Lettres aux deux amies / Passion du livre

Recherche simple

Recherche avancée

Recherche multi-critères








Recherche avancée

.. Lettres aux deux amies

Couverture du livre Lettres aux deux amies

Auteur : Alain

Préface : Emmanuel Blondel

Date de saisie : 06/11/2014

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Belles lettres, Paris, France

Collection : Mémoires de guerre

Prix : 25.50 €

ISBN : 978-2-251-31011-4

GENCOD : 9782251310114

Sorti le : 25/08/2014

en vente sur


  • La dédicace de l'auteur

Ses élèves l'appelaient «l'Homme», et il se voulut tel, au sens d'abord où l'officier parle de «ses hommes». Il partit librement pour cette guerre, fidèle à une promesse de jeunesse, qui refusait déjà les privilèges. Il s'y fit peuple, par soumission résolue d'abord, refusant tout avantage, se refusant même toute décision et tout projet. Il se laissa porter là où l'appareil militaire le menait, sans égard pour son âge, sa stature universitaire, sa blessure plus tard. Il s'y trempa un corps et une âme d'homme du peuple, d'emblée rude avec ses amis, et pour finir renonçant sévèrement à toutes les amitiés que la guerre faisait désormais paraître compromettantes. Les lettres de guerre aux deux amies témoignent de la puissance de cette humanité, dont l'autre nom est générosité ; puissance de vie dont le ressort se brise, tout de même, quelque peu après la blessure, quand il faut revenir au front, mais diminué, presque impuissant à servir, donc spectateur, et donc triste. Mais l'oeuvre s'est déjà esquissée, cette oeuvre commencée sous les bombardements, dans l'abri ou la tranchée, et dont on voit se dessiner le projet comme un effort perpétuel de résistance à toutes les forces qui travaillent patiemment à ruiner l'homme. Il faut lire ces lettres joyeuses par volonté, parfois féroces, parfois presque accablées, où l'on sent l'homme se débattre, et lutter pour se maintenir. Alain, professeur de bon sens ? Si vous voulez. Mais qui ose vivre selon un tel bon sens aujourd'hui ?

Emmanuel Blondel



  • La présentation de l'éditeur

Alain a quarante-six ans quand il s'engage, en août 1914, pour une guerre dont il est dispensé et contre laquelle il s'est toujours battu. Du champ de bataille où il sert comme artilleur, il écrit beaucoup et surtout à ses deux complices, Marie Salomon et Marie-Monique Morre-Lambelin, textes patiemment rassemblés, pour la première fois, dans ces Lettres aux deux amies par Emmanuel Blondel, spécialiste de l'oeuvre du philosophe. La guerre qu'y décrit l'écrivain, de son vrai nom Émile Charrier, professeur de philosophie au lycée Henri-IV et au collège Sévigné, cofondateur de la Revue de métaphysique et de morale, s'oppose à tous ces récits voués à l'héroïsme, à cette littérature des tranchées qu'il juge «laide» et bourrée de mensonges. Dans ces lettres écrites «au galop» sous les volées d'obus, il y a d'abord la grâce du style, mais aussi une profonde humanité, une clairvoyance absolue sur le cataclysme du premier conflit mondial et des sentences sans appel contre «les crétins et les calotins qui se partagent le pouvoir.»
Préférant le front à l'insupportable vie civile, Alain le pacifiste a donc choisi d'être aux côtés des «meilleurs». Ceux qu'on envoie au massacre, ces spectres qu'il voit revenir des assauts, hagards, dans la boue des chemins. Parmi tous ces morts, ses anciens élèves - «mes braves petits, presque tous tués» - dont les noms s'égrènent au fil des mois de carnage. Mais il faut se tenir droit et c'est pendant ces années de combat que se construit la future oeuvre, foisonnante, de celui qui deviendra le premier intellectuel.

Alain (1868-1951), de son vrai nom Émile Chartier, fut journaliste, écrivain, philosophe, professeur de philosophie et cofondateur de la Revue de métaphysique et de morale. De son oeuvre immense on peut retenir la série de «Propos» : Propos d'un Normand (1906-1914), Libres Propos (1921- 1936), dont furent extraits plusieurs recueils thématiques célèbres (Propos sur le bonheur, Le citoyen contre les pouvoirs, Propos de Littérature, Les saisons de l'esprit, Esquisses de l'homme...) et les oeuvres majeures, Mars ou la guerre jugée (1921), Quatre-vingt-un chapitres sur l'esprit et les passions (1917), Système des Beaux-Arts (1920), Souvenirs concernant Jules Lagneau (1925), Les idées et les âges (1927), Histoire de mes pensées (1936).

