.. Escort boys
- Anne Bragance
- Mercure de France, Paris, France
Avec son corps longiligne d'athlète marathonien - bien qu'il n'ait jamais pratiqué aucun sport -, ses yeux gris-bleu qui éclairent un visage agréable, cette fossette qui creuse sa joue gauche et le rend si attendrissant chaque fois qu'il sourit, Manolito est considéré comme un «bel homme». La formule paraît obsolète au garçon qui s'interroge souvent sur l'évolution du langage, son «vieillissement»; à preuve on ne dit plus bel homme aujourd'hui, mais beau gosse. À vingt-cinq ans, Manolito monnaie ses char (...)
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.. Station Rome
- Vincent Pieri
- Mercure de France, Paris, France
Dans quatorze minutes, je suis dehors, sans argent, et je n'ai plus qu'une cigarette. Il va falloir renflouer les caisses, aller faire la manche. La corvée. Récupérer une quinzaine d'euros : cinq pour les dopes, sept pour ce soir et trois pour demain, je déteste mendier. Ce n'est pas tant le geste, la position humiliante qui me gêne. Non, ça, on s'y fait, avec le temps. Mais les regards... Mauvaise humeur, haine, pitié écoeurante, terreur, tous les sentiments les plus dégueulasses y passent. Ce qui m'attein (...)
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- Olivier Jacquemond
- Mercure de France, Paris, France
On lui avait demandé ce qui rendait Soul Lehmann unique en son genre. «Unique ? Voyons voir... Soul ne cherche à obtenir la bénédiction de personne. C'est quelqu'un d'attachant, et les gens sont prêts à tout pour lui, mais il n'a pas besoin de recevoir des preuves d'amour. Ce n'est pas son moteur. C'est, à mes yeux, ce qui le rend unique. Et ce qui garantit son intégrité artistique, absolue.» Je n'adoptais pas tout à fait la même lecture. Peut-être me trompais-je ? Peut-être avait-il changé avec le temps ? (...)
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.. Mémoires de madame de Rémusat (1802-1808) : morceaux choisis
- Claire-Elisabeth-Jeanne Gravier de Rémusat
- Mercure de France, Paris, France
Édition établie et présentée par Sandrine Fillipetti «Dans l'histoire (...) de la conversation en France, un trait suffirait à qualifier Mme de Rémusat, à lui faire sa part, et on peut se rapporter à ce qu'il signifie pour le mélange du sérieux et de la grâce : elle est peut-être la femme avec laquelle ont le mieux aimé causer Napoléon et M. de Talleyrand» Cette assertion de Sainte-Beuve donne la pleine mesure de celle qui fut dame du palais de Joséphine de Beauharnais et s'imposa, à ce titre, comme un (...)
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- Philippe Le Guillou
- Mercure de France, Paris, France
Je ne saurais dire à quel moment le sentiment de la nécessité des livres s'est imposé à moi. Très tôt, dès l'enfance, j'avais aimé éperdument les mots et le refuge de l'imaginaire. Je m'étais inventé des vies, des territoires, en chérissant quelques vocables dont la matière sonore, le chatoiement et le suc me nourrissaient. Pour Philippe Le Guillou, l'amour des mots et de la langue remonte à l'enfance. De son adolescence dans le Finistère jusqu'à la publication de son premier roman au Mercure de France ( (...)
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- Kettly Mars
- Mercure de France, Paris, France
La mer devenait de plus en plus bleue à la fenêtre de la Jeep. Tatsumi était sereine, en connexion avec le paysage qui filait sous ses yeux. Fito était reconnaissant de sa présence, de son mystère et de sa simplicité. Ils se rendaient compte à quel point ils étaient étrangers l'un pour l'autre. Ils ne se parlèrent pas beaucoup. Fito se concentrait sur sa conduite en même temps qu'il absorbait le paysage, la profusion de vert, le soleil dans les nuages. Et quand ils se parlaient les mots avaient vocation d'e (...)
