Auteur : Eric Fottorino
Date de saisie : 18/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 13.00 € / 85.27 F
ISBN : 978-2-07-074703-0
GENCOD : 9782070747030
Chroniqueur au «Monde», Eric Fottorino a ce joli coup de patte qui signe un billet, quels qu'en soient le sujet, les acteurs, l'intrigue. Il a le don de cristalliser sous sa plume fraternelle les états d'âme et les humeurs du peloton (non pas le peloton cycliste dont Fottorino fut un prosélyte dévoué, mais celui des citoyens, auxquels il semble s'identifier avec aisance, des gens aux prises avec des difficultés et des maîtres qu'ils n'ont pas choisis)... Comme écrivain, Eric Fottorino ne renonce pas à l'économie et à la vélocité terriblement efficace qui le font briller ailleurs. «Il faut être cohérent. Surtout quand on invente», écrivait-il dans «Un territoire fragile», son précédent roman. «Caresse de rouge» se présente comme la relation détaillée d'un fait divers, où, à la façon de Silvina Ocampo dans «Faits divers de la terre et du ciel», l'étrangeté naît de l'excès du plausible, où le réalisme et la rationalité obsèdent tant le récit qu'il en devient fantastique...
"La tragédie moderne, c'est le polar", écrivait à peu près Malraux dans une préface à Faulkner. Une façon de dire que la folie qui faisait jadis s'entretuer les familles royales appartient en démocratie à la rubrique du fait divers. Rédacteur en chef du journal Le Monde, Eric Fottorino a la plume métallique des meilleurs auteurs de Série noire. Cet huissier des drames domestiques, maniaque du détail, opère à froid pour enfoncer son bistouri dans les morceaux de chair tendre... La seule confusion des sentiments propre aux familles monoparentales suffit à instiller dans leur sang les éléments d'une destinée tragique comparable à la malédiction divine qui multipliait les massacres au palais royal de Thèbes. «J'étais seul, mais je devais aimer en double» : tel est le sort de Félix, condamné à élever sans mère, Colin son enfant de trois ans. Dans cette tragédie au fil des jours, l'enquête du commissaire Lartigue ne peut aboutir. Aucun témoin, aucune preuve. Mais son intime conviction reste que la mort de Colin, renversé boulevard de Picpus à la sortie de l'école par un chauffard au volant d'une Twingo rouge, est un meurtre prémédité. Il faut alors que Félix raconte l'histoire d'un homicide symbolique pour que le coupable soit identifié... Eric Fottorino a écrit le crime parfait d'une famille contemporaine qui conduit les pères, Oedipe à l'envers, à tuer leur fils par «excès d'amour». C'est brillant....
C'est l'histoire d'un homme comme les autres dont la vie, soudain, bascule. Enfin, pas vraiment comme les autres. Félix Maresco est assureur. Sauf qu'on ne s'assure jamais contre son propre malheur. Un jour, c'était un jeudi, Félix Maresco fut frappé par la foudre: son fils, Colin, 3 ans, renversé par un chauffard pendant que sa compagne décrochait son téléphone portable et laissait filer l'enfant quelques mètres plus loin sur la chaussée... C'est une vérité dérangeante, insoutenable, absurde, qui fait virer le rouge au noir. Elle hante le lecteur longtemps après qu'il a refermé ce livre. Et confirme ce que l'on pressentait déjà : Eric Fottorino est le digne héritier de Simenon, un de ces écrivains qui font reposer l'art du suspense sur la finesse du style...
On n'y croyait pas, on ne l'attendait plus, on avait tort : le successeur de Simenon, s'il y en a un, le voici. Il s'appelle Eric Fottorino. C'est un Simenon du trouble identitaire que nous révèle sa Caresse de rouge, roman d'amour, de deuil impossible et de culpabilité. Son registre ? Le suspense intimiste. Son écriture, juste, rapide, précise, fouille et fouette. Sans concessions ni complaisance. Elle possède le rythme exact du malheur ordinaire, et le sens du malaise. Son héros ? Comme chez Simenon, un homme solitaire, pas vieux, plus vraiment jeune, un homme en crise latente et souterraine. Quelque chose en lui est mort, que nous apprendrons bientôt. Soudain, dans son ciel uniformément gris, un nuage noir. Un événement tragique qui, a priori, ne le concerne pas directement, va le conduire au bout de lui-même. Pour se trouver enfin ?... les êtres humains «normaux» existent-ils ? C'est un des thèmes de ce roman de l'homme nu, d'une force exceptionnelle et d'une émotion sans pathos, qui déjoue toutes les attentes et surprend sans cesse, jusqu'à un épilogue dont l'atroce ambiguïté nous abandonne en pleine stupeur. En plein effroi.
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