L'affinité des traces / Passion du livre

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.. L'affinité des traces

Couverture du livre L'affinité des traces

Auteur : Gérald Tenenbaum

Date de saisie : 21/06/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. Héloïse d'Ormesson, Paris, France

Prix : 17.00 €

ISBN : 9782350871905

GENCOD : 9782350871905

Sorti le : 29/03/2012

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  • La présentation de l'éditeur

«Les traces, comme les hommes, ont leurs dispositions secrètes, sur le sable une trace peut en rejoindre une autre. C'est l'impérissable, l'inaltérable magie propre aux traces, leur mystérieuse alchimie.»

Le début des années soixante, en France. Pour échapper au mari et à l'avenir qu'on a choisis pour elle, Edith Behr, une jeune fille juive, s'engage comme secrétaire dans l'armée. Affectée sur une base au Sahara, en pleine guerre d'Algérie, elle découvre l'altérité auprès des Touaregs, le peuple du désert à la parole voilée. Les étoiles jalonneront alors pour elle la route à suivre.

Roman aux résonances séculaires en prise sur notre temps, L'Affinité des traces nous entraîne dans une aventure aux confins de deux mondes, sur les pas d'une femme maîtresse de son destin.

Gérald Tenenbaum est mathématicien. Il a publié chez EHO : Le Geste (2006), L'Ordre des jours (Prix Erckmann-Chatrian 2008) et Souffles couplés (2010). Il vit à Nancy.





  • La revue de presse Michel Abescat - Télérama du 20 juin 2012

Tout en retenue, à l'unisson de cette culture du désert à la parole voilée, le texte déploie un charme mystérieux, celui du conte ; celui du chant, aussi. Histoire envoûtante, à la beauté fragile, économe de ses mots, forte de ce qu'elle suggère avec pudeur, entre les silences et les ombres...
«Seules les traces font rêver», écrivait René Char, cité en exergue. Gérald Tenenbaum le confirme avec un singulier talent.



  • Les premières lignes

Le feu crépite, mais ne luit plus pour personne. Dans la nuit saharienne, si scintillante qu'aucune ombre n'y trouverait place, la masse sombre de la falaise du Kawar étend l'improbable halo d'une obscurité magnétique. Indifférent aux âmes humaines, tourments, espoirs, et tourments de l'espoir lui-même, le désert pèse son impassible sommeil.
Amarré à l'opacité du ciel, il dort.
Le campement ayant quelque temps abrité Talyat et la parenté de Talyat n'est plus que l'empreinte du ravage, la flétrissure de la terre, honni soit l'homme qui l'a décidé, vomis soient ceux qui l'ont perpétré.
Jusqu'au jour qui vient d'expirer, les tentes touarègues, piquets en bois de teggart, piliers fragiles et millénaires, vélums de peaux ou d'ajuzo, toits des hommes en miroir du toit du monde, exhalaient l'odeur du thé, la fermeté du foyer; elles renvoyaient en écho le cri du verre sur le pain de sucre à l'instant de l'ébullition, elles enveloppaient les rires des enfants attendant le quatrième thé, aghamar.
Jusqu'à la nuit qui vient de s'abattre, le sable, épris de la moindre goutte de liquide abandonnée par le ciel ou offerte par les hommes, le sable crissait la soif.
Mais les tentes, à présent, laissent battre au vent leurs nattes déchirées. Sous les dais frissonnants, parmi tous ces objets désormais sans objet, les éclaboussures cramoisies ont tavelé, ça et là, les théières éventrées ; le temps du partage est révolu, les couleurs de l'émail ternies : jaune souillé sans appel, rouge suintant, odorant comme une plaie ouverte, vert impuissant. L'indigo, le noble indigo, est flétri - l'émail est bleu en vain. Et vains sont les petits verres cannelés, à jamais inutiles, fichés dans la poussière.
Le sable est figé, grumeleux, désaltéré de toutes ces humeurs qu'un corps supplicié abandonne avant de renoncer.
Sans vie, la parente gît.
Afalawas, le forgeron à l'oeil souriant et à la langue moqueuse, l'enad aux mille sabres précieux, est couché sur le flanc, mains agrippées au vide, jugulaire tranchée par une lame vulgaire. Il est étendu, gorge déployée, lui qui a forgé tant de nobles épées, filles de ces tizgheyen façonnées par le Créateur dans le même temps qu'il a créé le monde, et que, sous la tente, nous nous transmettons d'oncle à neveu, du fils de la mère au fils de la soeur.
Les hommes d'Abbou Azzâm parlent tout bas, même ces hommes-là, quand la nuit épaissit le sang et l'odeur du sang séché. En cercle paisible, combattants de la Katiba, ils sont assis. Autour du feu moribond qui fait vaciller les ombres, ils laissent choir leurs paroles, comme si les gorges se nouaient à l'insu des âmes, et les mots, sans rien dire, se chargeaient du poids des actes.
Ils ont ligoté Talyat.


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