Auteur : Edité par Vincent Bardet | Mo Yan
Traducteur : Noël et Liliane Dutrait
Date de saisie : 18/03/2004
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Seuil, Paris, France
Prix : 26.00 € / 170.55 F
ISBN : 978-2-02-038584-8
GENCOD : 9782020385848
C'est la littérature latino-américaine la plus baroque, la plus inventive, celle d'un García Márquez par exemple, qu'évoquent les textes de Mo Yan, écrivain chinois de 49 ans, à la verve et à l'imaginaire débridés. Dans les seize nouvelles qui viennent de paraître, toutes les formes de récit sont représentées, jusqu'aux plus délirantes. L'Enfant de fer, qui donne son titre au recueil, raconte ainsi l'errance de deux enfants perdus près d'un chantier de chemin de fer, dévorant du métal à belles dents tandis que leur corps devient lui-même métallique... Beaux Seins, belles fesses est une fresque qui mêle la plus haute fantaisie à l'histoire réelle de la Chine, perçue à travers les avatars de la famille Shangguan. Nulle quiétude pour la société paysanne à laquelle ils appartiennent : invasion japonaise, passage douloureux de hordes, bagarres de chefs, reprises en main par le communisme, tout se bouscule dans un monde qui s'éveille à la modernité... Tout peut arriver sous le regard de Jintong, et tout arrive. Entre réalisme et fantastique, rêve, cauchemar et réalité, Mo Yan déroule les vagues d'un récit prodigieux qui charrie l'histoire et la légende.
Le récit poignant d'une enfance attardée ou l'histoire de tous les excès du siècle écoulé. Un roman iconoclaste - et drôle - pour lequel l'auteur dut faire son autocritique Il y avait du Malcolm Lowry dans le précédent roman de Mo Yan, Le Pays de l'alcool. Il y a du Gabriel Garcia Marquez dans Beaux Seins, belles fesses, son nouveau brûlot, roman-fleuve de plus de 800 pages, éblouissant, macabre, hilarant, tellement iconoclaste qu'on se demande comment la censure a laissé éditer, en 1995, ces «Cent ans de sinitude». Avant de les faire interdire sous la pression de vétérans communistes scandalisés. Finalement, le roman fut retiré de la vente et Mo Yan contraint de signer une autocritique en bonne et due forme, dans laquelle il reconnaissait avoir attenté au «matérialisme historique» et avoir été «intoxiqué par les idées vicieuses du capitalisme». Cet aveu extorqué n'empêcha pas pour autant les copies pirates de circuler...Jintong fait une fixette sur les seins des femmes, jusqu'à en devenir complètement fou. «Dans ce monde, se lamente-t-il, personne ne comprend mieux que moi les seins, ne les aime mieux que moi, ne sait les protéger mieux que moi, mais mes bonnes intentions sont prises pour de la malveillance. J'en pleurerais !» Cette passion va lui valoir les pires ennuis - quinze ans de camp de rééducation, trois d'hôpital psychiatrique - mais aussi les plus grandes joies. En particulier le jour où, sacré Prince du «marché de la neige», il peut réchauffer entre ses mains, et en toute impunité, plus de 150 paires de seins dont les propriétaires se pâment sous ses caresses. Plus tard, sa connaissance approfondie des tétons fera de lui l'avisé directeur d'une florissante fabrique de soutiens-gorge, la Licorne... Aujourd'hui retraité de l'armée, Mo Yan, fort d'une oeuvre magistrale, écrit dans un journal juridique. Inclassable, il avoue ignorer lui-même à quelle école il appartient et, d'ailleurs, s'y refuse. «Cela ne m'intéresse pas, cela n'a pas de sens. C'est lorsque personne ne peut dire à quelle école appartient un écrivain qu'il est un grand écrivain. J'écris avec mon coeur.» Et nous le lisons avec le nôtre.
Sa source d'inspiration ? Sa propre vie, de son pauvre village du Shandong aux faubourgs du Pékin d'aujourd'hui. Et aussi les souvenirs de son grand-père, qui lui ont permis d'écrire la grande saga chinoise du XXe siècle vue par le petit bout de la lorgnette. Dans «Beaux seins, belles fesses», qui vient de sortir au Seuil, Mo Yan raconte l'épopée de sa bourgade natale, où se sont succédé tyrans et brigands : soldats de l'armée d'occupation japonaise dans les années 30, hommes du Kuomintang dans les années 40, commissaires politiques des années 50, 60 et plus, jusqu'aux affairistes sauvages de ces dernières années... Une héroïne extraordinaire traverse cette fresque, la mère de huit filles et enfin d'un garçon Enfant d'Or, né d'un pasteur suédois -, une femme en qui s'incarnent toutes les forces de la vie, un personnage fortement inspiré de la propre mère de Mo Yan, celle qui lui recommandait de ne pas trop parler pour ne pas s'attirer d'ennuis politiques... Erotique, burlesque, tragique, torrentiel, comparable d'après l'éditeur français au «Cent ans de solitude» de Marquez, «Beaux seins, belles fesses» est un tour de force littéraire : 800 pages écrites d'une traite en quatre-vingt-trois jours ! Lors de sa première publication en Chine, en 1995, le roman fut interdit. Ce qui ne l'a pas empêché de se vendre à 200 000 exemplaires, sans compter les copies piratées et la mise en ligne du livre sur l'Internet.
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