Emmanuel Blondel, normalien, agrégé, docteur ès lettres, actuellement professeur de philosophie en classes préparatoires, vice-président de l'Association des amis d'Alain, directeur de l'Institut Alain et administrateur littéraire de l'oeuvre du philosophe.





  • La revue de presse Gilles Heuré - Télérama du 5 novembre 2014

Portraits, descriptions, quotidien : des lettres magnifiques dans lesquelles le philosophe médite souvent sur l'articulation entre devoir d'obéissance et droit de pensée.


  • La revue de presse André Loez - Le Monde du 21 août 2014

Engagé en 1914 mais posté loin des tranchées, l'intellectuel affûte sa combativité politique, comme le montre sa correspondance de l'époque...
Les Lettres aux deux amies aujourd'hui publiées permettent de suivre, au jour le jour, l'élaboration de cette pensée, imprégnée dès l'automne 1914 du souci de la paix, " d'en finir le plus tôt avec ce terrible jeu ". Leurs destinataires sont deux proches confidentes, Marie Salomon et Marie-Monique Morre-Lambelin, chastes compagnes de musique, de pensée et d'enseignement...
Mais de cette position de recul, vis-à-vis de la guerre et de sa violence, le philosophe fait un poste d'observation de tout premier ordre : veulerie des journaux (" vils flatteurs du pouvoir "), sottise des officiers, lâcheté des civils, rien n'échappe à sa plume critique.



  • Les premières lignes

Itinéraire de l'artilleur Émile Chartier 1914-1917

par

Pierre Zachary

«C'est ainsi qu'à mes 46 ans, et sur le vu du médecin-major, je me trouvai canonnier dans la lourde. Lourde (95 mm) qui devint légère et me promena de Woëvre en Champagne et de Woëvre à Verdun, menant cette dure vie, avec le risque quotidien devant la vue...»

Histoire de mes pensées, Gallimard, 1936, p. 170.

La guerre d'Alain aura duré exactement 1149 jours, du 23 août 1914, jour de l'engagement volontaire, au 14 octobre 1917. Après une période d'instruction, le canonnier, qui deviendra quelques mois plus tard le brigadier Chartier, se trouvera au front comme téléphoniste d artillerie. Il connaîtra trois terrains de combat : dans la Woëvre tout d'abord, puis en Champagne, de nouveau dans la Woëvre et enfin à Verdun. Les positions les plus dangereuses, encore qu'elles le furent toutes («On admirerait moins ces coups de hasard si l'on remarquait que chaque explosion diffère d'une autre...», Souvenirs de guerre, p. 208), furent sans nul doute tenues en Champagne et à Verdun. C'est au cours de son premier départ vers Verdun qu'Alain sera victime d'une grave entorse. Cette lésion ne guérira jamais totalement : elle provoquera son affectation, hors de la boue mais "on hors «du drame d'idées», au centre météorologique de Dugny à Partir de janvier 1917.

L'engagement volontaire

Âgé de 46 ans en 1914, Alain était dispensé, depuis son entrée à l'université en 1892, de tout service armé. «Quand je choisis l'engagement universitaire qui me libérait pour toujours, je promis à moi-même qu'en cas de guerre je reprendrais ma place dans le rang» (Histoire de mes pensées, p. 170).
Alain écrit le lundi 3 août 1914 à Élie Halévy : «Je m'engagerai dès que je pourrai ; on me fait prévoir au recrutement un délai de 3 jours au moins...» (La mobilisation générale avait été décrétée le 1er août). Alain se rend au recrutement le 4 août. Il passe sa visite médicale le 23, après avoir attendu son tour en vain pendant deux jours.
Le 26 août, Alain écrivait à Mme Salomon : «Bon pour le service actif sans difficulté. Artillerie lourde. On a besoin de gens qui aient 1 m 80. De l'infanterie il n'a pas été question à cause de la taille...»
Il sera affecté au 3e régiment d'artillerie, 63e batterie, 11e pièce (c'est l'adresse qu'il communique à Florence Halévy dans une lettre du 8 septembre). Ce régiment restera attaché au 31e corps d'armée pendant toute la durée des opérations.
Il part pour le dépôt de Joigny (Yonne) le 27 août ; Joigny se trouve au nord d'Auxerre, à 24 km de cette ville.

(...)


Copyright : Studio 108 2004-2019 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli