- Claire Fourier
- J.-P. Rocher, Paris, France
«Je ne veux pas dormir dans le lit de Procuste. Procuste était un bandit grec. Il sévissait sur la route entre Athènes et Eleusis. On le craignait. Il s'emparait des voyageurs, faisait dormir ses otages dans un lit aux dimensions duquel il les obligeait à s'adapter. C'est dire qu'à l'un il étirait les membres, les raccourcissait à l'autre, coupant sans pitié ce qui dépassait. Procuste finit par avoir le sort de ses victimes : on le coucha dans son propre lit et on coupa la tête qui dépassait. Le lit fut con (...)
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Comme en passant . Suivi de Une lettre de Bernard Noël
- Claire Fourier
- J.-P. Rocher, Paris, France
Une femme vient passer vingt-quatre heures à La Rochelle. C'est un 24 octobre. Elle est tout oeil, tout ouïe, toute mémoire. Elle relie mille choses apparemment étrangères les unes aux autres : Richelieu, un clochard, un éditeur, le bégonia, des passants, un serveur agile, un logis affligeant, Chassériau, une rue commerçante, un hôtel tristounet, une enfant gracieuse, un caissier qui s'ennuie... Les petites choses ont autant d'importance que les grandes, et d'ailleurs qu'est-ce qui est petit, qu'est-ce qui (...)
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Jours écrits en hiver : haïkus qui n'en sont plus
- Claire Fourier
- J.-P. Rocher, Paris, France
Dans ses lettres de prison, Rosa Luxembourg écrit qu'elle perçoit la vérité du monde dans le brin d'herbe qui pousse devant les barreaux de sa fenêtre mieux qu'elle ne l'a fait au cours de sa vie politique. Observer un brin d'herbe la délivre. Le haïku, c'est en même temps le brin d'herbe, la fenêtre et le regard sur le brin d'herbe. Il remonte d'un long tunnel alors qu'il a l'air de tomber du ciel. Claire Fourier Après les haïku d'été et d'automne, voici ceux d'hiver. Mais dans fours écrits en hiver (...)
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Route coloniale 4, en Indochine
- Claire Fourier
- J.-P. Rocher, Paris, France
«Sur la RC4, il y a des choses où il y avait à l'instant des hommes. Une mêlée de peaux blanches, jaunes, brunes, noires. Il y a la dépouille des preux qui se croyaient invincibles. Et il y a du sang. Sous la poudre de pluie, dans la poussière trempée, cela fait une boue sombre. Une odeur d'incendie s'est substituée aux senteurs de la jungle.» RC4, sigle bizarre. C'est le nom de la Route Coloniale 4, nommée Route du Sang par les combattants. Au nord du Tonkin, elle sépare la Chine de l'Indochine. On a pu d (...)
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