L'alternative ambiante / Passion du livre

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.. L'alternative ambiante

Couverture du livre L'alternative ambiante

Auteur : Gilles Clément

Date de saisie : 02/04/2014

Genre : Environnement

Editeur : Sens & Tonka, Paris, France

Collection : Sciences sociales

Prix : 9.50 €

ISBN : 978-2-84534-237-8

GENCOD : 9782845342378

Sorti le : 19/05/2014

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  • La présentation de l'éditeur

"Pendant que l'écologie radicale, arc-boutée à ses préceptes de rigueur, tente de résister, pendant que le Green business s'organise pour récupérer le marché bio, une troisième voie, sans nom, et qu'ici j'appelle l'Alternative ambiante, naît des rumeurs entremêlées - analyses contradictoires, bilans de catastrophe, prédictions hasardeuses - mais aussi de véritables constats, d'expériences et de recherches sérieuses. [...] L'Alternative ambiante regarde du côté de la décroissance sans y adhérer tout à fait, se détourne du Green business jugé excessif et, plutôt que d'espérer un quelconque salut venant des élus de la République, se place dans l'expectative en interrogeant les incidences possibles de l'Effet papillon.
Oui, le jardin est planétaire, plus personne ne peut en douter mais tous ceux dont l'esprit alerté mesure les dimensions d'une si ample question se demandent comment on devient jardinier dans ce jardin-là. Aucune réponse ne parvient formulée d'un bloc. L'humanité incrédule, tour à tour endormie par les médias et réveillée par la crise, tente de nouvelles pistes de vie en terrain inconnu. Tout est à inventer, tout semble nouveau."

Gilles Clément, né le 6 octobre 1943 à Argenton-sur-Creuse (Indre), est un jardinier, paysagiste, botaniste, entomologue, écologue et écrivain français. Il a obtenu le Grand Prix du paysage en 1998. Parmi ses principales réalisations, citons le Parc André-Citroën (Paris), le Jardin du Musée du quai Branly (Paris), le Jardin du château de Blois et le Jardin expérimental de La Vallée.





  • Les premières lignes

I. L'avènement de l'écologie

Ersnt Haeckel, en 1866, eut «l'idée et le privilège de donner son nom à l'ensemble organisé des connaissances relatives aux liens qui unissent les organismes vivants et leur milieu de vie, en d'autres termes l'écologie.»
Un tel champ d'étude - s'occuper de ce qui se situe «entre» et non seulement de ce qui est - survient dans la suite logique des constats éclairants de Lamarck et de Darwin faisant lien entre les êtres dans un processus de filiation et de transformation au cours du temps : l'Évolution. Haeckel parle du lien en l'instant, il aborde la question des échanges entre les êtres et les milieux en situation d'actualité et, sans en faire état nommément, dévoile l'économie de la Nature.
La combinaison Lamarck-Darwin-Haeckel crée un choc que la civilisation planétaire dominante, frappée de monothéisme et de certitudes, ne parvient pas à intégrer. De toutes ses forces elle tente de rejeter dans l'ombre le spectre de l'Évolution si contraire aux cosmogonies admises selon lesquelles un dieu omnipotent conçoit et règle l'univers. De toutes ses forces elle tente d'écarter l'humanité souffrante d'une impulsion diabolique : se rapprocher de la Nature. Le principe de surnature, inhérente à l'homme selon elle depuis son apparition sur Terre, traverse les textes sacrés et, par une série de performances technologiques et de convictions toujours plus tenaces, tient l'Homme à distance de son environnement. Isabelle Stengers situe la création du mot nature dans la Grèce antique, à une époque où les observateurs de l'environnement désireux de soustraire ce territoire au domaine des dieux et de la superstition, tentent d'y instruire et d'y développer une science objective. Augustin Berque assure que cette «mise à distance» se creuse et s'accroît avec le déploiement technologique - microscopes, longues vues, outils et machines - placé entre l'Homme et son milieu comme un moyen d'intercession mais aussi comme un écran.
Au moment où la notion d'écologie se répand et fait l'objet d'enseignement scientifique - vers le milieu du XXe siècle - le sentiment de dominer la Nature, assurer la production vivrière, nourrir la population et en finir avec la misère est à son apogée. Au sortir de la seconde guerre mondiale un déploiement publicitaire de produits issus de l'industrie chimique et du machinisme agricole assure la population médusée d'un avenir riant car tout, enfin, est maîtrisé.
L'écologie naissante se trouve en opposition directe avec la pensée dominante qui, elle, continue de voir la planète comme un terrain d'exploitation performant, illimité, inépuisable. Le monde scientifique, attelé aux observations méthodiques des écosystèmes, découvre leur fragilité et, propose dans l'indifférence générale, la notion de finitude écologique. Cette pensée, révolutionnaire et traumatisante, place l'humanité au-devant d'une responsabilité nouvelle : se porter garante de la vie sur la planète. L'exploitation du territoire modifie la qualité des milieux. On sait que tout fonctionne au sein d'un système clos : recyclage permanent de la biomasse, de l'eau et de tous les éléments agrégés sous des formes classiques ou nouvelles. En dépit de ce savoir affirmant à la fois la performance et la fragilité des écosystèmes, la gestion du territoire transforme qualitativement les milieux au point de les rendre stériles, improductifs ou toxiques. L'effondrement du nombre d'espèces représentatives de la diversité biologique ajoute à l'inquiétude générale. Le Jardin planétaire, espace clos, demande en urgence à changer de jardinier. Quelques voix s'élèvent pour argumenter sur la nécessité d'un tel changement. Les slogans de 68, les discours de René Dumont en 1974 ne parviendront pas à infléchir le cours d'une mécanique trop bien engagée. Le productivisme, le consumérisme, tous deux assis sur la Bible, déploient un arsenal de séduction et de propagande : il faut chasser l'écologie des esprits infiltrés par la science inconsciente et sectaire, la Bourse en dépend. Et pour certains, on le sait, la Bourse signifie la vie. Là aussi il y a urgence. Qu'un concept parvienne à ébranler à la fois les croyances et l'économie ambiante cela ne saurait se tolérer. À considérer le phénomène «écologie» avec distance on mesure combien il ne peut s'agir d'une simple production - quasi logique - de la pensée scientifique mais bien plutôt d'une pensée bouleversante dans l'histoire du rapport de l'Homme à la Nature, dans l'histoire humaine tout simplement. Il constitue en soi un avènement dont les sociétés commencent à peine à mesurer l'importance et la profondeur.


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