d'entendre, de parler, de lever une main pour s'essuyer la bouche. Je regardais sa mère et je l'admirais en cachette. Je l'admirais d'avoir fait ça, un gosse défendu qui bavait et coinçait tout le ciel dans ses yeux. J'avais honte aussi, parce que le pauvre. J'ai écrit cette histoire sans aucune autorisation, même pas la sienne, même pas celle de sa mère, juste pour dire en retard il est beau ton fils, en traversant la cour avant d'ouvrir le portail.
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Le tiroir à cheveux dont Emmanuelle Pagano a fait le titre de son troisième roman (et une malle au trésor entrouverte) est un tiroir de coiffeur. Il contient des mèches qu'on ajoutera à celles de la cliente, de manière à les allonger ou à les étoffer. Le procédé s'appelle une extension et non plus un postiche. Apparemment, cela s'emploie au pluriel : «C'est ma première coupe, très réussie. Ce sont mes premières extensions. Ce sont même les premières extensions du salon.» Là-dessus, sur ce triomphe dont sa vie est à peu près dépourvue depuis vingt ans qu'elle dure, l'apprentie coiffeuse décide de changer d'orientation.
On ne dira pas ici au profit de quoi ou de qui. Les cheveux ne sont pas en cause. Doux ou rêches, fins ou drus, quel qu'en soit l'état, «les prendre dans mes mains, ça me travaille, j'ai du mal à me retenir». On voit qu'ils suscitent chez notre capillophile bien plus qu'un intérêt professionnel. Une mèche de ses propres cheveux lui tenait lieu de grigri, à l'époque où elle était enceinte de son premier fils, Pierre. Elle avait 15 ans... Une histoire dans laquelle il n'y a pas que des tresses, et pas que de la détresse non plus, au contraire. Quel est le lien entre ce goût pour les cheveux et l'amour de cette fille pour ses enfants, on n'a pas besoin de le savoir, justement il s'agit d'un lien, pour quelqu'un qui en manque...
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