Le street art au tournant : reconnaissances d'un genre / Passion du livre

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.. Le street art au tournant : reconnaissances d'un genre

Couverture du livre Le street art au tournant : reconnaissances d'un genre

Auteur : Christophe Genin

Date de saisie : 19/12/2013

Genre : Arts

Editeur : les Impressions nouvelles, Bruxelles, Belgique

Collection : Réflexions faites

Prix : 28.50 €

ISBN : 9782874491801

GENCOD : 9782874491801

Sorti le : 01/11/2013

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  • La dédicace de l'auteur

Du graff de rue à la griffe de mode, du tag pubère à la toile caritative, du pochoir militant au design urbain, de la prison au palais ministériel, le street art suscite émotion et passion. Il brouille les pistes par ses itinéraires entrelacés où le dessin tatoo s'acoquine aux citations des grands maîtres. Invasif et évolutif, il se diffuse partout, dans toutes nos représentations et tous les arts. Stigmate du vandalisme, il est également signe de postmodernité ; marqueur social, il est aussi le beau geste gratuit. Alors qu'en faire ? Le passer au Karcher, le mettre sous plexiglass, en collectionner les photographies ? Et si on en géolocalise les pièces, est-ce pour mieux les archiver ou les dénoncer à la brigade anti-tags ?
Devant tant d'orientations et d'appréciations possibles, j'essaye de mettre un peu d'ordre pour comprendre ce phénomène planétaire, multiple, mouvant. J'essaye de discerner des lignes de forces, des arguments d'évaluation, des tendances confirmées. J'essaye d'en comprendre le sens et - pourquoi pas ? - de donner de bonnes raisons de l'aimer.

Christophe Genin



  • La présentation de l'éditeur

Le street art se trouve dans un tournant, entre illégalité et patrimonialisation, entre contestation locale et consommation de masse. Graffiti, street art, art urbain, peu importe le nom, car par sa dimension planétaire il est indéniablement l'art de notre temps. Que représentent ces oeuvres ? Une protestation contre l'ordre établi ou un désir de reconnaissance et d'intégration ? Une caricature de notre monde, son hyperbole ? La métaphore de nos croisements et de nos métissages culturels ? Peut-on dégager une lisibilité d'ensemble dans des phénomènes si divers, voire disparates ?
Le street art au tournant se veut un essai sur ce nouveau mode d'expression, sérieux dans son étude et ses références, mais accessible à un large public. Dans cet ouvrage richement illustré, Christophe Genin envisage le street art comme un phénomène culturel planétaire, traversé de courants multiples, quelquefois contradictoires. Il examine sa généalogie et ses évolutions actuelles les plus précipitées. Il aborde ses conditions d'existence, entre la résistance des autorités politiques au «vandalisme», et la reconnaissance de diverses instances, comme le marché de l'art ou les sciences humaines. Il dresse un panorama des champs investis par le street art : le graphisme, le cinéma, la performance, les jeux urbains, les représentations culturelles, la politique et le tourisme.
Le street art au tournant s'appuie donc sur des observations d'oeuvres, de comportements, de statuts, sur des rencontres avec de nombreux artistes de diverses générations comme Miss.Tic, Rero ou Levalet. Un livre pour comprendre et aimer.

Professeur à la Sorbonne, agrégé de philosophie et docteur es lettres, Christophe Genin travaille sur les cultures émergentes et populaires. Il a publié Miss.Tic, femme de l'être (Les Impressions Nouvelles, 2008) et Kitsch dans l'âme (Vrin, 2010). Amateur des inscriptions de rue, il s'intéresse aux graffitis et au street art depuis 1985.