En savoir plus sur "Aux frontières de la soif"
- Sophie Koltcha
- Mercure de France, Paris, France
Vers dix-sept ans, j'avais décrété (puisqu'elle avait le monopole de la vie et des aventures, j'avais celui de la parole et des phrases) : tu es de l'élément du feu et moi de la terre. La fille du feu : insaisissable et fantasque, et dans les soirées tous les regards vers elle, filles et garçons mêlés. Moi dans la glèbe, je pousse ma charrue, le nez sur mes pas. Tu te trompes; tu nous tues avec tes mots; mais tu nous tues mal : tu crois nous enterrer dessous et nous partons vivre plus loin; tandis que tu re (...)
En savoir plus sur "La fille de l'air"
- Diane de Margerie
- Mercure de France, Paris, France
«Sur la plage, à Cargèse, le temps ne cesse de changer. Des vagues se forment et se brisent avec fracas. Des enfants ont pris trente-quatre méduses qu'ils vont faire sécher au soleil en poussant des glapissements de joie. Il est déjà cinq heures du soir. Le soleil est plus fort que jamais et je réfléchis à mon texte ; quel titre employer : Enquête ? Énigme ? Ce n'est pas la même chose ; la première exige l'investigation, la seconde sous-entend le goût du mystère, mais je n'ignore pas combien les contradicti (...)
En savoir plus sur "Passion de l'énigme"
- Jerome Charyn
- Mercure de France, Paris, France
Revoici le célèbre commissaire Sidel, chef de la police de New York, puis maire de la ville et enfin vice-président désigné. On sait qu'aux États-Unis, un délai de plusieurs semaines s'écoule entre le jour d'une élection présidentielle et celui de l'installation à la Maison Blanche de l'heureux élu. Cette période-là est bien sûr celle de tous les dangers et Jerome Charyn va nous la faire vivre de très près... Un président démocrate vient d'être choisi, Michael Storm, avec Isaac Sidel, bien plus populaire q (...)
En savoir plus sur "Sous l'oeil de Dieu"
.. Partages
- Gwenaëlle Aubry
- Mercure de France, Paris, France
Posé contre un mur, devant une échoppe, il y avait un grand miroir, je me suis arrêtée pour me voir tout entière, de la tête aux pieds. Devant moi une fille, une touriste ou une juive, je ne sais pas, se regardait dans un miroir plus petit accroché à côté. Elle portait une robe qui dénudait ses jambes et ses bras mais soudain elle a sorti un foulard de son sac et l'a noué sur ses cheveux, j'ai trouvé ça bizarre, j'ai cherché son reflet. Et là, un instant, j'ai vu dans le cadre étroit deux visages si semblab (...)
- Emmanuelle Guattari
- Mercure de France, Paris, France
On était ceux de La Borde. Dans le village de Cour-Cheverny du début des années soixante, la Clinique constituait encore une présence fantastique. La peur des Fous était tangible. Elle nous a sensiblement mis dans le même sac, une bande de drôles de loustics qui laissaient des Fous circuler dans un parc sans barrières et vivaient avec eux. Nous savions que les Pensionnaires étaient des Fous, évidemment ; mais La Borde, avant tout, c'était chez nous. Les Pensionnaires, on disait aussi les Malades, n'étaient (...)
En savoir plus sur "La petite Borde"
- Douna Loup
- Mercure de France, Paris, France
Je suis une grand-mère sur patins à roulettes. J'avance, je fonce, je ne m'arrête pas une seconde. Peut-être que si je m'arrêtais je tomberais. Peut-être que si je ralentissais, mon coeur aussi ralentirait dans une lente asphyxie. Peut-être que l'effort, le travail, la vitesse me tiennent lieu de moteur, de ronron dans les veines, que les pinceaux sont mes meilleures jambes et la fatigue ma plus tendre amie. Je ne décille pas de toi, je ne désalive pas de paroles, je ne taris jamais de mots. Le passé cou (...)
En savoir plus sur "Les lignes de ta paume"
.. Les amoureux
- Sophie Avon
- Mercure de France, Paris, France
Sonia tomba amoureuse violemment et sut qu'elle n'avait jamais aimé comme ça, avec cette inquiétude et cette joie. Mais elle sut très vite que ce garçon-là, elle devrait le conquérir. Et c'était la première fois qu'elle se donnait tant de mal pour un individu disposé tout à la fois à la combler et à la décevoir. Début des années 80 : Sonia, à peine dix-huit ans, a quitté sa ville de Bordeaux pour monter à Paris suivre des cours de théâtre. C'est sur scène qu'elle veut s'épanouir. Lorsqu'elle rencontre Al (...)
