Auteur : Paul Morand
Date de saisie : 18/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Bibliothèque de la Pléiade
Prix : 62.50 € / 409.97 F
ISBN : 978-2-07-011694-2
GENCOD : 9782070116942
L'itinéraire romanesque de Paul Morand est original autant qu'imprévisible. Ses neuf romans sont des plus divers. Comme tous ses contemporains, Morand fut marqué par la Grande Guerre, qu'il n'a pas faite. Ses personnages, eux, en reviennent et ne l'oublient pas (Lewis et Irène, 1924). Paru peu après le 6 février 1934, France-la-Doulce est le seul roman français consacré à l'industrie du cinéma, mais aussi un roman xénophobe et antisémite. En dix ans et quatre livres, le visage de l'entre-deux guerres se dessine, sourit, se creuse, grimace. L'Homme pressé relève d'une inspiration plus personnelle. Pierre Niox, cet agité accablé par la lenteur des autres, entrevoit les dangers et la vanité de sa course. Il est saisi par la hantise de la mort. Ce livre majeur paraît en 1941. Niox et Morand ont la cinquantaine. À la Libération, qui le surprend à Berne, Morand se tourne vers l'Histoire, un «merveilleux alibi» : en 1947 paraît Montociel, version morandienne de L'Homme qui voulut être roi. Puis vient Le Flagellant de Séville (1951), qui a la profondeur des oeuvres de Goya. Nouveau sommet dans l'oeuvre de Morand ; silence de la critique. Tais-toi (1965), portrait en creux d'un homme incapable de s'ouvrir aux autres, sera le dernier essai romanesque de Morand. Ses romans, on l'a dit, auront été divers. Ils trouvent pourtant une unité dans la force synthétique du style.
Né à Paris le 13 mars 1888, Paul Morand commence en 1913 une carrière de diplomate qui le conduira aux quatre coins du monde. Révoqué après la seconde guerre mondiale, il est rétabli dans ses fonctions d'ambassadeur en 1953 et mis à la retraite des Affaires étrangères en 1955. Il est élu à l'Académie française en 1968 et décédé à Paris le 23 juillet 1976.
Commander ce livre sur Fnac.com
Tout ça, c'est la faute de Proust ! Même s'il a lancé Paul Morand en préfaçant son premier recueil de nouvelles, «Tendres stocks», l'auteur d'«A la recherche du temps perdu» a aussi eu une influence néfaste sur son jeune ami. Le spectacle du grand écrivain, enchaîné à son chef-d'oeuvre dans sa chambre de liège, aurait en effet dissuadé Morand, possédé du démon de la bougeotte, de devenir un romancier «sérieux», avec tout ce que cela suppose de sacrifices.
Telle est du moins l'une des hypothèses avancées par les éditeurs des «Romans» de Morand, réunis pour la première fois dans la «Pléiade», pour expliquer le durable malentendu entre l'auteur de «Milady» et le genre romanesque. Tout au long de sa carrière, Morand n'a cessé de s'aligner dans la discipline reine de la littérature. Sprinter aux épaules étroites, pressé de conclure, était-il taillé pour le marathon romanesque ? De «Lewis et Irène» (1924) à «Tais-toi» (1965), les neuf opus rassemblés ici laissent penser le contraire...
«Au moment où la route atteignait le sommet de la butte et allait redescendre l'autre versant, l'homme sauta du taxi sans attendre le coup de frein du chauffeur.» Cette phrase qui commence «l'Homme pressé» a fixé la légende de Paul Morand. Un expéditif qui a horreur de traîner... aintenant qu'un seul volume réunit ses neuf romans, il est temps de réviser cette image et de se demander si, derrière l'homme du monde qui a fait les beaux jours des Années folles, ne se dissimulait pas un moraliste, un analyste des moes, voire un sociologue plus sérieux que ce qu'on croyait. On blâme justement les relents d'antisémitisme, d'homophobie, de racisme qui entachent certains textes et expliquent qu'après avoir été un voyageur cosmopolite aux idées larges Morand ait pactisé avec la droite xénophobe et collaboratrice. Sans oublier de telles fautes contre l'esprit, examinons un peu ce qui doit demeurer de cette oeuvre. Alors qu'on accuse les Français d'ignorer la géographie, il trace, lui, au fil de ses livres, une carte du monde. S'il ne tient pas en place, c'est parce que sa curiosité le pousse sans cesse en avant et le lance au-dessus des frontières. La Sicile dans «Lewis et Irène», l'Asie dans «Bouddha vivant», les Etats-Unis dans «Champions du monde», l'Inde dans «Montociel», l'Espagne dans «le Flagellant de Séville», c'est une fringale de nouveaux horizons, qui ne se réduit nullement à la recherche de décors exotiques, mais nourrit une véritable réflexion sur la rencontre et le choc des cultures....
Morand a tout deviné de ce qui commençait à empoisonner la vie occidentale, cette frénésie de morceler le temps en parcelles minuscules dont on n'a plus la possibilité de jouir... Non moins prophétique apparaît, dans «Champions du monde» (1930), l'analyse des rapports entre l'Europe et les Etats-Unis. La France, qui n'est plus une nation défaite mais continue à jouer à la grande puissance, agace son allié par ses prétentions à garder l'hégémonie culturelle tout en retardant le paiement de ses dettes. Il fallait du courage pour écrire de telles choses à cette époque... Il faudrait aussi étudier ce que nos pédants appellent intertextualité, le système de références que cache le romancier dans ses livres.... Bref, il est impossible de traiter cet auteur avec la désinvolture dont il se plaisait à faire parade. «Une malédiction veut que je sois lancé au galop dans un univers qui trottine.»
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli