Auteur : Avraham B. Yehoshua
Traducteur : Sylvie Cohen
Date de saisie : 21/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Calmann-Lévy, Paris, France
Collection : Traduit de
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-7021-3606-5
GENCOD : 9782702136065
Un attentat suicide sur un marché de Jérusalem. Une femme est tuée, anonyme. Sur la victime, un unique document : une feuille de paie, qui porte comme seule référence le nom d'une entreprise. A l'hôpital, personne ne vient réclamer son corps. Un journaliste saute sur l'occasion et tente de déclencher un scandale en dénonçant le "manque d'humanité" de l'entreprise qui ne s'est même pas inquiétée de l'absence de son employée. Mais qui est donc cette inconnue ? Sur l'ordre de son patron, c'est le jeune responsable des ressources humaines qui se lance sur ses traces. Julia Ragaïev, une étrangère, belle, a tout quitté pour vivre seule à Jérusalem ; ingénieure, elle était pourtant employée de nuit au service de nettoyage. La mission du DRH qui doit rendre une identité à cette femme et lui permettre d'avoir un enterrement digne, se transforme rapidement. Il ne s'agit plus seulement de sauver la réputation de son entreprise. L'image de cette femme s'insinue en lui et l'obsède jusqu'à ce qu'il puise au plus profond de lui la force de vaincre la dureté de son propre coeur, et de recommencer à vivre.
... Pour que s'ouvrent les coeurs, comme il le souhaite, Yehoshua a retracé l'histoire d'une femme tuée lors d'une explosion sur un marché de Jérusalem, dont le seul document d'identité est une fiche de paie. Mais personne ne vient chercher le corps de Julia Ragaiev à la morgue d'Abou Karib. Le Responsable des ressources humaines de l'entreprise figurant sur ce papier dérisoire est, alors, harcelé par un journaliste qui l'accuse d'être incapable d'assumer ses responsabilités envers sa salariée. Or, cette employée, l'homme ne se souvient en rien de l'avoir embauchée, ni de l'avoir licenciée. Un DRH symbole, pour le romancier, d'une coupable indifférence : «Avec les attentats suicides, il est impossible de trouver et de punir les terroristes, même de parler avec eux. La société a donc refoulé ces attentats, s'est murée dans l'obsession de retourner à la normalité, d'aller au bar, de s'amuser. Le tout dans une indifférence généralisée envers les morts», regrette l'auteur. Le roman se construit alors sur l'enquête de cet homme, divorcé et père d'une fille dont il s'occupe peu, capable de passer à côté des êtres sans les voir, qui cherche à comprendre qui est la défunte... Le Responsable des ressources humaines retrace avant tout l'itinéraire d'une femme ni juive ni arabe, aimant Jérusalem à en perdre la vie...
c'est dans les jours les plus sombres de la deuxième Intifada qu'Avaraham Yehoshua s'est attelé à ce roman singulier qu'est Le Responsable des ressources humaines. "La mort était partout, dans les rues, dans les cafés, dans les bus, on ne savait plus quoi faire. A force de refouler ses morts, la société israélienne était devenue rigide, indifférente, cruelle vis-à-vis des souffrances des Palestiniens - et vice versa, d'ailleurs", se souvient l'écrivain. D'où, sans doute, le sujet et l'atmosphère de ce récit très ténu, austère et presque abstrait, où tous les personnages, à l'exception d'un, sont désignés soit par leur fonction (DRH, patron, contremaître, secrétaire, fonctionnaire), soit par leur position dans une famille (mère, fille, fils, ex-femme, etc.). Une seule est nommée, qui ne sera jamais là et pour cause : Julia Ragaïev, la belle quadragénaire aux "yeux tatares", l'étrangère qui a été tuée au cours d'un attentat-suicide, sur un marché de Jérusalem... Pris dans un engrenage hiérarchique et personnel, le DRH transforme une culpabilité en responsabilité, illustrant à la perfection le genre de dilemme moral dont Avraham Yehoshua fait le soubassement de son oeuvre littéraire.
Le rire n'est jamais loin des larmes, le sourire, de l'effroi. Partant, on peut faire rire ou sourire de tout, même du pire, à condition de garder cette distance, cette légèreté dans la gravité qu'on nomme l'humour. Avraham B. Yehoshua, l'un des très grands écrivains israéliens d'aujourd'hui, a fait de cette pratique un art qu'illustre avec éclat Le Responsable des ressources humaines, son dernier roman.
Attentat suicide sur un marché de Jérusalem. Des morts, des blessés, l'horreur. Parmi les victimes, une femme anonyme dont le corps n'a été réclamé par personne. Dans ses affaires, juste un signe d'identification : sa feuille de paie avec le nom de son employeur. Un journaliste s'empare de l'affaire et pond un article indigné accusant ladite entreprise de «manque d'humanité», puisque personne ne s'est inquiété de l'absence de la femme. Le patron, vieux chef paternaliste et roublard, met son responsable des ressources humaines sur le coup. Il faut faire quelque chose pour arrêter le scandale et prouver que sa boîte est humaine... Le Responsable des ressources humaines est un roman d'une absolue logique dans l'absurde le plus complet. Mais derrière la pantomime, que d'interrogations sur le politiquement correct, la suprématie de l'image sur le réel, les rouages de l'entreprise, le droit au sol...
Né à Jérusalem en 1936 dans une famille séfarade, farouche partisan d'un dialogue entre Juifs et Arabes, Avraham Yehoshua n'a cessé de s'engager pour la paix, en Israël. Mais son oeuvre, elle, ne s'enlise jamais dans l'ornière du militantisme. Elle forme une subtile tapisserie où le motif intime se mêle à l'Histoire : l'auteur de Monsieur Mani veut montrer comment trente ans de guerre larvée ont bouleversé la vie spirituelle, les émotions, les amours et les destins de ses contemporains... une poignante parabole sur la mort, le terrorisme, la violence, la peur, la responsabilité des hommes face aux aveuglements et à la folie de l'Histoire.
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