Mon sang à l'étude / Passion du livre

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.. Mon sang à l'étude

Couverture du livre Mon sang à l'étude

Auteur : Joachim Schnerf

Date de saisie : 17/06/2014

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 12.50 €

ISBN : 978-2-8236-0381-1

GENCOD : 9782823603811

Sorti le : 03/04/2014

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  • La dédicace de l'auteur

Parler de l'intime, esquisser la pudeur. Léna ne sait pas que Samuel attend les résultats d'un dépistage du Sida. Ils sont au début de leur relation et se découvrent à chaque rencontre. Mais leurs chairs s'appréhendent sans que le poids de l'attente les unisse également. Ils construisent cet amour malgré une distance que Léna ne peut comprendre. Pourquoi Samuel est-il si fuyant alors que sa sensibilité dévore le quotidien ?
Samuel tait ses "sorties de piste" ; il les fantasme, les revisite parfois, pendant ces trois jours qui précèdent l'annonce des résultats. Nous l'accompagnons dans ses angoisses autant que dans ses envies de tout vivre, dans le vide autant que dans la jouissance. Une tension solitaire où se réfugie l'intime. Où se niche peut-être même la pudeur.

Joachim Schnerf



  • La présentation de l'éditeur

«Nous avions tous le même âge ce matin-là. L'estomac tendu, je suis entré dans le bâtiment. J'ai balayé du regard le hall d'attente, une sorte de loft où seuls les sièges métalliques et les magazines nous font croire à l'intimité. Nous sommes au théâtre, les conventions sont là et personne n'écoute ni ne regarde le fuyard qui approche.»

Dans trois jours, Samuel saura s'il est séropositif. Trois jours d'angoisse et de fantasmes les plus fous, trois jours de recherches approfondies sur le mystérieux «patient zéro» qui serait à l'origine du fléau... Mais trois jours, aussi, de passion avec Lena que Samuel vient de rencontrer, et avec qui il engage une relation intense, sensuelle. Au fil de ce roman à l'écriture fiévreuse, le sexe et la mort se frôlent en une danse exaltée. Car tout peut prendre fin très vite.

Joachim Schnerf est né en 1987 à Strasbourg et vit actuellement à Paris où il travaille dans l'édition. Mon sang à l'étude est son premier roman.





  • La revue de presse - Le Monde du 29 mai 2014

En moins de cent pages, l'écrivain tresse l'amour et la mort, alterne les points de vue de Samuel et de Léna, passe des représentations imaginaires aux détails les plus prosaïques de la vie des personnages. Récit condensé des aveuglements et des contradictions d'une génération " qui se fantasme post-sidaïque ", Mon sang à l'étude frappe par l'angoisse lucide que son écriture rend sensible.



  • Les premières lignes

Parce qu'il le faut ; je m'appelle Samuel. J'ai vingt-six ans, aucun trait. J'avancerai d'un pas ferme et la brise caressera mon crâne. Je connais déjà le chemin par coeur, c'était il y a cinq jours. L'aiguille a pénétré mon bras, lentement, d'une absurde délicatesse. La peau se plisse jusqu'à la défloraison. Et l'on accepte sans se plaindre. La pénétration est glaciale et enfin tout se relâche, la vie gicle. Les tubes se remplissent un à un.

C'est à cause du doute que j'ai décidé de me confronter à l'hypothèse du virus, au test si sacralisé. Polysémique. Essayer de perdre une possible trace comme un loup dépistant son chasseur. L'obsession d'éloigner, de priver, car je refuse la valeur perfective. Il est des maladies que l'on traque, nous préférons échapper. Les préfixes sont générationnels. Et trois mois que je ne pense qu'à ça, qu'à me dédouaner de ces nuits. Les noms n'y sont plus mais la sensation de l'infidélité pèse depuis, sans qu'aucun engagement me retienne. Le serment à la capote peut-être, balayé par l'alcool et la soif rageuse de sexe. Je ne veux plus être fusillé par le soupçon lorsque je me reflète en elles. Et elle aux mains si douces, rencontrée au troisième mois du doute, Léna.
Nous avions tous le même âge ce matin-là. L'estomac tendu, je suis entré dans le bâtiment. J'ai balayé du regard le hall d'attente, une sorte de loft où seuls les sièges métalliques et les magazines nous font croire à l'intimité. Nous sommes au théâtre, les conventions sont là et personne n'écoute ni ne regarde le fuyard qui approche. Il s'éclaircit la gorge à son arrivée avant de clamer pitoyablement que «c'est pour un dépistage». La personne derrière son écran, lasse, ne s'en serait peut-être pas doutée.
Un énorme agenda dans lequel sont inscrits les codes de chaque visage est ouvert face à tous. Prénom et date de naissance pour le rendez-vous. Dans cet ordre. Samuel / 07-02-1988. C'est l'empreinte qui m'a été attribuée. J'aurais pu mentir, inventer un pseudonyme ou une date symbolique. Mais j'ai eu si peur de ne pas me reconnaître à mon arrivée pour la prise de sang. Nous sommes sans mémoire, tout est flou ce samedi matin. Prénom et date de naissance, clamés en un réflexe de survie pour éviter le trou noir. Il faut suivre la mécanique, éviter toute raison. Enregistrement puis attente.
La table basse regorge de brochures et les recettes minceur côtoient l'hépatite B. On ne veut pas paraître trop marginal, le but est de se diluer dans la plus grande neutralité. Alors le livre reste au fond de mon sac et je feuillette des fiches colorées : le pâté en croûte revient à la mode. On n'ose croiser un autre regard, il faut se tenir droit. Surtout ne pas paraître stressé au risque d'offrir son attitude aux jugements soupçonneux. C'est finalement une posture somnolente que j'adopte pour m'endormir à leurs yeux, fixer des détails et m'hypnotiser.


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