Auteur : Philippe Aldrin
Date de saisie : 24/06/2005
Genre : Sociologie, Société
Editeur : PUF, Paris, France
Collection : Sociologie d'aujourd'hui
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 978-2-13-054691-7
GENCOD : 9782130546917
Avec cet ouvrage, j'ai voulu contribuer à changer notre façon de regarder les rumeurs. Changer le regard des sociologues, bien sûr, dont c'est le métier d'observer les phénomènes sociaux. Mais changer aussi le regard des lecteurs attentifs au vivre-ensemble aujourd'hui. Car, à bien des égards, les rumeurs politiques sont le symptôme de la relation très ambiguë que chacun d'entre nous entretient avec «la société». Dès lors que l'on s'arrête pour la regarder, on tend à s'en abstraire. Dans cette logique, la rumeur, c'est les autres. Surtout quand elle colporte les pires calomnies sur nos dirigeants politiques (affaire Baudis), ou qu'elle raconte des histoires insensées sur des drames collectifs (voir les «théories» sur les attentats du 11 septembre ou sur le tsunami de décembre 2004).
Pourtant, je le montre, la rumeur, c'est nous. Elle n'existe que par nos paroles et nos liens. Et si des nouvelles aussi extravagantes existent à l'état de rumeurs, c'est que nous leur trouvons individuellement et collectivement une valeur d'échange. Quand nous rapportons de tels récits dans une conversation, nous le faisons parce que nous pressentons qu'ils feront immédiatement écho à un sentiment commun : ne plus être dupe, rire ou s'indigner de la marche du monde et de notre «classe politique». Contre la démocratie des sondages, les rumeurs politiques tendent un miroir cru et spontané à notre citoyenneté : elles reflètent sans fard les sentiments que nous croyons partager sur le politique.
Philippe Aldrin
Au temps du tout communication, la présence persistante des rumeurs témoigne de l'existence de circuits clandestins, incontrôlés d'information. Cet ouvrage considère la question des rumeurs sous un angle encore inédit, celui de la politique. Prenant le parti de faire une sociologie résolument compréhensive des rumeurs politiques, il se fonde sur des analyses de situations rumorales, des entretiens, des sources publiées. L'auteur analyse les interactions institutionnalisées ou fortuites où les acteurs sociaux échangent des informations politiques dont la véracité est encore douteuse. Dans chacune des situations observées, dire la rumeur, c'est au fond faire usage d'un répertoire d'énonciation particulièrement opératoire pour contourner les ordres, les contraintes qui pèsent sur la prise de parole en public.
Philippe Aldrin, docteur en Science politique, chercheur associé au Centre de recherches politiques de la Sorbonne (CRPS, Paris I) enseigne à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence.
Loin de la simple expression d'un "irrationnel collectif", les rumeurs sont bel et bien un objet d'étude pour la science politique. Philippe Aldrin, maître de conférences à l'université Robert-Schuman de Strasbourg, entend les "prendre au sérieux". Il a étudié, écouté - dans les transports en commun par exemple - et observé la diffusion de rumeurs d'une grande variété, celles qui ont entouré la mort de Gaston Defferre, de Lady Di, ou fait suite à la profanation du cimetière juif de Carpentras. Dans un ouvrage ambitieux tiré de son doctorat, le politiste défend une approche "transactionnelle" du sujet. Contre les visions trop globalisantes, et en se démarquant des approches qui assimilent les rumeurs à une pathologie du corps social, il propose de les analyser comme un mécanisme d'échange et de communication propre à chacun des groupes et des individus qui les colportent. Le genre imaginaire que constituent ces nouvelles non vérifiées emprunte souvent à des schémas mythiques, pleins de complots et de secrets, rencontrant parfois les vieux récits antimaçonniques ou antisémites... Lorsque l'information vient à manquer ou qu'une situation semble incertaine, les rumeurs se développent et pallient alors l'insuffisance de nouvelles ou l'absence de vérités d'évidence. Aldrin rappelle les bruits d'invasion soviétique après la victoire de la gauche en 1981, et, dans l'affaire de Carpentras, "la rumeur va vite jouer comme un registre alternatif de la vérité que la justice tarde à livrer".
L'auteur dégage ainsi un modèle d'ensemble pour étudier et comprendre les rumeurs, qui servira à mieux cerner les rapports entre pouvoir et informations dans le monde contemporain et même à interroger la circulation des rumeurs dans les sociétés plus anciennes...
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