Auteur : Stéphane Audeguy
Date de saisie : 29/04/2005
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-07-077250-6
GENCOD : 9782070772506
"Il est question de nuages et Virginie Latour commence à comprendre. Elle comprend qu'au début du dix-neuvième siècle quelques hommes anonymes et muets, disséminés dans toute l'Europe, ont levé les yeux vers le ciel. Ils ont regardé les nuages avec attention, avec respect même ; et, avec une sorte de piété tranquille, ils les ont aimés." Akira Kumo est un couturier japonais. Il collectionne les livres consacrés aux nuages. Pour classer sa bibliothèque, il engage Virginie Latour, une jeune femme, à qui il raconte des histoires de chasseurs de nuages. Celle de Luke Howard qui inventa leurs noms, celle de Richard Abercrombie qui fit le tour du monde pour voir s'ils étaient partout identiques, d'autres encore, aussi surprenantes que le jeu des nuées.
Stéphane Audeguy vit à Paris. Il enseigne l'histoire du cinéma et des arts dans un établissement public des Hauts-de-Seine. La théorie des nuages est son premier roman.
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«La Théorie des nuages» n'est pas un roman sur les nuages. Le mot «théorie» sous la plume précise de Stéphane Audeguy ne désigne pas la spéculation mais la procession. Les nuages se suivent, poussés par le souffle du temps, «dans le ciel qui nous enveloppe». Or chaque nuage est unique, comme le sont les personnes. On ne peut comparer les petits «nuages simples» de Paris en avril avec le nuage noir émanant de l'éruption du volcan de Krakatoa en 1883, «qui s'allonge, comme un prédateur paresseux, sur des kilomètres d'atmosphère».
Le couturier japonais Akira Kumo ne sait pas pourquoi il est devenu un spécialiste des nuages, collectionneur de cirrus, cumulus, stratus et autres nimbus. Il raconte à sa bibliothécaire Virginie Latour les histoires des courageux farfelus qui ont eu l'idée de répertorier les nuages... On s'instruit en s'amusant dans ce livre prenant, érudit, parfois érotique, construit de main de maître mais dédié à un sujet qui peut sembler futile. Tout d'un coup, on commence à trembler. Pourquoi ce Japonais né à Hiroshima en 1946 s'est-il pris de passion pour les nuages ? «La réponse à cette question l'attend, tapie comme une bête inconnue dans la jungle opaque de sa mémoire ; il tremble qu'elle ne bondisse et ne vienne l'anéantir.»... Il n'y a ni étoiles ni voûte nocturne dans le ciel de Stéphane Audeguy. C'est le ciel matinal d'Hiroshima qu'il ne cesse de scruter, sous la lumière permanente de l'explosion. «La Théorie des nuages», sous sa couverture discrète, restera dans quelques mémoires comme le dernier chef-d'oeuvre du XXe siècle.
Ce livre sollicite la pointe du menton. A chaque page, une chiquenaude fait lever les yeux au ciel. Stéphane Audeguy a choisi le sujet le plus volatil qui soit - les nuages - pour un premier roman d'une intelligence sidérante. Voici la curieuse histoire des nuages et de ceux qui les ont contemplés. Une épopée incroyable qu'un vieux couturier japonais raconte à sa jeune bibliothécaire, étirant les digressions à l'infini, façon Mille et Une Nuits.
A l'intérieur de chaque tiroir atmosphérique, un destin... Stéphane Audeguy esquisse une poétique de la météorologie aussi vertigineuse sur le fond que magistralement réussie sur la forme.
Quand on s'allonge dans l'herbe pour contempler les nuages, on finit par leur ressembler. On se défait. On se refait. On entre dans les fluides de formes décomposées, recomposées. Les nuages poussent leurs plis à l'infini, pli sur pli, pli selon pli. Ils caressent nos limites et notre défaut d'imagination. Stéphane Audeguy n'en manque pas. L'idée de son premier roman, la Théorie des nuages, lui est peut-être venue comme ça, dans une prairie, visage tourné vers le ciel. Il y a perçu et ressenti ce qu'il invente.
Une jeune bibliothécaire à l'existence morne, Virginie Latour, est détachée en 2005 auprès d'un grand couturier japonais, Akira Kumo...
La Théorie des nuages est au sens propre, et sans le caractère mièvre qu'on attache souvent à cet adjectif, un roman charmant. Il semble mettre en imagination cette remarque de Valéry : «La pomme de Newton ? Il y a autour de nous, en cette minute, des milliers de phénomènes qui, observés par un esprit naïf, ouvriraient des portes sur un domaine aussi vaste que la physique atomique. Tout reste à trouver.» Et malheureusement à détruire. La phrase de Stéphane Audeguy a une matière propre au sujet. Elle est d'un classicisme et d'une élégance presque affectés ; ce presque signe sa réussite : elle porte la nostalgie d'un monde possible, et une ironie sur cette nostalgie. Les adverbes, parfois décalés, révèlent ce souvenir d'une beauté qui disparaît, mais en laquelle il faut croire...
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