Auteur : Maurice G. Dantec
Date de saisie : 24/08/2005
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-226-15852-9
GENCOD : 9782226158529
"Il fait partie d'un secret plus terrible encore que lui-même. Il fait partie d'un inframonde qui n'apparaît que par la trace laissée par la mort derrière elle. Il sait maintenant pourquoi il est venu. Ici, dans cette ville en particulier. Le bloc mémoriel se réassemble doucement dans son esprit. Des souvenirs, encore très parcellaires, se reforment, accompagnés de sensations, de connaissances élémentaires et de quelques graphiques. Mais cela lui suffit pour savoir l'essentiel ; s'il est venu ici, c'est pour tuer un homme." Cosmos Incorporated marque un tournant dans l'oeuvre de Maurice G. Dantec, qui va encore plus loin dans l'exploration du monde post-humain inauguré par notre XXIe siècle. Aux frontières du thriller technologique, du roman d'anticipation et de l'expérience mystique, cette mise en abîme d'une puissance stupéfiante impose l'auteur des Racines du mal comme l'un des plus grands écrivains d'aujourd'hui.
Dans un thriller futuriste échevelé, Maurice G. Dantec perturbe les codes de la science-fiction. Pour le meilleur et pour le pire.
Cité de la Grande Jonction située fictivement au sud du Québec, 2057. Au début du roman, le héros en sait autant sur son propre compte que le lecteur. C'est-à-dire rien. La suite nous apprendra que cet homme programmé, amnésique artificiel, s'appelle Sergueï Plotkine. Commandité par l'Ordre de l'Etoile rouge, une mystérieuse organisation d'allure mafieuse, il a pour mission de tuer le maire de la cité. Un bio-ordinateur le seconde dans cette tâche, métacerveau incorporé répondant au nom pittoresque d'El Señor Métatron. Peuplé de cyborgs improbables, d'humanoïdes désoeuvrés et de hackers à la dérive, le monde décrit par Maurice G. Dantec se meut dans l'horizon habituel du cyberpunk, où les élus sont rares et les damnés, monnaie courante. Monde crépusculaire où l'entropie généralisée comme les pires scénarios catastrophistes sont devenus une réalité tangible.
La narration progresse au fil des réajustements identitaires de Sergueï Plotkine. Jusqu'au coup de théâtre. Nous sommes à la page 245. «En une seconde, l'univers s'ouvrit sur un abîme.» Bifurcation majeure du récit. Crime de lèse-SF faisant passer le lecteur des rivages connus de la science-fiction vers ceux, plus expérimentaux, d'une sorte de métaphysique-fiction...
Ce n'est pas le moindre des paradoxes que de voir Maurice G. Dantec, réputé le plus américain des auteurs français contemporain, à la fureur néoconservatrice dérangeante, qui rêvait dans son précédent roman, Villa Vortex, publié chez Gallimard, de voir les Champs-Elysées à feu et à sang, prendre aujourd'hui le chemin de la résistance. Lui qui appartenait résolument au monde de la science-fiction, dernière mouture, celle du thriller de l'ère hypertechnologique, appelé cyberpolar, a écrit avec Cosmos Incorporated le récit d'une reconquête spirituelle sur le monde machine... Cosmos Incorporated, publié chez Albin Michel, est le livre d'un «born again», comme on appelle aux Etats-Unis les protestants évangéliques des Eglises du Sud, touchés par la grâce et convertis à un militantisme néochrétien. Le scénario politique du roman qui nous projette à l'horizon de 2050 est à cet égard sans équivoque... Dans Cosmos Incorporated, Dantec mêle les deux grands mythes qui font l'imaginaire de l'Amérique contemporaine. Celui exploré en 1999 par le film Matrix, d'une humanité virtuelle et d'un monde préprogrammé où la révolte est impossible. Et le mythe de l'Apocalypse et de la fin des temps, qui fait fureur aux Etats-Unis, comme le prouve l'essor d'une littérature millénariste... Les lecteurs de Dantec connaissent l'opulence de son style au rythme discursif, surchargé de néologismes scientifiques, conçus par cet artificier fou comme autant d'armes de destruction massive pour décoiffer les perruques d'une littérature condamnée à la répétition. Ce qui ne va pas sans rendre ses écrits «révolutionnaires», à la tonalité métallique et au verbe tourbillonnant, parfois inquiétants, souvent cryptique. Mais cette fois-ci, dans Cosmos Incorporated, Dantec, qui ajoute à son répertoire une érudition théologique frisant le kitsch, a su dépasser son instinct vengeur qui avait explosé sans retenu dans Villa Vortex pour mieux faire entendre son propos...
"Il fait partie d'un secret plus terrible encore que lui-même. Il fait partie d'un inframonde qui n'apparaît que par la trace laissée par la mort derrière elle. Il sait maintenant pourquoi il est venu. Ici, dans cette ville en particulier. Le bloc mémoriel se réassemble doucement dans son esprit. Des souvenirs, encore très parcellaires, se reforment, accompagnés de sensations, de connaissances élémentaires et de quelques graphiques. Mais cela lui suffit pour savoir l'essentiel ; s'il est venu ici, c'est pour tuer un homme."...
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