Auteur : Cynthia Ozick
Traducteur : Jean-Pierre Carasso | Jacqueline Huet
Date de saisie : 26/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-87929-456-8
GENCOD : 9782879294568
Rose Meadows a dix-huit ans lorsqu'elle entre au service des Mitwisser, des Juifs berlinois qui ont dû fuir la montée du nazisme et ont échoué dans le Bronx. Dans cette famille sans le sou, irritable à l'excès, chacun semble jouer une partition de soliste incompatible avec celle des autres. Rudolph Mitwisser, le père, illustre homme de lettres, spécialiste des Karaïtes - une secte juive dissidente du IXe siècle - vit plongé dans ses ivres. Elsa, sa femme, refuse ce nouveau monde et cette nouvelle langue, et semble avoir perdu la raison. Autour d'eux leurs cinq enfants, sous la houlette de l'aînée, l'arrogante et passionnée Anneliese, découvrent l'Amérique, sa brutalité et ses vices. Nous sommes en 1935, le Bronx n'est alors qu'une vaste étendue sauvage aux confins de la grande ville. Condamnés à vivre en marge du monde et d'eux-mêmes, tous attendent le retour de leur bienfaiteur, James A'Bair. Diable sorti de sa boîte, ce personnage énigmatique et richissime arrive à point pour redistribuer le jeu. Cynthia Ozick raconte le déracinement, l'exil et la folie qui guette, mais aussi le vertige des apparences et la tentation de l'idolâtrie. Un monde vacillant est un roman subtil, une fresque métaphysique peuplée de personnages fragiles et incandescents. C'est aussi un livre sur les livres, et un hommage déguisé aux grands écrivains - Jane Austen, Henry James - qu'admire Cynthia Ozick.
Cynthia Ozick est née dans le Bronx en 1928, de parents russes chassés par les pogroms du début du siècle. Flle spirituelle de Franz Kafka et de Henry James, elle a bâti une oeuvre qui interroge l'identité juive, ses traditions et son histoire. A ses recueils de nouvelles (Le Rabbi païen, Lévitation) et ses romans (Le Messie de Stockholm, La Galaxie cannibale, Le Châle) viennent s'ajouter des essais sur la littérature anglo-saxonne et quelques incursions vers le théâtre. Lauréate de la fondation Guggenheim, de l'American Academy and National Institute for Arts et du D'Henry Prize, elle collabore régulièrement au New Yorker et au New York Times.
Commander ce livre sur Fnac.com
«Dans ce nouveau roman de Cynthia Ozick, qui n'avait rien publié depuis plus de dix ans, on trouve un bien curieux mélange : un brin d'insouciance, une touche de Dickens, conte pour enfant et roman social, un rapport d'exil, une fugue amoureuse mâtinée de réel merveilleux... Le tout se conjugue en une étrange harmonie, clef de voûte du récit. Un récit fidèle à la personnalité de son auteur : Cynthia Ozick, vieille dame des lettres américaines, née à New York en 1928 dans une famille d'émigrés russes ayant préféré dès 1913 fuir les pogroms fleurissant dans leur coin de vieille Europe, est avant tout un écrivain juif, et elle le revendique. Un Monde vacillant rassemble tous les fantômes qui hantent ses écrits, vieux continent, Shoah, exil et mystères : ici, ceux du mysticisme religieux, touché du doigt au travers du portrait d'une anciennes secte juive dissidente. Grâce à l'habile mélange de tous ces thèmes s'épanouit une curieuse alchimie...»
... Romancière, essayiste, auteur de recueils de critique, Cynthia Ozick est souvent évoquée comme l'une des plus éminentes représentantes de la littérature juive américaine. Mais, précisément, la romancière se méfie de cette catégorie : «Un écrivain est quelqu'un qui ose, qui ne se fixe pas de loi hormis celle de son inspiration, qui doit être un peu fou, et aller à rebours des idées reçues. Or, le judaïsme est la religion de la loi, de l'observance. Dans le terme d'écrivain juif, il y a donc quelque chose de profondément contradictoire.»
Pourtant, c'est dans la tradition juive qu'elle trouve son inspiration, dans son histoire et dans ses douleurs. Le Messie de Stockholm évoque la figure de l'écrivain Bruno Schultz, l'auteur des Boutiques Cannelle, assassiné par les nazis en Galicie. Le Châle, un de ses chefs-d'oeuvre, est le récit d'un deuil impossible, d'une mère dont le nouveau-né a été tué dans un camp de concentration et qui, survivante, sombre dans la folie pour survivre. Un monde vacillant, publié cet été en France, s'inscrit dans ce même sillon...
... La gracile Cynthia Ozick pourrait avoir 17 ans. Elle en a 77... Son dernier roman met en perspective deux attitudes extrêmes, l'idolâtrie et la créativité. D'un côté, un esprit esclave d'une religion, qui se ratatine, et va jusqu'à s'autodétruire. De l'autre, un esprit qui se débride, s'ouvre à la connaissance, la pensée, la création. Rose est la narratrice d'Un monde vacillant. A 18 ans, en 1935, elle échoue, employée de maison, dans la famille Mitwisser, des juifs allemands à peine débarqués en Amérique. Etrange famille. Extravagante, disloquée, perdue. La mère, jadis une scientifique, sombre dans une apathie inquiétante. Le père, brillant professeur, se réfugie dans l'étude des Karaïtes, une secte juive dont l'origine remonte au IXe siècle, des extrémistes qui rejettent en bloc la réflexion, l'analyse critique, même du Talmud. Les cinq enfants sont laissés à eux-mêmes. Rose la candide découvre un monde de douleurs et de démences, de faux-semblants et d'espoirs ténus... Un monde vacillant fait vivre des personnages attachants ou redoutables. La romancière leur forge une psychologie dense, patraque, toujours plausible, et maîtrise une narration faussement classique, sinueuse, toute en méandres et nuances. Elle tient le lecteur en tenailles, et le force à ruminer, à prendre parti...
C'est la petite dame des vertiges, la fée sautillante du Bronx. Elle pourrait sortir d'un conte des frères Grimm, d'une toile de Chagall ou d'une page de Bruno Schulz. Depuis douze ans, on n'avait rien lu d'elle, et elle nous revient avec un roman magnifique, ce Monde vacillant qui raconte les déchirements de l'exil en y ajoutant les flamboiements du réalisme magique... Son oeuvre est à la fois ténébreuse et enchantée. Ténébreuse comme l'Holocauste, dont elle ne cesse d'évoquer la tragédie. Enchantée comme la tradition yiddish, dont elle rameute la douce féerie avec la grâce virevoltante d'un Singer... Un monde vacillant est à la fois un conte merveilleux, un éloge de la résistance mentale et une parabole sur l'exil... Ce roman est un pur joyau, un théâtre d'ombres et de lumière où, de sa lanterne magique, elle éclaire un monde à la fois surnaturel et déchiré. Avec elle, nous avançons sous le signe de la grâce.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli