Passion du livre - tout sur le livre : Le baiser : le corps au bord des lèvres

Recherche

Recherche simple
Recherche multi-critères

Le baiser : le corps au bord des lèvres

Couverture du livre Le baiser : le corps au bord des lèvres

Auteur : Alain Montandon

Date de saisie : 05/07/2005

Genre : Littérature Etudes et théories

Editeur : Autrement, Paris, France

Collection : Le corps, plus que jamais

Prix : 13.00 € / 85.27 F

ISBN : 978-2-7467-0651-4

GENCOD : 9782746706514


  • La présentation de l'éditeur

Qu'est-ce qu'un baiser ? Un très prosaïque mouvement labial et musculaire, précis et entraîné, ou bien l'adorable caresse, la "sublime ivresse d'une bouche sucrine" chantée par Verlaine ? Est-ce un don ? une promesse ? un cadeau empoisonné ? une traîtrise ? Alain Montandon parcourt pour nous, en érudit, la littérature ethnographique et la littérature tout court pour peindre ce qu'il en est du corps lorsqu'il embrasse. Message sans mot, le baiser regorge de significations contradictoires, trompeuses, enchantées ou dépitées. Il est en effet tour à tour viatique ou don sans retour et voit son usage courir de l'allégeance - au souverain, au religieux jusqu'à la manifestation du pouvoir sur l'autre le baiser de mort-né passant par l'union des âmes. Dans cette infinie variété signifiante, seule est possible une phénoménologie pour rendre compte d'un langage immémorial et propre au corps, lorsqu'il s'offre à autrui en désirant s'y immiscer. Baiser donné ou volé, consenti ou réclamé, écrit fiévreusement ou soufflé de la main, nous découvrons que le baiser, mouvement du corps à la recherche du souffle de l'autre, n'entend rien, pas plus que le corps lui-même, au dualisme de la matière et de l'esprit. Car il est double : mystique et érotique.


Alain Montandon, agrégé de philosophie, est professeur de littérature générale et comparée à l'université Blaise-Pascal et membre de l'Institut universitaire de France. Il a dirigé plus d'une trentaine d'ouvrages collectifs, dont le Dictionnaire raisonné de la politesse et du savoir-vivre (Le Seuil, 1995), le Livre de l'hospitalité, accueil de l'étranger dans l'histoire et les cultures (Bayard, 2004). Il est également l'auteur de plusieurs ouvrages, dont sociopoétique de la promenade (presses universitaires Blaise-Pascal, 2000)





  • La revue de presse Robert Maggiori - Libération du 30 juin 2005

Si la bouche était une ouvrière, elle aurait la médaille du travail. Oh, certes, la main aussi la mériterait, qui n'arrête pas de s'agiter, prend, lâche, agrippe, frappe, caresse, gratte, et parle à l'occasion. Mais la bouche est une ouvrière plus qualifiée, un contremaître, qui signale la vie par le premier cri et la mort par le dernier soupir, aspire, mastique, salive, crache, murmure, crie, mange et boit à la fois, mêle et fait fondre les aliments, démêle et fait résonner les phonèmes, en veillant à ne pas tout faire en même temps, et à ce qu'aucune arête, ni aucun mot, ne reste dans la gorge. Et puis elle doit baiser, ce qui ne se fait pas, sauf exception, la bouche pleine. Aujourd'hui elle a un peu de mal à le dire, qu'elle baise, car on la mécomprend et on la soupçonne de cochonneries : alors, pour lever l'équivoque, soit elle lâche le verbe pour le nom, accompagné de «un» ou de «mille», soit elle fait des poutous, des bises et bisous... Le mot baiser est déjà, à lui seul, une mine. Son étymologie (qui vaut pour bacio, beso, beijo, mais non pour les moins labiaux kiss ou kuss) est obscure : basium vient peut-être du grec bádzo, je parle, ou de basko, baskaino, je murmure. A côté des basia, les baisers d'amour, les Romains distinguaient les baisers de l'amitié, oscula, et ceux de la passion, suavia. Mais «chaque baiser est un monde à explorer», puisqu'on baise aussi ce qui est sacré, l'autel, les étoles, la terre, la tombe, les reliques, les statues, on baise pour saluer, rendre hommage, faire alléance, reconnaître son infériorité ou sa supériorité hiérarchique, trahir, pardonner, et bien sûr manifester sa tendresse ou son amour (mais quand on vend son corps pour l'amour, on «n'embrasse pas»). En français, baiser a les sens les plus curieux. Quand Mme de Sévigné écrit «Vous avez donc baisé toute la Provence», elle veut dire «visité» ou «sillonné», et si jadis on pouvait «être baisé», cela signifiait qu'on avait été «honorablement reçu». Le zéphyr «baise les fleurs» ou la mer «baise le rivage» : ils l'effleurent ; le cerf, poursuivi par les chasseurs, «baise l'eau» : il se jette dans l'étang. «Baiser le marmot» n'avait rien de répréhensible : c'était faire le pied de grue, car le marmot désigne le heurtoir d'une porte... Une psychanalyse simplifiée montrerait que le baiser est une fixation au stade oral de la sexualité et une manière de revivre fantasmatiquement la suave succion du sein maternel. En réalité, l'épaisseur symbolique du baiser, dépassant sa dimension sensorielle, sensuelle ou sexuelle, défie toute interprétation, en ce qu'il se présente, dans de nombreuses cultures, comme transfusion d'âme (s),...


Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli