Porte de Champerret / Passion du livre

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.. Porte de Champerret

Couverture du livre Porte de Champerret

Auteur : Evelyne Bloch-Dano

Date de saisie : 12/07/2013

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Grasset, Paris, France

Prix : 17.80 €

ISBN : 978-2-246-78624-5

GENCOD : 9782246786245

Sorti le : 30/01/2013

en vente sur


  • La dédicace de l'auteur

Comment quitter un lieu où l'on a vécu quand les souvenirs de toute une famille imprègnent encore les murs et résonnent dans les pièces vides ? Mes parents ont habité plus de cinquante ans un petit appartement de la Porte de Champerret. A la mort de mon père, ma mère, atteinte de la maladie d'Alzheimer, est entrée dans une maison de retraite. Il fallait rendre les clés. Je n'y parvenais pas, jusqu'à l'écriture de ce livre. A sa mémoire défaillante, j'ai peu à peu substitué la mienne, et fait parler ce quartier à la lisière de Paris, mes années d'enfance et la femme étonnante qu'elle fut. Mais aussi, celle qu'elle est devenue, à la fois une autre et la même. J'aimerais que les lecteurs se reconnaissent dans ces pages, que mes mots éveillent leurs propres souvenirs et qu'en me lisant, ils fassent à leur tour revivre les lieux et les êtres qu'ils ont aimés...

Evelyne Bloch-Dano



  • La présentation de l'éditeur

La mère de la narratrice, qui fut dans le Berlin de l'immédiat après-guerre une femme engagée, est atteinte de la maladie d'Alzheimer. Elle oublie le passé proche, mais les images de la petite enfance lui reviennent. En parallèle, sa fille Evelyne décide enfin de vider l'appartement où sa mère n'habitera plus. Le départ de cet immeuble de la porte de Champerret, ce lieu des lisières, provoque en elle une montée se souvenirs.

Que filtrer dans ce sablier magique où passent les grains du temps ? Que retenir des propos d'une mère à la mémoire éteinte ? Peut-on s'expulser soi-même du passé, comme on est délogé d'un appartement ?

Dans la lignée de La Biographe, Evelyne Bloch-Dano révèle ce que cachent la famille et le foyer, la maternité et la filiation, mais aussi le deuil, attendu, des bonheurs enfuis.

Evelyne Bloch-Dano, agrégée de lettres modernes, est journaliste au Magazine littéraire et à Marie Claire. Elle est l'auteur, chez Grasset, de Madame Zola qui a obtenu le Grand Prix des lectrices de Elle en 1998, de Madame Proust, lauréat du prix Renaudot essai en 2004 ou encore de la Biographe. Elle a publié en 2010 Le Dernier Amour de George Sand et participe à l'Université populaire du goût, fondée par Michel Onfray.





  • La revue de presse Francine de Martinoir - La Croix du 10 juillet 2013

Ce très beau texte est le récit de plusieurs séparations. Évelyne Bloch-Dano revisite, pour le vider, l'appartement que sa mère, atteinte de la maladie d'Alzheimer, a quitté pour une maison de retraite et n'habitera jamais plus. Dans ce retour vers ces lieux de son enfance, elle capte le passé en faisant des repérages dans l'espace, en creusant le temps ou des fragments du temps restés accrochés aux objets ou à des images mentales...
À cette jeune femme de vingt-six ans, aimant la vie, cherchant avant tout à s'amuser, à profiter de sa jeunesse, à oublier le malheur, Évelyne Bloch-Dano a donné un grand rayonnement romanesque. Mais en restituant les visages de ses parents, elle s'interroge sur les lacunes et les constructions hasardeuses du souvenir...
Et l'Alzheimer d'Édith est pour sa fille une sorte de gigantesque métaphore de l'amnésie de toute une époque.


  • La revue de presse Valérie Trierweiler - Paris-Match, février 2013

Dans "Porte de Champerret ", Evelyne Bloch-Dano écrit sur le passé, le reflux des souvenirs y ­compris de ceux qui n'ont pas été vécus. Le point de démarrage est, en réalité, celui d'une étape fondamentale. La perte de l'être cher, la mère. Le renvoi à l'enfance...
L'auteur se souvient de son enfance faite de ­fugues et de refus. Et voilà que la tragédie lui éclate au visage avec "sa cohorte de déportés jamais nommés, ensevelis dans un silence qui ne se disait même pas". Sans doute est-ce cela "faire le deuil", sans doute est-ce faire la paix avec soi-même pour la faire avec ceux qui ne sont plus.



  • Les premières lignes

Même la sortie du métro a changé. Un escalator poussif vous hisse désormais vers la lumière, trop lent pour mon pas. Mon rythme intérieur me pousse vers l'avant. C'est plus fort que moi. Je double les autres passagers. J'avale les marches jusqu'au grand jour.
Donc, traverser la place, regarder l'heure à l'horloge, éviter la grille du métro sur le trottoir pour ne pas coincer mon talon. Malgré tout, je retourne en arrière. Déception. Disparue, cette bouffée chaude qui sentait bon les profondeurs de Paris, odeur de mécanique, souffle mystérieux. Même sur la pointe des pieds, mieux vaut parfois ne pas revenir sur ses pas. Les banques, comme partout, ont envahi la place. BRED, SG, CL, BNP, CE. Devant chacune, ou presque, se tasse un SDF pelotonné sous sa couverture, une pancarte devant lui. «Aidez-moi, SVP, j'ai faim.» Quand j'étais enfant, un clochard se tenait devant le Crédit lyonnais, au coin de la rue Catulle Mendès et de l'avenue Stéphane Mallarmé. Chaque fois qu'elle sortait de la banque, ma mère lui donnait une pièce. La légende voulait qu'il eût ses économies dans l'un des coffres du sous-sol. On disait que les gens de la cloche avaient choisi cette vie asociale et libre. Ils faisaient partie de la vie du quartier. Les soirs de pluie, je pensais à ce clochard en m'endormant, à ma chance d'être au chaud dans mon lit. Plus personne aujourd'hui n'oserait imaginer que ceux qui dorment dans la rue ont choisi leur sort.
Rue Jean Moréas, code, porte, couloir, ascenseur, 4e étage, porte blindée, clef. Me voici dans l'appartement. Des années que personne n'y vit plus vraiment, à l'exception de quelques mois durant lesquels ma fille s'y est installée en rentrant d'Irlande. Elle a lessivé les murs de la cuisine, accroché des posters et des tissus indiens, poussé la commode de la salle à manger, installé des tréteaux pour travailler, fait brûler de l'encens pour chasser l'odeur de renfermé. Puis, elle a déplacé ses pénates dans le XIXe arrondissement, et l'appartement a replongé dans sa léthargie. Les armoires, les tiroirs sont vides. Les murs sont gris de poussière, les tableaux ont laissé des traces claires. Même lavés, les rideaux paraissent blanchâtres. La moquette fait encore illusion mais elle est usée, le velours grenat des fauteuils a viré groseille. Pourtant, il flotte dans l'appartement un air hospitalier comme si, des cinquante ans durant lesquels mes parents y avaient vécu, des années de rire, de conversations, de ménage, de repas, de disputes, de prières, d'amour, subsistait un halo de bonheur. De bonnes vibrations. Nous y fûmes heureux.


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