Auteur : Charles Dantzig
Date de saisie : 06/09/2005
Genre : Dictionnaires, encyclopédies
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 28.00 € / 183.67 F
ISBN : 978-2-246-63431-7
GENCOD : 9782246634317
"A" comme "Apollinaire", mais aussi "Age des lectures". "B" comme "Balzac", mais aussi "Bibliothèques de maison de campagne", "Belle du seigneur". "C" comme "Corneille", mais aussi "Commencer (par quoi) ". "D" comme "Du Deffand", mais aussi "Décadence et mort d'un écrivain" ou "Del Dongo"... De François Villon à Françoise Sagan, le Dictionnaire égoïste de la littérature française rassemble des auteurs célèbres et des méconnus, des oeuvres lues et d'autres qui pourraient l'être davantage, des personnages de fiction, des notions. Ce n'est pas un dictionnaire comme les autres. Il est érudit, allègre, partial, drôle, s'intéressant aux êtres en plus des écrits, brillant, inattendu. Bref, il est à part. C'est un exemple achevé de gai savoir.
Charles Dantzig est l'auteur de plusieurs romans, dont, chez Grasset, Nos vies hâtives (2201, prix Freustié, prix Nimier) et Un film d'amour (2003).
Sans doute faut-il un certain culot pour s'atteler seul à la rédaction d'un dictionnaire, certes égoïste, de la littérature française. Charles Dantzig avait en main les outils essentiels : la culture et l'écriture ; il a trouvé l'audace de relever le défi. Le Dictionnaire égoïste est d'abord une somme de travail et d'érudition époustouflante. Et l'on imagine l'étendue de la bibliothèque de ce lecteur impénitent, qui distribue à tour de pages coups de griffe et coups de coeur. Car l'homme a l'amour littéraire vache... Et l'on ose à peine lui dire qu'il a vraiment du style, lui qui dès la lettre A comme Adjectif écrit : «Le commencement du style est souvent la fin du talent.»
Théophraste Renaudot interdisait à ses journalistes de commencer un article par le pronom «on», rappelle, dans son Dictionnaire égoïste de la littérature française, Charles Dantzig, qui argumente : «Le petit "je" prend ses responsabilités, au moins. Avec lui, pas de menace d'une entité cachée à laquelle nous ne pouvons répondre. Le "on" n'est personne, le "je" est une personne.» Osons-le, pourtant, ce «on» interdit. (Quitte à donner raison à l'auteur, qui, à l'entrée «Journalisme» du même ouvrage, assure : «Le journaliste moyen qui vous a posé une question n'écoute pas votre réponse : il écoute son préjugé. Il écrira nécessairement autre chose que ce que vous avez dit.») Osons, donc... Ce dictionnaire n'est pas égoïste, il est altruiste, en cela qu'on y prend du plaisir. On peut y entrer de plain-pied, de A (Action) jusqu'à Z (Zoo). Pourquoi Zoo ? Parce que : «Eh bien, les enfants, c'est l'heure de la fermeture. Mon troupeau d'écrivains s'en va rentrer à l'étable, et mes lionnes d'idées rôder de nuit dans la savane.» Entre les deux, que du bonheur ! Morceaux choisis. Apollinaire: «Il y a quelque chose de putassier chez Apollinaire, putassier comme peut l'être un enfant. Il a le génie du câlinage.» Aragon : «Pour lire les poèmes d'Aragon, il faut aimer les harangues. Même quand il parle d'amour, il aboie.» Balzac : «Je ne comprends pas comment on a pu le dire bête et balourd. Ou plutôt si, je comprends: c'est parce qu'il ne l'était pas.» Beauvoir : «Il y a dans sa façon d'écrire quelque chose de bovin.» Céline : «Sa façon d'écrire s'exagère, et c'est une façon de ne pas s'expliquer. Il tape sur les casseroles pour qu'on oublie le sifflement de sa faute.» Claudel : «Le huitième jour, Dieu créa Paul Claudel. Il avait envie de se foutre du monde.» Dumas : «Très sympathique. C'est bien le moins quand on n'est pas honnête.»... Déjà fini ? Parfois, on rêve que l'alphabet comprenne 27 lettres. Un dictionnaire classique se contenterait d'intimidantes entrées par auteur. Ici, on musarde, on baguenaude, le nez en l'air, on digresse et on dégraisse...
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