  • Les premières lignes

«Je ne vois là que des couleurs confusément amassées et contenues par une multitude de lignes bizarres qui forment une muraille de peinture»

Balzac, Le chef-d'oeuvre inconnu

Depuis maintenant une soixantaine d'années, un nouveau monde d'images a envahi l'espace de nos villes et de leurs abords, des lieux les plus obscurs aux places les plus évidentes. Jadis et naguère ces images étaient nommées péjorativement «graffitis». Aujourd'hui elles sont valorisées comme graffiti-art, art urbain, street art. Suffit-il d'ajouter «art» pour que la pratique soit estimée artistique ? Comment passe-t-on d'un acte compulsif ou protestataire à une intention artistique et esthétique ? Pourquoi ces images sont-elles devenues un poncif des beaux-arts et du design ?
Beaucoup de livres, de DVD, de sites sont déjà consacrés aux diverses images de rues, ou empruntées à la rue. Les anthologies de tags, de graffs, de pochoirs sont légion. Les monographies font florès. Des magazines leur sont dédiés. Des expositions et ventes aux enchères internationales avec une audience croissante, et leurs catalogues afférents, se sont multipliées dans le monde. Ces graphismes sont abordés selon plusieurs aspects. Selon leurs lieux, des villes circonscrites (Philadelphie, Berlin, Santiago) ou des espaces indéfinis (squats, friches industrielles, transports publics). Selon les techniques : bombages, collages, éclairages, pochoirs, gravures. Selon leurs auteurs, anonymes ou célèbres, relevant des styles, des écoles, et des artistes dignes d'une monographie. Selon les époques, leur avènement singulier ou leurs émergences sporadiques, les influences, les mouvances et mouvements qui constituent déjà une histoire de l'art du graphisme urbain, histoire continue ou fragmentée.

SOUS QUELLE DISCIPLINE ME RANGER ?

Mon but n'est pas de constituer une étude psychologique du tagueur, même si l'examen de ses mobiles identitaires ou politiques, comme de ses référents visuels, relevant d'une culture générale ou d'une sous-culture, peut être instructif.
Je ne m'inscris pas plus dans une histoire de l'art. Car tant que les caractères d'«articité» des graffitis ou du street art ne sont pas établis, il reste hasardeux de l'inscrire dans tel ou tel champ de l'histoire de l'art. Preuve en est que ces pratiques sont classées tantôt dans les arts plastiques, tantôt dans les performances, tantôt dans le graphisme. Si aucun de ces rangements n'est impertinent, leur diversité montre que le street art reçoit des définitions flottantes parce que la notion est elle-même un amalgame.
Je n'entreprends guère plus une sociologie de l'art urbain. Si on veut l'interpréter par des catégories sociologiques, on aboutit à une aporie. En effet, la sociologie n'est pas une science normative, mais analyse un fait social par l'observation de ses rapports internes et externes. À cet égard le tag, le graff, le pochoir n'ont ni plus ni moins de valeur, de sens ou d'intérêt que le bal populaire, le tatouage ou la barbe à papa. Socialement ils sont moins déterminants que l'irruption de nouveaux médias, comme le téléphone, la radio, la télévision, l'Internet. En outre une étude sociologique induit un argument d'autorité : l'analyse d'un phénomène par des chercheurs est souvent interprétée comme une reconnaissance de l'intérêt dudit phénomène et, partant, vaut légitimation, comme si tout ce que touchait la culture savante devenait ipso facto valable et valide. Des sociologues militants peuvent occasionnellement user de leur autorité académique pour justifier la valeur artistique ou sociale de pratiques produites par des groupes dont ils sont les défenseurs. L'on avalise alors le tag, par exemple, au nom de la défense des opprimés, de l'encouragement à la désobéissance civile. Il convient donc de distinguer ce qui relève de l'examen scientifique d'un phénomène de ce qui est un engagement moral ou politique supposant des jugements de valeur ou des convictions personnelles. Bien que pertinente pour rendre compte de l'art urbain, l'analyse sociologique ne saurait omettre une autocritique.
Avec l'art urbain apparaît une nouvelle valeur : l'identité. Poser un tag, un graff, un pochoir se fait souvent au nom d'une revendication identitaire. Toutefois la réclamation identitaire verrouille le jugement de valeur. En effet, si l'on critique tel graffiti comme n'étant pas beau ou peu pertinent, alors qu'il affirme l'identité de son scripteur, ce dernier prendra cette critique esthétique comme une attaque contre sa personne. La réclamation identitaire tend à faire de toute critique une attaque ad hominem. Or notre époque est celle de la reconnaissance de la diversité culturelle, et, partant, des identités locales tenues pour légitimes. Par conséquent, toute critique sera condamnée comme atteinte à l'identité légitime.


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