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.. Henry James : le principe spectral de la représentation

Couverture du livre Henry James : le principe spectral de la représentation

Auteur : Anker Richard

Date de saisie : 28/02/2012

Genre : Littérature Etudes et théories

Editeur : Hermann, Paris, France

Collection : Savoir. Lettres

Prix : 34.00 € / 223.03 F

ISBN : 9782705681821

GENCOD : 9782705681821

Sorti le : 12/02/2012

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  • La présentation de l'éditeur

Au-delà d'une clôture de la représentation dont la forme ne saurait être ni indivisible ni totalisante et qui, à l'image du «tour de vis», traverse le (roman du) sujet plus qu'elle ne le délimite, ce livre tente de suivre dans l'oeuvre de Henry James la pensée d'une mimésis «originaire». Rien d'étonnant à ce que La Muse tragique (1890), que l'auteur considérait lors de sa rédaction comme son «dernier grand roman», porte sur le théâtre, puisque celui-ci fournit d'une certaine manière l'assise de la représentation jamesienne. Mais dans l'achèvement du roman spéculatif, c'est, en-deçà de toute représentation théâtrale, spectaculaire et imitative, l'irrévélable mimésis qui se fait jour. Ou qui fait retour, comme si la décision prise et reprise contre elle depuis la scène inaugurale de la philosophie (et de la détermination esthético-métaphysique de l'art) s'était épuisée, ou mieux, s'était mise en suspens. En effet, tout commence chez James à partir d'un certain retour mimétique qui suspend l'activité représentante, Actionnante, schématisante du sujet (si tant est que cette activité lui soit propre) tout en la constituant. Il s'agit donc de retracer, au moyen d'une lecture patiente de quelques textes exemplaires, le pas en arrière qu'effectue l'écriture tardive de James vers ce retour, là où s'originent l'oeuvre, la représentation, la pensée, le rêve, le fantasme, et là où se joue, de toute évidence, l'avenir de la littérature.

Richard Anker est maître de conférences à l'Université Biaise Pascal, Clermont-Ferrand II.





  • Les premières lignes

Le principe de la représentation
(La Muse tragique)

[l]t is art that makes life...

À partir de quel lieu s'amorce l'oeuvre ? Depuis quel temps s'amorce-t-elle ? D'où vient l'inspiration, le don de l'inspiration, ce «choc» («concussion» [PNE 1103]) qui d'un coup réveille l'artiste à venir de son assoupissement et qui, comme nous le verrons, l'altère, le porte hors de lui-même, le transporte ? Si la tâche ici consiste à suivre cette altération de l'homme en artiste, autrement dit le devenir artiste d'un homme, Nicholas Dormer, et d'une femme, Miriam Rooth - c'est le thème principal de La Muse tragique - il faut bien commencer par se demander depuis quel lieu et quel temps cette altération commence. Qu'est-ce qui l'amorce ?
Nous aborderons trois textes pour tenter une approche de ces questions. Le premier, tiré de la préface de l'Édition de New York de La Muse tragique, atteste, ne serait-ce qu'elliptiquement, la conscience de la part de l'auteur d'une dissonance temporelle dans ce qu'il a coutume d'appeler la «germination» d'un roman -une immixtion étrangère dans l'opposition «féconde» («pregnant», «fruitful» [95-96, PNE 1103]) au sein de laquelle le roman prend forme - et nous donnera un premier aperçu du mode de temporalisation dans lequel s'inscrit la structure narrative du roman. Le second est un célèbre passage autobiographique où James raconte son cauchemar - le «plus admirable» de sa vie, dit-il -de la Galerie d'Apollon au Louvre : on s'efforcera, en dégageant quelques éléments figuraux et structuraux de ce cauchemar - de ce que l'on pourrait appeler ce fantasme spéculatif - de faire un pas de plus, moins schématique que le premier, vers l'amorce de l'opposition spéculative et, nous le verrons, spéculaire, qui, dans La Muse tragique, mais par-delà cet ouvrage aussi, sous-tend la structure narrative jamesienne. Enfin, à partir du troisième texte, nous entamerons l'analyse de la dynamique narrative de La Muse tragique, telle qu'elle se met en branle lors de la «rencontre» - mot très chargé de sens chez James - entre l'artiste-héros, Nick Dormer, et l'antihéros méphistophélien, Gabriel Nash, au Salon du Palais de l'Industrie, au premier livre du roman. Une lecture de ces trois extraits de provenances différentes - la préface de l'auteur, son autobiographie, et le roman qui constituera le texte principal des analyses que nous entreprendrons dans cette partie de notre étude - devrait nous aider à aborder de manière relativement approfondie les enjeux principaux du roman, tels que celui du «conflit entre l'art et le monde» qui serait selon James le sujet et la motivation principale de La Muse tragique, l'opposition entre les dimensions réflexive et référentielle de la représentation jamesienne, et le statut du langage figuré du roman. (...)


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