Auteur : Amos Oz
Traducteur : Sylvie Cohen
Date de saisie : 18/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Du monde entier
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-07-076677-2
GENCOD : 9782070766772
Il faudrait que les membres du jury Nobel tournent enfin leurs regards vers Arad... Là vit un écrivain, dont l'oeuvre habite les livres, mais aussi les consciences : Amos Oz, dont paraît aujourd'hui en français, Une histoire d'amour et de ténèbres, un récit autobiographique, qui est bien plus que le récit d'une vie. Agé de soixante-quatre ans, le romancier, prix Femina étranger en 1988 pour La Boîte noire, auteur de quinze romans, fondateur de La Paix Maintenant, ardent militant et merveilleux prosateur, y livre son histoire intime et celle de ses proches, celle de son pays et de la région, tout à la fois, dans un texte et dans une grâce qui abolissent les frontières, entre mémoire, conte, essai et chronique, entre soi et l'autre... «Je suis heureux d'avoir pu écrire ce livre. Au milieu, je me suis demandé si j'allais y arriver», confie-t-il, encore ému, des mois après. Une difficile naissance, écho de la douleur de ces années retrouvées. Car Amos Oz a dû s'inventer, pour pouvoir survivre : il s'est donné un nom, d'abord a changé le Klausner de ses ancêtres pour Oz, qui en hébreu signifie force. Orphelin de mère à l'âge de douze ans, il quitte son père et son nom trois ans plus tard, pour vivre dans un kibboutz, promesse de vie en communauté et de vaillance... Donner une seconde chance à qui n'en a pas eu, Amos Oz avoue cette pensée obsessionnelle, qui coule dans son écriture et fait de son oeuvre une réflexion aiguë sur l'absence, le manque, les tentatives poignantes de combler ce qui ne pourra jamais l'être. Ce n'est pas de la nostalgie, non, qu'il écrit, pourtant, dans son récit, mais quelque chose d'une transmission, d'une mémoire: «Quand j'étais petit, dans mon quartier, il y avait un postier qui faisait des petits commentaires au dos des enveloppes : «Cela fait trois mois que votre linge est étendu.» Ou : «Vous ne devriez pas être si permissif avec les enfants.» Je me sens comme ce postier : je porte les lettres de mes parents à mes enfants.»... «Je traque en moi-même tous les germes de l'extrémisme. Je ne ressentirais pas l'urgence d'écrire à leur propos. J'ai découvert que l'arrogance et la vantardise ne sont pas des jeux innocents. C'est quelque chose de coupant, dont les conséquences peuvent être effroyables», s'explique-t-il...
C'est un gros livre sur une vie qui s'invente en même temps qu'une langue. C'est une histoire tout entière hantée par la naissance d'une patrie et la mort d'une mère. L'autobiographie d'Amos Oz, «monument» des lettres israéliennes, s'achève peu de temps après l'indépendance du pays, par le suicide de sa mère, morte de la lassitude que l'on appelle neurasthénie. Mémoire, fiction (déduction), poésie, extraits de ses romans antérieurs, toutes les ressources de la littérature sont mobilisées pour tenter de dire une enfance, une famille, un peuple... Fourmillant de détails, de sensualité, d'ironie, de tendresse, c'est l'étrange mélange du regard étonné de l'enfant et de la mémoire grave de l'adulte. Avec, comme lien indéfectible de l'un à l'autre, la passion dévorante pour les livres et l'écriture...
Dans sa thébaïde d'Arad, aux confins du désert du Néguev, un écrivain rêve et médite. C'est le magicien Oz, qui danse sur la proue d'une oeuvre éblouissante, légère comme une cantate, toute vibrante des sagesses enfouies dans les sables. Lire Amos Oz, c'est faire provision de sacré, car ce prophète égaré dans une époque maudite ne cesse de labourer la mémoire de sa terre natale, pour en exhumer les racines spirituelles et émotionnelles... Une histoire d'amour et de ténèbres. Cette histoire-là, c'est celle de la périlleuse construction de sa patrie. C'est également celle de la diaspora juive et celle de sa mère, qui s'est suicidée quand il était encore adolescent. Sa disparition hante ces pages bouleversantes, où se conjuguent la destinée d'un peuple et les blessures d'un homme... Jamais l'auteur de La Boîte noire n'a été si proche de ses secrets intimes. Mais sa confession se mêle à toutes les voix d'Israël, au fil d'un récit tchékhovien qui, à la déraison de l'Histoire, oppose les utopies du rêve et la tendre musique d'un coeur battant. Cela s'appelle la grâce.
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