Auteur : Christophe Donner
Date de saisie : 24/08/2005
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-246-65231-1
GENCOD : 9782246652311
La raison de ce livre, au départ, c'est un sentiment de devoir, à cause de cette petite fille qui voit sa maman se suicider, s'ouvrir les veines dans son lit blanc. Une petite fille de sept ans.
Dans la première version, destinée aux enfants, c'était la petite fille la narratrice, mais quand j'ai apporté ce texte chez Grasset pour qu'il soit édité en «Lampe de poche», et une fois qu'il a été clair qu'une telle histoire de suicide ne serait jamais publiée en Lampe de poche, ni Lune de miel, ni en quelque collection pour enfants qui soit, quand il a été question de le publier plutôt en Jaune, la collection pour adultes, j'ai dit Mouais, pourquoi pas, mais dans ce cas-là, on va attendre un peu, je vais le laisser reposer.
Deux ans plus tard, j'ai donc repris ce texte.
J'ai changé de héros, abandonnant la voix de la petite fille pour confier la narration au père, un personnage qui, au départ, était pratiquement absent de l'histoire. Maintenant, le père continue de n'être jamais là, mais il est devenu ce qu'on appelle «un père absent», ce qui n'est plus tout à fait pareil.
En faisant parler le père, le suicide de la femme a pris un autre sens, évidemment. Et puis, entre temps, j'avais écrit «L'influence de l'argent sur les histoires d'amour», un livre a eu de l'influence sur l'évolution de Bang ! Bang ! C'est devenu l'histoire d'un type qui a une fille, et qui joue aux courses, et pendant qu'il joue aux courses, sa femme s'ouvre les veines.
Bang ! Bang ! C'est à cause de la chanson de Sheila. Qu'elle chante à tue-tête, à cent cinquante à l'heure sur l'autoroute.
Christophe Donner
"Physiquement, Martine Victoire n'était pas extraordinaire mais tout le monde la regardait. Elle était tellement présente que longtemps après son départ on avait l'impression qu'elle était encore là." Qu'est-il arrivé à Martine Victoire ? Grandeur et déchéance. Star de cinéma, elle a décliné jusqu'à devenir une vedette populaire du petit écran. De mauvais films en bonnes bouteilles, de coucheries à l'improviste en suicides ratés, d'injures en grossièretés, l'icône s'est brisée. Autour d'elle, un fils avide de gloire, un mari flambeur, un ex aux Assises, et une petite fille modèle, une famille décomposée et recomposée qui participe à cette joyeuse dégringolade, ce naufrage intime. Une fois encore, Christophe Donner nous invite à un jeu de massacre, jubilatoire et allègre, une comédie de moeurs contemporaine que Martine Victoire scande d'une énergie désespérée.
Christophe Donner est l'auteur, chez Grasset, de L'Esprit de vengeance (1991), L'Empire de la morale (2001, prix de Flore), Ainsi va le jeune loup au sang (2003, prix Jean Freustié) et De l'influence de l'argent sur les histoires d'amour (2004).
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Bang ! Bang ! Ça tire dans tous les sens dans le dernier roman de Christophe Donner. Bang ! Bang ! Bienvenue chez les people. Oh ! pas les plus glamour ni les plus branchés, mais, à l'instar de la chanson vieillotte de Sheila, chez les ex-futurs has been de la ringardise, dont la familiarité finit par être familière.
Au centre de la scène, Martine Victoire, une vraie star de cinéma, cocasse et grande gueule, abonnée aux nanars et à l'argent facile. A ses côtés, Henri, journaliste hippique, beau gosse du genre désabusé, qui a le sentiment de n'avoir plus rien à perdre et tout à gagner. Alors, pourquoi ne pas tomber amoureux de Martine Victoire, de dix ans son aînée, à la cuisse aussi légère que le portefeuille est lourd ?
Le narrateur, c'est lui. Il raconte avec ce détachement qu'ont les célibataires revenus de tout. Pas de fioritures ni de faux-semblants. Mais du tout cru... Christophe Donner, auteur de L'Empire de la morale, sait y faire. Sur un ton dépouillé et léger, volontairement populaire, il atteint sa cible. En plein coeur.
Selon Thomas Mann, il existe deux grands sujets de roman : l'ascension d'un homme et la chute d'une famille. Dans Bang ! Bang !, Christophe Donner raconte les deux à la fois avec une ébouriffante et joyeuse aisance. L'homme qui monte, c'est le narrateur, pronostiqueur hippique à Paris Turf, amateur de bons tuyaux que ses qualifications subabdominales conduisent dans le lit d'une vedette de cinéma où il s'attarde après l'avoir épousée. «On s'est marié à Goa, en Inde, où elle avait toujours rêvé d'acheter une maison, pour nous, en une demi-heure, la plus belle baraque du coin, face à la mer. Allez hop.» La famille qui va descendre, c'est le clan recomposé autour de Martine Victoire, la star dont s'est épris le narrateur. Mais rien ne le laisse pressentir dans les premiers chapitres du livre, où tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté, autour de l'irrésistible Martine Victoire... On peut sans doute reconnaître des traits de caractère de Christophe Donner chez certains personnages du livre, mais aucun d'entre eux n'est son double à proprement parler. Le charme du roman vient de sa capacité à couper un à un les fils avec le réel pour peindre un monde rêvé... Le soyeux d'une écriture de grand style...