En savoir plus sur "Les amoureux"
- Gisèle Fournier
- Mercure de France, Paris, France
Dans quelques heures, à la levée du jour, j'aurai quitté cette maison. Pour, sûrement, ne plus jamais y revenir. Fuir cette tache rouge sur le mur, et cet oeil impitoyable qui m'épie à travers un trou du plafond. Pourtant, j'avais espéré que cet espionnage cesserait le jour où... Presque tous ont dit que c'était un accident, tu as voulu ramasser un chiffon qui était tombé sur le rebord de la fenêtre, tu t'es penché un peu trop, et puis... Les autres ont avancé l'hypothèse du suicide, tu étais dépressif, l'a (...)
En savoir plus sur "Le dernier mot"
- Paul Léautaud
- Mercure de France, Paris, France
Le 1er janvier 1935 Ensuite elle a pris son bain, je me suis assis à côté de sa baignoire. C'est vrai ce que je lui ai dit des mille nuances de tendresse que me font éprouver certaines de ses façons de me faire plaisir, de se montrer tendre elle-même. Pour la première fois de ma vie, je trouve une femme à qui pouvoir parler de cette sorte, j'ai même fini par tourner cela en plaisanterie, en disant qu'il m'arrivera peut-être, moi qui ai toujours célébré uniquement le derrière, de tomber dans l'amour platoni (...)
En savoir plus sur "Journal particulier 1935"
- Astrid Eliard
- Mercure de France, Paris, France
Certains matins, juste avant le réveil de son fils, Marie s'accroupissait au bord du lit, et passait la main dans ses cheveux, si doux, si noirs, indiens, c'était une sorte de pèlerinage sur les lieux de son tout premier baiser de mère. Elle sentait alors son corps se figer dans l'empreinte de l'amour perdu, ce creux un peu froid qu'avait laissé en l'abandonnant l'instinct animal, la tendresse évidente, absolue, de la louve pour son petit. Durant ces quelques secondes, Marie imaginait que son enfant était n (...)
En savoir plus sur "Sacrée Marie !"
- Raphaël Confiant
- Mercure de France, Paris, France
Wadi stationnait aux pieds du Christ-roi, tenant d'une main une valise fatiguée, de l'autre un journal avec lequel il tentait de se protéger de la férocité du soleil tropical. Tout autour s'agitaient marchandes de légumes, débardeurs, djobeurs poussant leurs charrettes à bras hétéroclites, chauffeurs de taxi-pays qui jargouinaient sans arrêt dans une langue pour lui incompréhensible. Il s'étonnait qu'ils fussent pour la plupart d'un noir d'ébène, hormis quelques visages couleur de miel. Soudain, un gamin ri (...)
En savoir plus sur "Rue des Syriens"
- Anne Bragance
- Mercure de France, Paris, France
Autrefois, chaque soir, après que les enfants étaient couchés, ils se retrouvaient avec bonheur dans le salon. Tandis qu'à demi allongé sur le canapé, il feuilletait quelque revue professionnelle ou regardait une émission de télévision, Béatrice corrigeait ses copies puis elle se dressait soudain, abandonnait son travail pour venir se blottir contre lui. Elle restait là le temps de quelques chatteries puis retournait à ses corrections mais elle relevait souvent la tête pour lui sourire ou lui adresser un mo (...)
En savoir plus sur "Une affection longue durée"
- Olivier Jacquemond
- Mercure de France, Paris, France
Je sens que, depuis qu'elle a planté ses racines en moi, Julie me réchauffe le coeur, ranime l'espoir moribond. Nul ne me regarde avec autant de considération, de respect que Julie. J'aimerais pouvoir me retrouver dans celui qu'elle dépeint avec tant de générosité. Grâce à elle, je gagne mes galons en maturité et passe pour quelqu'un de chevronné. Ma fatigue d'être moi, ma lassitude, elle les transforme en sens de la mesure, en sagesse. Parfois, je me plais à imaginer que l'irruption de Julie, cet amour pro (...)
