Auteur : Philippe Delerm
Date de saisie : 18/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 10.00 € / 65.60 F
ISBN : 978-2-07-077120-2
GENCOD : 9782070771202
«Toute une foule, vue de dos ou de profil, assistant à un spectacle invisible. Au loin, la mer. Une facture suprenante. Des personnages saisis dans des attitudes familières au cours d'une scène publique. Mais le vrai secret, c'était le personnage grimpé sur un tabouret et qui tient à la main une longue badine, ou une espèce de perche, dont l'extrémité atteint le centre de la scène. Quel sens donner à son geste ?»
Philippe Delerm a notamment publié Sundborn ou les jours de lumière, Il avait plu tout le dimanche, La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, Le Portique.
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Dans Le Secret de la Licorne, Tintin refusait de vendre la maquette du voilier qu'il avait achetée pour le capitaine Haddock. C'est un peu l'histoire de cette bulle, parfois plus Hergé que Tiepolo, peintre vénitien du XVIIe siècle qui épousa la soeur de Guardi, et dont le style aérien se basait sur le bleu, le rose et le jaune. Cet aspect tricolore semble agréer le très cocardier M. Delerm qui,... s'interroge sur un détail du Mondo Nuevo de Tiepolo. Quel sens donner au geste du personnage juché sur un tabouret, qui tient une badine ou une perche, et dont l'extrémité atteint le centre de la scène ?
Sans insolence déplacée ou connotation déplaisante, on peut dire que le petit livre anisé de M. Delerm nous fait penser à quelque Samaritaine de la littérature. On y trouve tout... Résumer du Delerm revient à compter les poils poivre et sel qui ornent la barbe de cet hidalgo saisi par le démon de l'ébauche, ce qui tranche avec sa débauche d'oublis et de replis. Quand on lui demande s'il a peur d'être sûr que la bulle existe ou peur d'être sûr qu'elle n'existe pas, M. Delerm répond qu'il a peur d'être sûr. Mine de rien, M. Delerm doute. Et soudain, comme saisie au détour d'un palais, sa musique évoque celle qui s'installe, chaque soir, aux environs du canal et du café Florian. On peut la trouver racoleuse, elle est magistrale. Cet art de faire tout avec rien, nous renvoie au succès phénoménal des touches impressionnistes de La Première Gorgée de bière...
Delerm, c'est un peu comme le théâtre de Tchekhov : on ne sait pas trop à quoi ça tient, mais ça tient ! On a toujours un mal fou à résumer : il ne se passe rien, en fait. Des textes courts, un moment précis mais fugitif, un regard, une lumière, des odeurs, une sensation infime née d'une posture du corps... Mais de ces riens qui font dire que l'auteur minimaliste de «la Première Gorgée de bière» a trouvé, à force de piétiner sa modeste friche, ce que Cesare Pavese réclamait à Marcel Proust, à l'esprit de Proust : «Proust, apprends-moi à dire le monde selon moi, moi qui sens le monde selon moi...»
Sentir le monde selon soi, c'est exactement cette forme de pouvoir presque occulte qui fait l'écrivain véritable et en même temps l'isole de tous les autres. Ce n'est pas un hasard si le nouveau roman de Philippe Delerm, «la Bulle de Tiepolo», porte justement sur un écrivain, isolé des autres par le succès... L'auteur n'a pas eu à chercher bien loin son modèle, et s'il le transforme dans son récit en une jeune femme, une Vénitienne accablée par les malentendus d'un succès de librairie qui l'installe «au rang de phénomène socio-logique», le procédé n'en demeure pas moins transparent sous les louables efforts d'un exotisme de pacotille dont Venise fait ici les frais. Et c'est un régal, disons-le. La carte postale qu'inspirent à Philippe Delerm ces attroupements beaufissimes de gondoles louées par des Japonais en extase, pour qui l'on braille à la demande «O sole mio» ou un «Ave Maria», est en soi un chef-d'oeuvre...
... «La bulle de Tiepolo» : un court roman qui lie Antoine, critique d'art, veuf, désoeuvré, à Ornella, étudiante prolongée, italienne et best-seller pour son ouvrage «Granité Café» qui fait l'éloge des... plaisirs minuscules. Une sorte de Delerm vénitienne qui se gausse et s'ennuie de son propre succès. Un tableau va les réunir et un aïeul, peintre mystérieux, qui les conduiront ensemble de la Sérénissime à l'île de Burano.
Plaisirs ténus, écriture furtive, sentiments diffus mais précis, amour esquissé, nostalgie déjà suggérée : comme toujours chez Delerm, qui mit autrefois en scène sentiment amoureux et peinture dans le délicieux «Sundborn ou les jours de lumière», c'est le ton qui compte, la présence du jour qui passe, de l'instant à retenir. Sitôt la dernière ligne achevée, on se plaît à reprendre la première page, et à relire encore, le plaisir intact...
Et de deux ! Avec un court roman savoureux et une exquise série de brefs récits, Philippe Delerm le vorace s'apprête à envahir les librairies. Le sourire aux lèvres. Car l'auteur de La Première Gorgée de bière... s'amuse comme un fou. Fort averti des critiques des intellectuels, qui font désormais la fine gueule devant ses fragments, il les devance, les justifie, avant de les anéantir. C'est l'objet de La Bulle de Tiepolo, suivi d'évocations typiquement «delermiennes» des lieux, odeurs, sensations et petits riens, Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables... A coups de deux, trois pages maximum, les enthousiasmes de Delerm se révèlent digestes et légers. Leur vocation ? Ouvrir l'appétit et laisser au lecteur le soin d'écrire son propre acte III. Vorace mais partageur, Delerm.
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