Christophe Donner,... est un spécialise du saccage familial, du règlement de comptes sanglant, avec l'enfance, l'adolescence, le père, la mère, l'oncle, les bienfaiteurs, les récupérateurs, les psys, les militants politiques... en un mot la terre entière. Mais, à la fin du jeu de massacre qu'il mène dans Bang ! Bang ! avec son allégresse coutumière, il n'y a guère de suite possible. Plutôt la répétition, le retour à un univers que Donner aime, et que ses personnages semblent ne jamais trouver décevant : celui des courses de chevaux,... Derrière cette comédie en forme de joyeux naufrage demeure toute l'acidité habituelle de Donner, sa manière de poser les questions qui fâchent. Sur l'argent, sur l'amour, et, surtout, sur l'art.
On retiendra surtout de ce roman sa brutalité. N'y voyez aucun reproche. Christophe Donner cède la parole aux personnages, il se trouve que ce sont des mufles. A commencer par le narrateur, Henri, un chroniqueur hippique plutôt beau gosse, chargé par «Paris Turf» d'interviewer Martine Victoire sur le champ de courses de Cabourg.
Bien qu'elle ne tourne que des navets, Martine Victoire est l'actrice la plus populaire du cinéma français. Son secret ? Trois gros mots à la minute pour contenter son public dans chacun de ses rôles... Séduit par sa fortune, le fringant journaliste épouse la comique au langage de charretier... L'actrice est malheureusement trop lucide, le succès ne l'aveugle pas : «Je ferais mieux de me jeter sous un train, ou alors carrément faire de la télé.» C'est ce qui va arriver... Le plus triste, c'est les dégâts collatéraux. En particulier chez ses enfants...
Nous voici au coeur du sujet, le narcissisme infantile des vedettes des médias et la souffrance de leurs rejetons livrés sans repères à eux-mêmes. Christophe Donner s'interdit de mélodramatiser, personne ne meurt dans le roman. Mais la mort est-elle le pire des dénouements ? A l'exception de quelques pages sur le viol et le châtiment qu'il mérite, il n'expose pas d'idées. L'étude de moeurs n'en est que plus saignante... L'auteur de «l'Empire de la morale» ne fait la leçon à personne. Il ne cherche pas à écrire joli. Le style est à l'image du scripteur et Henri n'est pas Marivaux. Ça cogne.
Christophe Donner est un malentendu. Voilà plus de vingt ans que cet éternel jeune homme publie des livres de grande qualité - quarante romans, dont vingt-deux récits pour la jeunesse -, plus de vingt ans aussi qu'il se pose en enfant terrible des lettres, un jour en prenant à parti feu le philosophe Paul Ricoeur («L'esprit de vengeance»), un autre en déclarant la guerre à la fiction («Contre l'imagination»), ou bien encore en révélant force détails de la vie du frère de son père, l'ex-arbitre international de football Joël Quiniou («Mon oncle»). Si Donner n'était qu'un provocateur à la petite semaine, on penserait qu'il fait partie de ces Stakhanov qui émargent grassement à la discrétion des bonnes maisons germanopratines. Le problème, c'est que Donner est un écrivain, un vrai, et il le prouve une fois de plus avec «Bang ! Bang !», de manière étincelante... Jamais Donner ne s'en est autant donné à coeur joie pour décrire la pornographie ambiante de la société du spectacle. Il canarde avec la précision d'un fantassin de première classe, pointe comme personne le désarroi d'un monde en quête perpétuelle du quart d'heure de célébrité warholien, s'égare pourtant lorsqu'il convoque le lecteur sur deux pages de sophisme au sujet de la pédophilie. En revanche, on le suit volontiers quand il met le doigt sur une des pires maladies de l'époque : «La question, ce n'est pas de dire du mal ou du bien. La question, c'est de dire. Simplement ça, ils ne le supportent pas. Personne ne le supporte. S'ils voient écrit dans un livre qu'ils portent une cravate rouge, pour peu que ce soit vrai, ça les met hors d'eux. Le détail, c'est surtout ça qui les rend fous...»
Les cent cinquante premières pages de «Bang ! Bang !» sont ainsi d'une agilité, d'une virtuosité qui nous ont empêché de reprendre notre souffle...
Qu'il pastiche un tube de son enfance ou s'amuse à jouer aux bandits justiciers en éternel gamin qu'il est, dans Bang ! Bang !, Christophe Donner passe impitoyablement à tabac notre trop contemporaine société du spectacle. Jusqu'à quelle sordide déchéance va aboutir Martine Victoire, très cynique vedette du cinéma comique hexagonal ?... dans cette chronique jubilante de nos voyeurismes, de nos indécences, Donner n'épargne personne. Juste les rejetons sacrifiés de la mère vampire. En une suite «allegrissimo» de scènes virtuoses, toujours pires, toujours plus rosses, ce rebelle écorché dresse avec légèreté un terrifiant réquisitoires contre notre vieux monde occidental égoïste, repu, exsangue.
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