En savoir plus sur "Le choeur des tristes"
- Marlena de Blasi
- Mercure de France, Paris, France
Depuis notre premier soir à San Casciano, le bar du village est devenu une véritable annexe de notre maison. Les habitués nous ont adoptés et s'ingénient à nous faciliter la vie. Il y a un téléphone au mur et quand je parle à mes enfants, à mon agent à New York ou à mes éditeurs en Californie, tout le monde se tait en imaginant que je discute avec le président des États-Unis. Le Centrale est notre bureau, notre PC, notre refuge, je commence à comprendre pourquoi certains Italiens, avant de choisir un appart (...)
En savoir plus sur "Mille jours en Toscane"
- Sami Tchak
- Mercure de France, Paris, France
Le prince s'est frayé un chemin au milieu des danseuses excitées pour marcher vers Binétou Fall. II lui mit la main sur l'épaule. Elle eut un sourire crispé. Les femmes poussaient leurs cris. À la surprise générale, Son Altesse Edmond VII ouvrit d'abord la bouche comme s'il s'apprêtait à avaler l'univers, puis il souffla bruyamment au-dessus de la tête de Binétou Fall. J'étais présent, j'avais vu. Un pigeon blanc est sorti de la bouche de l'homme doré pour se poser sur la coiffe de Binétou Fall. Tous les di (...)
En savoir plus sur "Al Capone le Malien"
.. Le prince noir de Lillian Russell
- Kettly Mars | Leslie Péan
- Mercure de France, Paris, France
J'ai voulu la revoir à ce même restaurant pour recréer la magie de notre première rencontre. J'ai perçu le tremblement au bord de ses cils quand je lui ai dit : «Je suis revenu pour vous, Lillian... Sans vos y eux je meurs.» Je l'ai retrouvée belle, chaque fois plus belle. Les cheveux relevés, ses lèvres rouges comme le sang lui faisaient la peau plus pâle. À chaque mouvement de sa tête frémissaient les plumes d'autruche parfumées qui ornent sa capeline. La peau de Lillian me fascine, on la dirait faite de (...)
En savoir plus sur "Le prince noir de Lillian Russell"
- Kenneth White
- Mercure de France, Paris, France
Le littoral : la limite entre continent et océan, lieu de phénomènes complexes - retraits et avancées, transgressions et régressions, une ligne variable, rythmes divers. C'est sur ce terrain que Kenneth White a basé sa poétique. Et c'est là, dans son poste de vigie, qu'il accumule ses «archives», documents qui suivent les lignes du monde, de l'Ecosse à l'Alaska, de la Bretagne au Japon, écrits soit à la première personne, soit en adoptant le masque de tel ou tel personnage historique : navigateur, découvre (...)
En savoir plus sur "Les archives du littoral"
- Yannick Haenel
- Mercure de France, Paris, France
«Je cherche un lieu. Ce lieu n'existe pas dans l'espace ; il s'ouvre par la parole, et se met à vivre à l'intérieur des phrases qui me viennent. Chaque expérience m'accorde à la naissance de la poésie, à cette chance qui a lieu maintenant dans mon corps, et qui commence à prendre pour moi figure de destin. La nuit, en écrivant, je vois le feu : le sang qui éclabousse le Twombly se met à cuire ; les gouttes, en bouillonnant, forment ces lettres noires qui composent le nom de la déesse. Ça s'écrit du rouge v (...)
En savoir plus sur "Le sens du calme"
- Tore Renberg
- Mercure de France, Paris, France
Jarle n'avait jamais éprouvé un embarras aussi terrifiant qu'au moment où il se retrouva devant Charlotte Isa bel. Il rougit, lui sembla-t-il, des orteils jusqu'au front. Il déglutit et entendit l'hôtesse de l'air dire que la fillette s'était très bien comportée. «Voilà, ajouta-t-elle, maintenant tu es avec ton père. Passe un agréable séjour à Bergen.» Et ils restèrent seuls, jarle avec sa fille... Jarle Klepp a vingt-quatre ans, la vie insouciante d'un étudiant, une exubérante maîtresse et beaucoup de c (...)
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