Auteur : Paula Fox
Traducteur : Marie-Hélène Dumas
Date de saisie : 28/08/2005
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : J. Losfeld, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-07-078941-2
GENCOD : 9782070789412
Luisa de la Cueva, fille d'un grand propriétaire de plantation de canne à sucre et d'une domestique indigène, est née dans le petit village de Malagita sur l'île de San Pedro dans les Caraïbes. Elle y passe une partie de son enfance, mais son père, craignant la révolution, emmène sa famille à New York. Dans le barrio, le nom "de la Cueva", autrefois puissant, n'évoque plus rien, et la famille est obligée de s'installer dans les sous-sols d'un immeuble. Pour Luisa, Malagita revient comme un rêve. Elle ne désire pas aller au collège comme son amie Ellen, ou être la gagnante de la loterie comme son père. Alors, elle trouve un travail de servante qu'elle conservera toute sa vie et gagne ainsi son indépendance. Elle se marie et plus tard élève son fils, seule... Paula Fox utilise une fois de plus toute son habileté romanesque pour amener doucement le lecteur à la révélation finale qui éclaire ainsi l'ensemble du roman.
Paula Fox, née en 1923, est américaine. Elle a vécu à Cuba, en Californie et au Québec, et demeure maintenant à New York. Elle a été redécouverte à la fin des années 1980, grâce, entre autres, à Jonathan Franzen, Frederick Busch et Andrea Barrett qui la considèrent comme l'un des plus importants écrivains de ce siècle. En 2004, Le dieu des cauchemars et Personnages désespérés ont paru aux Editions Joëlle Losfeld.
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A 82 ans, Paula Fox est une rescapée. D'abord, parce qu'elle a eu une enfance passablement miteuse, d'un orphelinat à l'autre, dans le New York des années 1930. Ensuite, parce que son oeuvre a bien failli tomber dans les oubliettes: sans l'intervention de quelques inconditionnels - Jonathan Franzen, notamment - elle n'aurait probablement jamais été rééditée dans son pays natal, où ses livres étaient devenus introuvables... En France, cette très grande dame des lettres américaines a été remise sur orbite grâce à Joëlle Losfeld et sa fréquentation est un véritable enchantement, même si sa plume brasse les eaux souvent troubles d'une humanité naufragée... Superbe portrait d'une fille aux abois, ce roman décèle tous les trésors qui se dissimulent sous les hardes des déclassés: ces trésors-là sont invisibles, fragiles, légers comme la grâce ; pour les arracher à l'oubli, il fallait l'oeil si fraternel de Paula Fox, sa tendresse et sa merveilleuse compassion.
L''enfance est le socle de ce nouveau Paula Fox, rien d'étonnant à cela, la Légende d'une servante est le roman d'une vie. A San Pedro, île des Caraïbes où l'auteur a transporté les souvenirs d'un lointain séjour cubain, la petite Luisa déchiffre le monde. Elle attrape les reflets du soleil sur la machette des coupeurs de canne, apprend à déceler le sadisme des adultes, se rappelle s'être accrochée aux épaules osseuses des enfants qui la gardaient bébé. Entre chez elle, où sa mère exténuée impose une passivité prosaïque, et la case de Nana sa grand-mère adorée, où ses chagrins seront consolés d'une caresse ou d'une histoire, il faut affronter l'abominable troupeau de cochons. Senteurs, images et sensations déploient leurs fastes, mais l'insidieuse étrangeté est déjà là... La voix de Luisa semble souvent se confondre avec celle de l'auteur. Lorsque les employeurs occupent le devant de la scène, lorsque le livre semble se déliter dans la monotonie des heures de ménage, un vertige nous prend : ce personnage est-il bien crédible ? Le doute n'a pas le temps de s'installer. Comme dans le Dieu des cauchemars, Paula Fox fait en sorte que la fin de l'histoire rejaillisse sur le roman tout entier, et modifie complètement la compréhension que nous pensions en avoir.
Tout y est. L'oubli et la renaissance. Le triomphe des livres sur les mémoires courtes. L'âpre matériau d'une belle histoire. Tout est là, dans la résurrection littéraire de Paula Fox.
Le risque serait, aujourd'hui, de cacher l'auteur et ses textes derrière le récit de son retour à la lumière. Redécouverte par le romancier Jonathan Franzen, Paula Fox est désormais tirée de l'ombre. A quatre-vingt-trois ans, sept romans et plus de vingt livres pour la jeunesse, elle s'apprête à publier un court récit autobiographique, The Coldest Winter. En France, les éditions Joëlle Losfeld ont entrepris la publication de son oeuvre complète, avec deux volumes l'an dernier (Personnages désespérés et Le Dieu des cauchemars), et poursuivront cette entreprise au cours des mois à venir. Au programme de cet automne figure La Légende d'une servante. Un roman qui embrasse l'histoire des Etats-Unis, et qui dessine, en creux, les paysages familiers de l'auteur... Paula Fox voit avant tout dans son livre un écheveau de choses vues - «des moments et des personnages de ma vie, comme un collier de perles, enfilées sur le fil de mon histoire». Avant toute chose, dans ce personnage de servante, il y a une dette de reconnaissance - celle d'une enfant muette face à une domestique qui a pris sa défense, un jour. «J'ignore jusqu'à aujourd'hui le nom de cette femme, mais elle s'est interposée entre mon père et moi, alors qu'il me frappait. J'avais 6 ans, c'était les années 30. A l'époque, il fallait du courage, pour s'opposer ainsi à son maître. Ce livre est pour elle.»...
Pendant de longues années, aux Etats-Unis, la trop discrète Paula Fox fut l'hôte du purgatoire. Là-bas, en effet, ses romans s'étaient peu à peu éclipsés des librairies et l'on avait tout simplement oublié son nom. Et puis, soudain, un prince charmé a surgi, arrachant la belle endormie à son cercueil d'indifférence : un jour, en 1991, Jonathan Franzen dénicha un de ses livres... Voici, avec La légende d'une servante, un troisième tour de piste dans la galaxie Paula Fox. Publié aux Etats-Unis en 1984, ce récit magistral doit sans doute beaucoup à l'enfance antillaise de la romancière. Nous sommes sur l'île de San Pedro, au coeur brûlant des Caraïbes, à une époque - années 1920 - où la canne à sucre se coupait à la machette et où les indigènes déguenillés marchaient à la baguette. Ils courbent le dos dans la fournaise des plantations et triment comme des mules sous l'oeil de la petite Luisa, une sauvageonne qui grandit entre une mère domestique, une grand-mère un tantinet sorcière et un père gentiment foutraque... De Luisa, l'éternelle déclassée, la fille perdue, l'auteur de Personnages désespérés brosse un portrait éblouissant. Et bouleversant de vérité. Laquelle, chez la moraliste Paula Fox, est un noeud de désenchantements, comme une pelote de malheur qui se dévide dans l'abîme des destins brisés...
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