Auteur : Elias Khoury
Traducteur : Rania Samara
Date de saisie : 23/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Mondes arabes / Sindbad
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-7427-4641-5
GENCOD : 9782742746415
Puisque l'hiver ne vient pas, Beyrouth se prélasse aux terrasses. Celle du café où le romancier Elias Khoury a donné rendez-vous, dans le quartier «chrétien» d'Achrafieh, est bondée. Des hommes cravatés devisent en fumant le cigare, des élégantes parlent fort dans le téléphone portable, deux jeunes filles coiffées du foulard gloussent en mangeant un mille-feuille... Tout va bien. La guerre est si loin... L'endettement du pays n'a jamais été si important, les anciens seigneurs de la guerre chrétiens, sunnites, chiites ou druzes se partagent toujours le gâteau, le clientélisme et le communautarisme sont la règle, les Syriens tirent les ficelles, les jeunes rêvent de partir pour ne plus revenir. A part ça, Beyrouth pacifié s'accroche à sa dolce vita et à ses non-dits... Ce livre est d'abord une fiction magistralement menée. Relation d'un fait divers - un jeune homme, Yalo, accusé de viol et de recel d'explosifs, est interrogé et torturé par la police qui exige des confessions écrites -, il est aussi l'autobiographie et le cri d'amour d'un enfant perdu, le récit d'une lignée (grand-père, mère et fils) bousculée par l'Histoire. Il est encore le chant du cygne d'une langue syriaque en voie d'extinction mais aussi un hymne au pouvoir des mots, que Yalo conquiert peu à peu et qui l'aide à se reconstruire... Yalo est surtout un grand roman sur l'amour, sur les mots pour le dire, sur son impossibilité... La malédiction court de génération en génération et Yalo est le fruit de névroses passées. Discrètement, Elias Khoury y déclare aussi son amour pour ce quartier d'Achrafieh dans lequel il est revenu, il y a un an... Il y a du Faulkner dans cette folie humaine, dans ce déclassé qui n'a que la violence pour réclamer un peu de reconnaissance mais qui évoque l'Aimée à travers les parfums de l'encens ou du riz au lait. Ou dans la manière dont Elias Khoury, l'athée, décrit le miracle d'une baignade baptismale, quand la lune coule dans une chevelure. Il y a le courage d'un Dos Passos ou d'un DeLillo dans cette volonté d'un livre «total». Pour donner le thème de Yalo, Elias Khoury cite ces quelques mots arabes : «Quand j'ai cessé d'aimer, les mots s'en sont allés.» A l'évidence, l'écrivain aime encore.
Elias Khoury est un pur conteur. Un écrivain qui connaît le pouvoir hypnotique des mots, et qui fait de ce pouvoir-là le sujet même de ses livres. Certes, à côté des mots, il y a bien la réalité, palpable, sensuelle, atroce, toujours présente dans son dernier roman: le Liban de la guerre civile et d'après la guerre civile. S'efforce d'y survivre un jeune homme, Yalo, qui a fait partie d'une milice et s'est reconverti en gardien de villa. La nuit, armé d'une carabine, il surprend des couples qui se cachent dans la pinède voisine. Il les dépouille, il abuse parfois des femmes, jusqu'au jour où il tombe amoureux fou de l'une d'elles, Chirine, qui causera sa perte. Mais cette réalité romanesque vire au cauchemar sous la plume d'Elias Khoury, et sous le regard de Yalo... Ce roman est l'histoire d'un vertige. Il est même proprement vertigineux.
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