Auteur : Hédi Kaddour
Date de saisie : 27/08/2005
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-07-077396-1
GENCOD : 9782070773961
Un homme rêve de retrouver une femme qu'il a aimée. Un maître espion cherche à recruter une taupe. Leurs chemins se croisent. Cela s'est passé au XXe siècle.
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Voici, par son brio, par l'ampleur de son dessein et la vitalité de sa prose, un premier roman sans conteste le plus hardi de cet automne. Pourquoi en parle-t-on si peu ? Parce qu'il fait plus de sept cents pages, pardi ! Toujours dociles à la plus douce pente et débordés comme seuls les feignants savent l'être, nous adorons les fragments, les opuscules, les petits crayons. Ce qu'on doit admirer dans ce livre ? Son bec, ses tentacules, ses jets d'encre. C'est un roman-pieuvre.
Mais qui ne voit, l'ayant lu, que ce rythme ne s'obtient que si on mutile la bête, si on coupe, surtout dans les parties qu'on aime ? Pas de gras - tout est choisi dans ces morceaux. Kaddour, cela se sent, a bouffé de la vache classique, comme Céline, avant de s'émanciper de ses modèles : Aragon et John le Carré, Proust et Dumas, parmi tant d'autres. Roman de sac et de corde, de guerre et d'énigme, de velours et de soie, d'amour et d'espionnage. Un «Guerre et paix» à la française qui frise le pastiche, la prouesse, l'overdose, et qui compatit, et qui compose... on s'efforce à suivre l'auteur qui s'enchante de nous égarer et de nous éblouir, puis tout s'oriente, tout se cristallise, magistralement. «Waltenberg», c'est simplement un livre qui fait valser la mémoire du lecteur...
C'est une traversée du XXe siècle dans l'envers du décor, le monde où se croisent agents secrets, diplomates, journalistes ou supposés tels. En quatorze épisodes, de 1914 la Grande Guerre à 1991 la fin annoncée de l'empire soviétique. Mais avec des va-et-vient dans la chronologie.
Tout commence, comme souvent, par une coïncidence. Hans Kappler et Max Goffard n'auraient jamais dû devenir amis, eux qui étaient sur le champ de bataille dans des camps opposés, en 1914. Ils resteront pourtant liés jusqu'à la mort de Hans, en 1969. Ils sont, avec Michael Lilstein et l'étrange Lena, les principales figures de ce complexe roman. Avec aussi ce "jeune Français", cette taupe que recrute Lilstein, dont on apprendra l'identité au dernier chapitre, ce qui éclaircira quelques mystères. Pas tous.
Il ne faut pas s'arrêter sur ces mystères, mais se laisser aller au plaisir de ce long récit - quelque 700 pages - où Hans Kappler n'en finira pas de chercher Lena, où beaucoup de chemins, notamment celui de Kappler, de Lilstein et du jeune Français, mènent à Waltenberg, village suisse où Hans aima Lena en 1913, et où l'on mange la meilleure Linzertorte. C'est très bien écrit, plein de morceaux de bravoure... Hédi Kaddour, qui jusqu'ici avait seulement publié de la poésie, fait preuve, pour ce premier roman, d'une ambition énorme. Peut-être celle de réaliser le rêve de Hans, "un roman total, avec le retour du monde dans le roman". Mais il n'évite pas toujours la lourdeur, et il n'a pas encore la virtuosité d'un Alain Fleischer...
Si l'on vous dit que «Waltenberg» raconte l'histoire de l'écrivain allemand Hans Kappler, à la recherche de la cantatrice américaine Lena Hotspur, avec laquelle il eut avant la guerre de 14 une liaison cinglante dans un palace des Grisons suisses, à Waltenberg... Si l'on vous dit qu'il la retrouve en 1929, à Waltenberg toujours, où elle est venue chanter des lieder de Schubert, mais qu'un autre coeur allemand bat pour elle, celui du jeune Michaël Lilstein qui deviendra d'ici peu l'un des hauts responsables du PC clandestin sous Hitler... Si l'on vous dit encore que Kappler s'est lié après la Première Guerre mondiale avec le journaliste français Max Goffard, futur ami d'André Malraux.... Vous voilà bien avancé ! Impossible de résumer ce roman foisonnant, c'est toute l'histoire du XXe siècle qui y est enfermée... Mais ce montage convulsif, ce brassage permanent des époques, ces va-et-vient incessants d'un personnage à l'autre, ces longues phrases... finissent par pénaliser le lecteur... n'empêche qu'Hédi Kaddour a du souffle, du style, une érudition sans limites. Un romancier épique virtuose vient d'entrer en scène.
Waltenberg, c'est un peu la rencontre de Chateaubriand avec John Le Carré : une fresque souterraine du XXe siècle, avec des «taupes» pour héroïnes, des ambassades pour décor et la Suisse pour retraite idéale. On est loin de James Bond, plutôt du côté de Balzac décrivant une comédie humaine faite de faux-semblants et de secrets d'Etat... Le projet pourrait être indigeste et dépassé, il est pétillant comme le meilleur des champagnes grâce à l'écriture impertinente de l'auteur et à sa construction croisée. Hédi Kaddour peut se permettre toutes les audaces...Il reste brillant sans pédanterie, passe vivement de l'anecdote à l'épopée et emporte le morceau haut la main, nous laissant sept cents pages plus tard avec l'envie d'en savoir plus...
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