Auteur : Jean-Marie Gustave Le Clézio
Date de saisie : 23/08/2006
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Mercure de France, Paris, France
Collection : Traits et portraits
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-7152-2470-4
GENCOD : 9782715224704
D'apparence primesautier, ce texte provient en fait d'une très longue gestation. Il s'agit d'une confession sur le père, officier de santé de l'armée anglaise, qui fut naguère décrit dans Onitsha. Cette fois, le fils se dévoile... L'intérêt de L'Africain résulte de son aspect autobiographie et non pas de sa rédaction à l'encre sépia. L'austère narrateur n'y prononce pas une seule fois le terme papa. Son géniteur est vu sous le double aspect de la figure tutélaire et d'un inconnu parfois violent, et vu sans humour ni chaleur humaine. Un progrès dans le dévoilement car jusqu'ici, J. M. G. L. C. se cachait derrière la fiction pour mieux s'oublier... Si L'Etranger n'était pas déjà un célèbre titre, il conviendrait bien à cet homme dont le fils passe sous silence prénom et visage. On se contente des clichés pour Raoul Le Clézio, de clichés pris sur le vif avec un Leica précieux et précis. Pas un mot non plus sur les circonstances de sa mort. Ce néant identitaire est davantage une astuce narrative qu'une pudeur naturelle. Les effusions étant taboues chez les Le Clézio, le fils se rattrape avec la littérature grâce aux portraits croisés. Il semble nettoyer un cadre plein de poussière qui laisse apparaître sa propre image dans un miroir quand il croyait épousseter le portrait du défunt aux faux airs de James Joyce. Pas de nostalgie, mais plutôt la radiographie d'un rendez-vous manqué. Un livre sur le père émeut forcément... Il faudrait presque commencer le livre à l'envers tant les quatre dernières pages éclairent toutes les autres. En filigrane, on devine l'omniprésence de la mère, fuyant la Gestapo. A mots couverts, elle est le personnage central du livre...
Histoire réelle, réinventée, passé recomposé sont les chemins que J.M.G. Le Clézio emprunte à la recherche de ce temps perdu, assurément lointain, où il fit la connaissance de l'Afrique et de son père au terme d'un long voyage. Ses lecteurs n'ont pas oublié Onitsha, publié en 1991, qui racontait cette aventure en compagnie de la mère tant aimée : la découverte d'un pays où les enfants courent pieds nus dans les hautes herbes d'une savane qu'ils traversent avec des agilités de gazelle.
On l'imaginera toujours comme un Robinson aux yeux clairs, naufragé de la civilisation moderne du bruit, des loisirs et de la haine. Voilà plus de quarante ans que le grand blond aux semelles de vent, de sable, de soleil et de mer dénonce les technologies déshumanisantes, l'indifférence, le racisme, la pollution. Mêlant le divin et le matériel... L'Afrique n'a jamais qu'un visage pour Le Clézio, celui de son père, médecin de brousse ombrageux et solitaire qui a fui la société britannique, son berceau, pour des ailleurs lointains. J.M.G. Le Clézio grandit à Nice, loin de lui, donc. L'enfant a huit ans lorsqu'il rejoint au Nigeria l'auteur de ses jours, sosie de James Joyce, brisé par l'asthme, la malaria, le labeur. Pour Le Clézio, c'est le choc... Son père, l' «Africain», rêvait d'un monde encore sauvage et mystérieux : ce rêve, il l'a légué à son fils, lui inspirant une large part de son oeuvre, où cette confidence africaine occupe désormais le premier rang. On y voit Le Clézio gamin découvrant la douleur, la vieillesse et la mort, l'autorité, la peur, les autres. Des photos en noir et blanc, prises au Leica à soufflet par le Dr Le Clézio, rythment ce très beau petit livre... Avec L'Africain, brûlure de lumière, Le Clézio signe son Au coeur des ténèbres.
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